80 ans de la libération
Quelques héros
par François PUJO
BRAVO Louis dit «Loulou»: (1925-2001) de Barèges, bon vivant, un héros de la guerre 1939-1945. Son histoire se confond avec celle du corps franc Pommies (il avait 18 ou 19 ans), résistance dans les Hautes Pyrénées jusqu'en août 1944, poursuite des Allemands en septembre 44 (combats d'Autun), intégration dans l'armée régulière (l'armée de De Lattre, 49 R1), reconquête de l'Allemagne, entrée dans Berlin. Un héros. Un Bravo (nous ne savons pas si c'est Louis) est cité par Marcel Ceroni comme agent de transmission de sa section. Le 01 février 1944, c'est l'ensemble des mouvements de Résistance qui sont regroupés au sein des FFL avec, principalement, l'Organisation de Résistance de l'Armée ORA dont le corps franc Pommies CFP, Giraudiste, l'Armée Secrète (A.S.) Gaulliste et les Francs-Tireurs et Partisans (F.T.P.) Communistes. Le 27 août 1944, dissolution des FEL, par De Gaulle, et proposition d'intégration dans l'armée régulière (l'armée «B» de De Lattre ayant fait le débarquement de Provence s'est-transformée en première armée Française le 15/09/1944 par l'intégration des FFI). Le pouvoir politique s'est ainsi débarrassé de ces francs-tireurs qui pouvaient devenir incontrôlables. Le parti communiste a résisté par la voix de Jacques Duclos (de Louey) mais De Gaulle a négocié le retour de Moscou de Maurice THOREZ (pouvant être accusé de désertion) contre le retour de l'ordre.
CRAMPOU François Alexandre: (1919-1949), de Luz, prisonnier en 1940, évadé, passage en Espagne (voir esbadats), intègre la 2º division blindée (2°DB) du général Leclerc en formation à Témara au Maroc sur matériel américain (accords Giraud Roosevelt), rejoint l'Angleterre via Mers el-Kébir en avril 1944, débarque en Normandie début août, libération de Paris, reconquête de l'Allemagne, retour à Luz, Indochine en 1946, sergent au 5e Bataillon colonial de commandos parachutistes (5 BCCP), mort de maladie au Tonkin. Il figure sur le monument aux morts de Luz. En 1940, il aurait sauvé la vie de Victor Ramon de Luz, qui a tenu ensuite l'hôtel Bon Accueil à Saint Sauveur. Victor montrait volontiers une cicatrice sur son visage, trace de sa blessure en 40. Source Famille Arriouméres (en particulier Mme Midan épouse Arriouméres sa nièce).
FAGOU Georges: Gavarnie 15/04/1925, mort le 18/08/1981 à Toulouse, fuite en Espagne le 14/03/1942, Casablanca, il signe son engagement au forces navales françaises libres FNFL et participe à la protection de convois maritimes alliés à compter du 2 février 1943. Membre des 177 français ayant débarqué le 06 juin 1944 (1" bataillon de fusiliers marins commandos BFMC dit commando Kieffer), grièvement blessé le 18 juin 1944. Voir le film «le jour le plus long» où la scène de l'attaque du casino d'Ouistreham est inspirée de faits réels. Remis sur pieds en Angleterre, il débarque à Fléssingle en Hollande le 2 novembre 1944 où il participera à de violents combats. Un héros. À noter que d'autres français de l'armée de l'air ont débarqué le 6 juin 1944, puisque 4 sticks SAS du 4°SAS/ 2°RCP de la Brigade SAS (38 hommes) ont été largués pour moitié dans le Morbihan (Opération Dingson), et pour l'autre moitié dans les Côtes du Nord (Opération Samwest) le 5 juin. Ils ont contribué à empêcher les 150 000 Allemands présents en Bretagne de rejoindre la Normandie. Le caporal Bouetard, du Stick Marienne, a été tué vers 00h30 heure anglaise à Plumelec dans le Morbihan, ce qui en fait le premier français mort dans l'opération Overlord (265 aviateurs dont 38 commandos ont participé au jour le plus long). N'oublions pas Bernard Dargols, G.I. français ayant débarqué avec l'armée américaine. Une goutte d'eau néanmoins par rapport au 250 000 Anglais et Américain mobilisés.
LACRAMPE Alfred: (1921-1945) de Luz Saint Sauveur, combattant français mort lors des combats de la poche de Colmar en 1945. Il figure sur le monument aux morts de Jebsheim et de Luz. Son unité était le 1er régiment de chasseurs parachutistes 1er RCP formé en 1943 au Maroc. Par analogie avec l'histoire du régiment, Alfred a pu faire la campagne d'Italie puis la libération de la France. Je ne sais pas comment il a fini au Maroc, fuite par l'Espagne sans doute par la filière «jeunesse et montagne» liée à l'armée de l'air.
LAGUGNÉ LABARTHET Jean: (1886-1963) et sa femme Marguerite Hèche Gabail: (1887-1951): Service militaire dans les chasseurs Alpins, tailleur de vêtements à Luz (son échoppe était située en face de la droguerie Castagné) grand pécheur de truites, véhiculé par une moto «Terrot», membre de l'Orphéon, mobilisé lors de la guerre de 14-18 (il avait 30 ans en 1916), il a fait Verdun. Ils ont perdu un fils Henri (1915-1923) d'une pneumonie.
LAGUGNÉ LABARTHET Jean: (1918-2019), fils de Jean ci-dessus, il part en pension tôt à Tarbes pour le collège, puis le lycée (son père ne voulait pas qu'il reprenne l'activité de tailleur). Il obtient plus tard une licence d'anglais et devient en 1944 le plus jeune commissaire de police de France. Il a fait le débarquement de Provence au sein de la 9°Division d'Infanterie Coloniale en tant qu'officier (après avoir fait celui de l'ile d'Elbe du 17 au 19 juin 1944) suivi de la reconquête de l'Allemagne. Il est nommé en Algérie ou il restera 15 ans (où sont nés ses deux enfants) jusqu'à l'indépendance en ayant sauvé sa peau à plusieurs reprises lors de la guerre (plasticages et assassinats de l'OAS?). Lire le roman «Le chat d'Oran» de George Salinas pour comprendre la guerre sans merci que se sont livrés les indépendantistes du FLN et les hommes du CRA (centre de renseignement et d'action) à partir de 1961. Il revient en France comme commissaire, directeur de I'LLJ (identité judiciaire police scientifique de l'époque), puis contrôleur général de la police et fait le triangle Paris-Marseille-Bordeaux jusqu'à sa retraite. Source François Lagugné Labarthet (petit fils de Jean) via Claude Haffner. À noter que François (1971-????) est Professeur d'Université en Physique Chimie au Canada anglophone (Ontario).
POUEY Henri: (1920-1997), refus du Service du Travail Obligatoire STO en 1942, tentative avortée (accident) de passage en Espagne en mai 1943, dénonciation par la milice locale, arrestation par la police française, déporté vers les camps de concentration via Tarbes (Jean Haurine enfant se rappelle l'avoir vu passer dans un camion allemand), évasion du train, retour à Luz et passage réussi en Espagne le 17 juin 1943. Interné au terrible camp (faim, vermine, épuisement...) de Miranda dél Ebro jusqu'au 12 décembre 1943 (les alliés rachetaient aux Espagnols via la Croix Rouge les évadés dans le but de reconstituer une armée et de remettre les pilotes alliés au combat), Malaga, bateau «Gouverneur Général Lépine», Casablanca, camps de Médiouna au Maroc, volontaire pour servir au commando de France (brigade de choc de la première Armée Française). Débarquement de Fréjus 15 août 1944, reconquête de la France et de l'Allemagne, Antoine Prissé est mort à côté de lui à Servance. Sérieusement blessé le 12 avril 1945 à Karlsruhe. Un parcours guerrier exceptionnel avec à la clé: la Médaille Militaire, Croix de Guerre avec deux citations, Médaille des Évadés, Médaille des Blessés, Croix du Combattant, Médaille des Internés Résistants et la Médaille de combattant volontaire de la Résistance. Un héros. La paix revenue, retour à Luz où il fondera une famille et aura une vie de travailleur. Sa vie éprouvante liée à la guerre aura ensuite raison de sa santé.
PRISSÉ Antoine dit «Poutin»: Moubilisat en 1940, prisounié, qué s'escapé è qué tourné ta Yedro. Qu'é passé moundé dé Franço ta Spagno en 1942, 1943, qu'estė gahat per éts Allémands, qué lous bouté en barat en câmi dé Ayrués ta Yèdro (biùs). La route Gèdre Ayrués n'existait pas à l'époque et l'ancien chemin était au-dessus du carrefour Ayrués Saugué. Les Allemands ont sauté la «péne» là. Qué partigou ta Spagno ta qu' éts sues parents nou seyén gahats. Cela n'a pas empêché les Allemands de torturer ses parents au Sarrat dé Ben. Simone qué lou béncou à passa en Campbielh «qué m'escapi ta Spagno, qu'é éts Allemands at darre». Emprisonné en Espagne (entre 6 et 8 mois) après Alger (ou Fès), intégré au premier commando, débarquement de Provence (Fréjus), reconquête de la France, il est mort à Servance en Haute-Saône (combats du 03 et 04 septembre 1944). Un héros. Par analogie avec le témoignage de Robert MALLET (la Résistance dans les Landes), Antoine a pu faire Malaga (bateau Sidi Brahim), Casablanca, Port Lyautey, volontaire pour les commandos de France, affectation au premier commando d'accompagnement. Voir Henri POUEY
PRISSÉ Henri Alfred: (1911-1945) nascut à Hyères, son père Hippolyte de Gèdre était préposé des douanes, mort le 29 janvier 1945 à Sélestat (Bas-Rhin) lors de la reconquête de l'Allemagne. Matelot mécanicien sur TD Souffleur (tank destroyer Sherman M10) du régiment blindé de fusiliers marins R.B.F.M.
SALLES Roger:(Sers 1919-1989) Roger était célibataire et il est mort sans avoir eu d'enfant. Il a été incarcéré à Miranda avec son futur beau-frère Roger Sempé (qui a donc épousé Marcelle, cadette de la fratrie; dans l'ordre: Louis, Paulette, Roger, Marcelle). Je sais que Roger (Salles), envoyé au STO, avait volontairement saboté les pièces d'avion qu'il était obligé de fabriquer pour l'armée allemande. Il avait été jugé pour ça, et, m'avait-il raconté, avait été très bien défendu par un camarade d'origine alsacienne lors de son procès. Il a profité ensuite de la première permission pour passer en Espagne. Il a été dénoncé, arrêté par les fascistes, et incarcéré à Miranda dél Ebro. Il gardait de cette expérience une féroce haine pour tout ce qui était espagnol. Avoir été rasé, privé de ses vêtements, jeté en prison, affamé, (il ne fallait pas lui demander de manger des pois chiches, seule nourriture que les franquistes concédaient aux prisonniers!), souffrir du froid, avait une importance bien moindre, dans sa tête que la chose suivante: le dimanche les soldats franquistes l'obligeaient, comme ses camarades, à aller à l'église pour la messe, et l'avaient contraint à coup de crosse, à s'agenouiller. Il a finalement été évacué en Afrique du Nord par la Croix Rouge, a rejoint l'armée Giraud, et il a fait toute la campagne de reconquête. Il était conducteur de camion. Je me souviens qu'il avait ramené d'Allemagne un pistolet, qu'il gardait dans un tiroir fermé à clef de son bureau, et une magnifique carabine Mauser, dont il avait fait changer le canon pour qu'elle ait un calibre utilisable à la chasse à l'isard. (Source Pierre Salles, son neveu)