Le mot du Président
par Maurice PÉLÉGRY
Ce nouveau numéro « En Baredyo » est en rupture avec les précédents.
Il traite moins du pastoralisme de nos montagnes, mais plus d'une période d'histoire de la population Toy.
Très tôt, les Hautes-Pyrénées et, avant elles, le comté de Bigorre, sont devenus une terre de migrations, et en premier lieu, d'émigration.
Loin alors d'être une frontière, la chaîne pyrénéenne est franchie par des Bigourdans qui se rendent aux XVIe et XVIIe siècles, en Espagne, de manière le plus souvent temporaire.
La découverte du Nouveau Monde et la perspective de nouvelles opportunités poussent alors les Bigourdans puis les haut-Pyrénéens vers des terres plus lointaines: au cours du XVIIIe siècle, ces derniers, des ruraux, principalement, se rendent alors à Bordeaux, première étape d'un exode vers les îles de Saint-Domingue, de la Martinique ou de la Guadeloupe.
Au siècle suivant, ce phénomène de départs s'amplifie au point que les Hautes-Pyrénées se classent au deuxième rang pour le nombre d'émigrants (derrière le département des Basses-Pyrénées, aujourd'hui Pyrénées- Atlantiques): entre 1832 et 1913, on estime que 25.000 personnes quittent le département pour l'Amérique (Argentine, Uruguay, Louisiane…) et l'Afrique du Nord.
De véritables réseaux d'émigration se mettent en place. Les conséquences démographiques de ces mouvements, source de véritables saignées dans certains villages, sont alors graves pour le département provoquant un véritable déficit de population.
Pour réaliser ce numéro, nous avons pu bénéficier de l'expertise de l'association ABAU (Association Bigorre Argentine Uruguay) que nous tenons à remercier.
Nous avons essayé de rapporter tous types d'émigration, qu'elles soient familiales, artistique, scientifique ou sportive. Vous pourrez lire ainsi les récits passionnants des familles Penette de Sers, Destrade de Betpouey, Sempé de Luz, Vergez-Bellou de Gavarnie ou Fournou de Sazos.
L'émigration des Toys fut aussi artistique, avec le parcours dévoilé de Lyne Cumia, scientifique avec la belle réussite de Julie Puyo Fourtine ou sportive avec l'atypique escalade de Sébastien Corret. Vous découvrirez aussi d'autres sujets captivants proposés par François Pujo, comme le souvenir de Laurent Sabatut dit « Laurent dét cap détcam » ou celui de l'abbé Louis Pragnère, le curé braconnier-chasseur.
Quand on lui reprochait avec colère le nombre d'isards tués, il répondait: « Les isards existaient avant les gendarmes, les gardes-forestiers et les douaniers.
Ils appartiennent donc au Bon Dieu. » Comme 2025 est l'année qui célèbre les 25 ans de l'ouverture du Pic du Midi au public, Guy Lacombe vous dira tout sur la résurrection de l'hôtellerie des Laquets et Philippe Carrère fera parler ses riches archives avec un épisode inédit d'Oncet.
Après avoir rencontré Philippe Armary, Philippe Leblanc nous racontera le parcours de cet « Enfant de la montagne en pays Toy » et l'incontournable Michel Bartoli, « l'homme qui murmure à l'écorce des arbres » vous dévoilera l'histoire d'un forestier légiste et de son carnet à souches.
Enfin, Anne-Marie Marchand et Claire Renard qui animent les rubriques d'actualités du pays, de la vie de nos villages, des relations avec les autres associations et du courrier des lecteurs viendront compléter cette nouvelle édition avec le compte-rendu de notre dernière Assemblée Générale.
Grâce à votre soutien de plus en plus nombreux, « En Baredyo » se porte bien.
Comme les précédents ce nouveau numéro est dense, varié et riche, et malgré tout, nous avons été contraints de reporter de nombreux sujets.
Nous espérons que vous prendrez autant de plaisir à lire ces nombreux récits que nous avons eu à les écrire.
Bonne lecture à tous et bel été à vous.