Hommage à Pierre MAJESTÉ
par Daniel DEILLAC
Une figure, un personnage du Pays Toy s'en est allé: Pierre Majesté, papi Mougeot pour les intimes!
Ce dimanche de fête des pères 2023, comme par hasard, à 8h il est parti au-delà des sommets qu'il aimait tant…
Quelle vie, quelle trajectoire, ces 93 années partagées...
De Marseille, où il naquit par hasard comme il se plaisait à le dire, à Betpouey, à l'école communale pour passer le certificat d'études.
Les longs séjours à la Cabane sous le pic d'Ayré avec ses huit frères et sœurs, élevé par un père très dur, mais une mère aimante qui savait arrondir les angles et réconforter chacun de ses enfants dans cette vie de montagne rude et exigeante.
Soigner les brebis et partir avec le troupeau quelques jours à la Croutsille, seul, encore enfant, le froid, la faim, la solitude, au fond de la vallée du Lienz dans cette cabane construite de pierres et couverte de simples tôles.
Un environnement qui vous donne envie de voir ailleurs, de réussir autrement, quand on a 15 ans et que la guerre vient juste de s'achever. Dans le Pays Toy les chantiers sont nombreux, chantiers de construction ou d'EDF, le travail ne manque pas, c'est l'occasion d'échapper à cet avenir de misère.
Apprendre la charpente et la maçonnerie puis s'engager sur les chantiers d'aménagement des eaux, prendre le mulet et monter à Pantaras par tous les temps dans cette vallée du Bolou austère et ténébreuse, mais vivre sa propre vie et enfin bâtir des projets.
Les villages sont peuplés dans ces années d'après-guerre. Betpouey comptait 600 habitants, trois bistrots et une épicerie.
Il ne faut pas aller très loin pour rencontrer l'âme sœur! Mimie (Marie Borde) qui habitait de l'autre côté du village fut l'heureuse élue et lui donne 5 enfants: Josette, Bernadette, Lydie, Jean-Louis et Michel qui eux-mêmes lui donneront 19 arrières petits-enfants.
Il a 26 ans quand la guerre d'Algérie demande de nombreux soldats et gendarmes. Il est temps de choisir, rester au pays ou partir avec des promesses d'un joli salaire et d'un avenir meilleur. C'est la découverte de cette Afrique du Nord, de ce nouveau métier, tout est si différent!
En 1962, fin des «événements», retour au pays, à Puy l'Évêque dans le Lot, période des années de bonheur en famille avant une mutation à Tarbes en 1966.
Mais rien ne laissait penser que ce retour dans les Pyrénées allait être une période difficile pour la famille. La brigade de recherche ne lui laisse que très peu de temps pour chacun, les enquêtes l'accaparent jour et nuit, et les jours de repos prennent souvent le chemin de Betpouey.
Il faut bien aider les tontons (Jacques et Bernard Borde) à faire les foins à Bolou ou à Lumière.
Puis les enfants grandissent et s'installent: à Gazinet, à Tourdun, à Tarbes ou à Toulouse. Toujours disponible pour donner un coup de main, devant la bétonnière ou sur la charpente!
Heureusement la retraite à 55 ans vient à point et la liberté aussi.
La vie continue à Esterre où les journées s'enchaînent entre jours de pêche, montagne, répétitions à l'Orphéon, réunions au Conseil d'Administration de l'Économie Montagnarde où il assure de nombreuses années le poste de Trésorier à leur très grande satisfaction, fêtes de villages: le Bonheur en Pays Toy.
Durant ces 38 ans de retraite les jours se suivent et ne se ressemblent guère jusqu'à cette année 2018 où le départ précipité de Bernadette (seconde fille) qui fait une chute mortelle sous le Pic de Viscos, ne vienne perturber cette belle harmonie.
Mimie s'effondre brutalement et se mure dans un épais silence.
Au printemps 2020, Covid et perte d'autonomie remettent tout en question. Il faut protéger nos parents si fragiles, si démunis. Les Ramondias se présentent comme le lieu le plus adapté où ils pourront prolonger ensemble leur parcours de fin de vie. Chacun d'entre nous, famille, amis, prendra le relais pour partager de jolis moments.
L'Orphéon ne l'a pas oublié et en venant chanter auprès de nos aînés, ne manquera pas de l'associer au groupe de chant qu'il a tant aimé.
Je garderai en mémoire les longues marches du dimanche vers Caoubère avec Papi Mougeot, à la pointe du jour, pour aller soigner les brebis de tonton Jacques.
Les parties de belote chez Thomas arrosées de vin blanc.
Les pastets familiaux égayés de chants du pays.
Les soirées de tarots chez mémé, enfumées de tabac jusqu'au bout de la nuit.
Le multiples chantiers et les prises de bec où le ton montait pour un mortier trop gras, trop maigre ou mal ferraillé.
Les guinères sans fin avec les enfants puis les petits-enfants où la maison tremblait de rires et de cris assourdissants.
Merci pour ces moments, merci pour cette vie, merci de nous avoir autant donné ...
Adishatz Papi Mougeot
Daniel DEILLAC (premier gendre)