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Le massif du Mont-Perdu modifier

l'UNESCO et le Pays Τoy

par Albert PUJOL-CAPDEVIELLE

I
Le massif du Mont-Perdu a été inscrit le 7 décembre 1997 sur la liste du patrimoine mondial de l'organisation des nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) en considération de ses remarquables caractéristiques de patrimoines naturel et culturel.
Cette double inscription plaçait celui-ci parmi les vingt et un sites mondiaux, qui pouvaient se prévaloir, à l'époque, d'une telle et rare qualification.
Aujourd'hui il y a encore seulement trente-neuf biens au patrimoine mondial de l'UNESCO se prévalant de cette double qualification, par ailleurs unique en France, sur un total de mille cent cinquante patrimoines mondiaux.
À cheval entre le France et l'Espagne, d'une superficie d'environ 30 000 hectares, le périmètre défini par l'UNESCO s'étend pour les deux tiers en Aragon, incluant les extraordinaires canions d'Ordessa, de Niscle et d'Escuain et pour le surplus en France, en Pays Toy, incluant les trois majestueux cirques glaciaires de Gavarnie, d'Estaubé et de Troumouse.
L'inscription dont s'agit est l'aboutissement de l'imagination et de la détermination pure d'un homme très attaché à ses Pyrénées pour les avoir parcourues, comme peu d'autres, dans le cadre de sa profession de guide de haute montagne.
Après avoir aussi largement parcouru d'autres montagnes dans le monde, l'évidence lui est apparue que le massif calcaire du Mont-Perdu était un véritable joyau qui devait être mis en valeur.
Cet homme pouvait contempler, chaque jour, depuis la terrasse de sa propriété sur les Hauts de Gerde la belle vallée de Campan et l'imposant massif du Pic du Midi de Bigorre, mais c'est le Mont-Perdu qui nourrissait son esprit!

Mais quoi faire? et comment faire?
Il avait eu comme clients quelques hommes politiques en vue, venus compléter son important réseau relationnel. Et puis, sa personnalité et sa notoriété avaient fait qu'il soit coopté au sein de la commission nationale des sites, au fauteuil de son ami Gaston Rebuffat qui l'avait chaleureusement promu au moment où celui-ci avait choisi de se retirer, contraint par la maladie qui devait l'emporter.
À partir de ce moment-là, de nouveaux horizons se sont offerts à lui et, tout particulièrement la possibilité de promouvoir son massif fétiche du Mont-Perdu par la voie royale, celle du classement au patrimoine mondial de l'UNESCO.
L'entreprise était audacieuse, le défi immense pour un homme seul, même capable de produire un enthousiasme hors du commun.
Sa première démarche fût de fédérer autour de lui les compétences nécessaires pour élaborer l'exigeant dossier de candidature, ce qui fût fait au sein de l'association «Mont-Perdu Patrimoine Mondial» dont il sera le premier président.
Sa seconde démarche fût d'approcher le pouvoir politique local, confiant en toute naïveté de l'appui que celui-ci ne manquerait pas d'apporter pour aider à mener bien un projet de si bonne qualité.
Mais vous le savez, avec ces gens-là, les choses ne marchent pas comme ça...
Contre toute attente, la réponse de l'omnipotent Président du Conseil Général des Hautes Pyrénées, Sénateur de la république a été à la hauteur du personnage: «...vous n'aurez aucun soutien. Si Gavarnie pouvait être au patrimoine mondial, les élus l'aurait fait depuis longtemps et d'ailleurs, il y a un Parc National, ce serait son affaire.»
Merci Messieurs on a compris!... On fera sans vous et votre hubris pitoyable.
La mise en forme du dossier de présentation durera sept années et vous pourrez en avoir une bonne idée en prenant connaissance de l'ouvrage «Très Serols Mont-Perdu, mémoire d'avenir» produit et édité en l'an 2000 par l'association «Mont-Perdu Patrimoine Mondial.»
Le nom de Patrice de Bellefon restera attaché, à son corps défendant, au massif du Mont-Perdu au même titre que ses illustres prédécesseurs que furent Ramon de Carbonnière, Franz Schrader ou Lucien Briet.
Un personnage hors du commun notre ami Patrice, un des meilleurs grimpeurs de sa génération, avec lequel j'ai eu l'opportunité et la chance d'effectuer quelques-unes de mes plus belles courses dans une convivialité réjouissante, autodidacte électique et de grande culture, écrivain de talent, qui a fait rêver beaucoup de grimpeurs de ma génération à la lecture de son premier ouvrage «Les cent plus belles courses de Pyrénées» et aquarelliste des Pyrénées, qui fût capable d'imaginer et de mener à son terme le traité entre l'État Français et l'UNESCO dans des circonstances aussi improbables.

II
Au moment où fût finalisé le dossier et le traité ratifié, il existait depuis quelques années à Gavarnie, au lieu-dit «La Courade» , dans le cadre prestigieux du cirque de Gavarnie, un festival de théâtre en plein air au mois de juillet, qui avait un certain succès et auquel les habitants de Gavarnie étaient très attachés.
La tenue de ce festival à l'intérieur du périmètre de l'UNESCO posait problème, car il était incompatible avec l'affectation nouvelle des lieux.
Un compromis fût trouvé in extremis, aux termes duquel le directeur du festival et la commune de Gavarnie acceptaient de déplacer les installations dans un délai de deux ans, dans un autre lieu situé en dehors du périmètre classé de l'UNESCO.
L'État Français était garant de l'application du traité de classement et du respect du compromis dont il était une clause déterminante.
Vous avez compris, personne et encore moins l'UNESCO, ne demandait l'arrêt du festival, mais simplement qu'il s'exerçât dans un autre lieu sur le territoire communal hors du périmètre classé.
À priori, rien de déraisonnable qui empêchât de concilier tous les intérêts légitimes en présence.
Personne de censé cependant, n'aurait imaginé la suite.
Le Conseil Général, qui manifestement n'avait pas admis d'avoir été doublé par une équipe d'amateurs qui ne représentaient qu'eux-mêmes (on reconnaît bien ici l'indignation outrée des «zélus» …, s'est invité pour mettre en péril le traité en affirmant sa volonté de maintenir un festival sur le site de la «Courade» alors qu'il n'avait aucune prérogative légitime pour ce faire et en délibérant pour n'accorder son soutien financier que si le festival était maintenu sur le site de la «Courade».
Du chantage pur et simple, pour nuire au traité et à ses promoteurs et défier l'état français.
Je laisse à votre appréciation l'incongruité de la situation qui a rapidement dégénérée.
S'en est suivi plus de vingt ans de bisbilles en tout genre, coups bas, reniements et trahisons tous azimuts sous l'œil de l'UNESCO, prise en otage et qui a, fort heureusement, eu la sagesse de ne pas engager de procédure de retrait du traité pour ne pas pénaliser la partie Aragonaise totalement sidérée.
J'ai pu compulser l'ensemble du dossier, plusieurs dizaines de notes, rapports d'experts, courriers émanant des ministères, de la région, du dépar-
tement, des communes et de personnalités politiques diverses. J'ai cru que je ne m'en sortirais jamais de tant d'opprobre et de médiocrité!
Providentiellement, les choses sont à ce jour rentrées dans l'ordre et pour toujours, le festival, dont la qualité des représentations semblait avoir beaucoup baissé, ayant été contraint de se retirer pour des raisons financières... malgré l'aide à jamais démentie du Conseil Général, désormais privé de son pouvoir de toxicité.

III
On peut se demander vingt-sept ans après, quel a été l'impact du classement au patrimoine mondial du massif du Mont-Perdu dans le Pays Toy.
Autant il est facile de mesurer l'apport fait à la partie Aragonaise, avec maintenant une saison touristique qui s'étale sur quasiment toute l'année, autant il est hasardeux de discerner le moindre apport à Gèdre ou Gavarnie et dans le reste du canton de Luz.
Peu de personnes ont compris, ici, que l'UNESCO offrait un label recherché, avec pour objectif d'apporter aux habitants du lieu les éléments constructifs d'un authentique ressourcement érigé sur la réappropriation de leur histoire exemplaire, capable d'attirer un tourisme dédié, généralement aisé.
Le dédain sans concession des élites politiques locales a été affligeant pendant trop longtemps et continue à laisser des traces négatives encore à ce jour.
Les chicaneries dans le sillage du Conseil Général autour du festival de la «Courade» a focalisé l'attention de la plupart d'entre eux de façon pusillanime et vaine, l'essentiel étant ailleurs et personne pour le voir et agir dans la dynamique du traité pour le développement du pays.
Pour ces gens-là, il avait fallu trente ans pour admettre l'intrusion d'un parc national voulu par l'État et voilà que des étrangers à la vallée s'étaient arrogés le droit de leur imposer un périmètre UNESCO... un comble!
On a vu mieux en matière d'ouverture d'esprit et de perspective d'avenir.
Mais pas ici...
En 2024, le monde a changé.
Ce qui a paru dérisoire et méprisable à certains en 1997 est maintenant recherché. La démarche en cours pour obtenir le label UNESCO pour le Pic du Midi de Bigorre en est la meilleure expression.
Et puis en 2024, les gens ont aussi changé.
Il est encore trop tôt pour percevoir ce changement en Pays Toy, mais on peut être certain qu'il arrivera, porté par l'attente et l'espoir de ses habitants, qui commencent à trouver le temps long.
Massif du Mont-Perdu - photo ©Albert Pujol-Capdevielle

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Carte Institut Cartographic de Catalunya (copyright ICC) et PNP

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Patrice de Bellefon - photo ©Laurence Fleury

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