1943 - La résistance en pays toy
par André BAGET
Après le désastre de l'Armée française en 1940, l'armistice fut signé entre l'Allemagne et la France. Les clauses en furent dictées par les vainqueurs. Notre territoire serait divisé en deux zones: zone Nord occupée et zone Sud non occupée!
En 1943, les Allemands, suivant leur habitude, violèrent cette frontière en envahissant la totalité de notre territoire.
Dès lors, une multitude de personnes réfugiées en zone sud fut prise dans cette «nasse».
Il s'agissait de Juifs, victimes de l'antisémitisme «hystérique» des nazis, de résistants français n'acceptant pas la défaite.
Le nombre de ces candidats à «l'évasion» vers l'Espagne devint exponentiel après l'invasion des Allemands et leurs «affidés politiques», Pétainistes Vichystes. Ils inventèrent le STO (service travail obligatoire). Les troupes allemandes, après les pertes énormes subies en Russie, avaient un besoin vital de recrutements. Tous les Jeunes Français nés entre 1920 - 1922 subirent une «déportation» vers l'Allemagne, déportation qui ne disait pas son nom, bien évidemment.
Les «appelés» qui avaient la chance de vivre près de la frontière espagnole refusèrent tous de partir en Allemagne.
Devant le nombre de «réfractaires» qui ne cessait d'augmenter un petit groupe de Toys, patriotes et courageux, décida de créer une filière clandestine de passage en Espagne.
À Luz, le Dr Péré et son employé, Espagnol, Mr Nogaro, le Dr Georges Cazaux, les gardes forestiers - Mr Mounat et Lavigne du Cadet, Mr Marty et Mr Jean Baget, ont été rejoints par deux Argelésiens Mrs Seguin et Gérard de Clarens. Ce dernier devint le leader du groupe, incontesté par ses activités et son charisme. Ce groupe réuni décida d'adhérer au réseau «Andalousie». Malheureusement, ayant été vraisemblablement dénoncé par un milicien collaborationniste, ils durent tous prendre le «maquis».
Dans un premier temps (nous étions en été), ils campèrent à l'Agnouède près de Luz avant de passer, sur l'autre versant de la vallée, au-dessus du village de Chèze (lieu où ont été prises les seules photos existantes). Tous pensaient et espéraient que la guerre se terminerait très vite. Hélas! ce ne fut pas le cas et à l'arrivée de l'hiver, ils partirent dans «la plaine», c'est-à-dire dans les départements voisins en fonction des amis qui pouvaient les accueillir.
Les passeurs
Les Allemands ayant installé à Gèdre et Gavarnie des gardes-frontières qui surveillaient les lieux de passage, il fallait donc trouver des hommes courageux et connaissant les itinéraires possibles. Les passeurs les plus efficaces: Mrs Jean et Laurent Sabatut et Pujo Perrisère de Gèdre, Mr Marque de Sazos, Mr Georges Adagas de Gavarnie, Mr Henri Pratdessus de Sia et François Vignole, le célèbre champion de ski de Barèges. Aucun d'entre eux ne fut capturé par les Allemands sauf le cas particulier de Mr Prissé de Gèdre: après son passage en Espagne, il s'engagea dans l'Armée Française de Libération en Afrique du Nord (alors colonie Française) et fut tué au combat. Un monument qui lui est dédié se trouve à Gèdre sur la place qui porte son nom.
Dans le groupe des initiateurs du projet, seul Mr Lavigne du Cadet fut arrêté.
Cette période du 20ème siècle aura été un véritable enfer: on estime entre 20 et 30 millions de morts civils et militaires. Pendant plus de 70 ans, nous avons pensé que tout cela ne pourrait se produire à nouveau, mais hélas, les événements actuels sur toute la Terre nous font craindre le pire.
Comme le disait Bertolt Brecht dès 1941: «Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde».
Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur cette incroyable période, nous vous recommandons le tout récent livre, référencé ci-dessous. Ce livre contient également un feuillet intitulé «Sur les pas d'Henri Cazaux». Il rapporte le parcours d‘évasion d'Henri Cazaux, de sa maison jusqu'à la frontière espagnole. Ce livret est traité sous la forme de «Randonnée»: une belle idée de parcours mémoriel.
Avec Mémoires de sentiers, Jeannie Cames, secrétaire de la Société des Membres de la Légion d'Honneur 65 et Thomas Ferrer, professeur agrégé d'histoire-géographie, donnent à lire les témoignages d'évadés de France durant la Seconde Guerre mondiale.
On découvre ainsi le courage, la détermination et l'engagement de plusieurs personnalités aujourd'hui disparues. Mêlant récits d'hier, contextualisations historiques, projets pédagogiques mémoriels et citoyens, ou encore un ensemble de cartes retraçant les itinéraires suivis par les combattants de la liberté. Cet ouvrage invite à voyager dans le temps et dans l'espace mais surtout à réfléchir sur le passé, le présent et le futur de nos sociétés.
Les informations recueillies par les élèves du collège d' Argelès-Gazost concernant l'itinénaire d'évasion d'Henri Cazaux du départ de sa maison jusqu'à la frontière espagnole sont présentées dans cette dernière partie à l'aide de photographies, de cartes et de fiches techniques de randonnée.
Sources: Documents Archives André Baget - Livre Mémoires de sentiers et Chemins de Liberté Jannie Cames et Thomas Ferrer – Source: José Cubero, Marie Fernandez, Thomas Ferrer, Tarbes et les Hautes-Pyrénées, Résistance, Libération, Editions Cairn 2015 – Cadre en mémoire des évadés de France, mairie de Luz Saint-Sauveur (collection privée)
Légendes complètes:
2 - Chèze - Octobre1943 - le «maquis de Nat» - Réseau «Andalousie»
De gauche à droite: Docteur Péré (debout avec le chapeau), André Seguin (pull blanc et pistolet), Jean Baget. Assis: Mr Nogaro employé chez le Docteur Péré, Mr Lavigne du Cadet garde forestier, arrêté, Mr Mounat garde forestier, Monsieur Marty et Docteur Georges Cazaux
3 - Chèze - Septembre1943 - Maquis de Nat, lieu-dit «Camouncet». Les mêmes que la photo précédente avec, en plus, à droite chemise blanche, Gérard de Clarens.
4 - 1943: les soldats allemands devant le siège des officiers à l'hôtel de Londres
5 - Paysanne et soldats sur la route qui descend du pont Napoléon.
6 - Cadre en mémoire des évadés de France, mairie de Luz Saint-Sauveur (collection privée)