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Héas : le sanctuaire de Vincent modifier

par Maurice PÉLÉGRY

Empli d'histoire et de légendes, lieu qui a connu bien des difficultés pour exister, adulé des pèlerins, ce vallon dédié à la Vierge Marie, en l'occurrence vierge protectrice des montagnards, a fait l'objet de nombreuses apparitions et de miracles. Après de nombreuses démolitions dues aux avalanches, aux incendies, aux inondations ou aux éboulements, la chapelle maintes fois reconstruite par les hommes, trône toujours presque huit siècles après. Ce vallon qui débouche dans la Vallée du Grand Gave à Gèdre, a été baptisé Héas par ses premiers occupants du nom de Hé (foin) pour signifier l'abondance de ces terres nourricières.

En 1850, Gustave Bascle de Lagrèze en fait une description des plus nuancées: «Au milieu des plus belles montagnes des Hautes-Pyrénées, dans le voisinage de Barèges et de Saint-Sauveur, en face du cirque de Troumouse, et non loin de celui de Gavarnie, se cache un vallon triste et désolé. On ne peut y parvenir que par d'étroits sentiers suspendus sur le bord de précipices qui effrayent, ou sur le flanc de montagnes qui s'éboulent. Là s'élève, dans une sauvage solitude, une chapelle construite en forme de croix grecque et surmontée d'un dôme. Le portail est orné d'une statue en marbre blanc de la Sainte-Vierge de Notre Dame de Héas. Cet édifice en a remplacé bien d'autres, en des temps très reculés et dont l'origine s'est perdue dans la mémoire des hommes. Comme la plupart des sanctuaires renommés par d'antiques miracles, Héas a aussi sa légende populaire. De nombreuses publications ont été faites autour de la construction du sanctuaire, dont les bergers et ouvriers recevaient leurs forces de mystérieuses chèvres descendues des nuages pour leur apporter un lait délicieux.»

Il est en effet loin le temps où des bergers virent aussi deux blanches colombes se poser à quelques pas du torrent. Le phénomène se répétant, ils crurent à un message divin. Ils furent alors convaincus qu'une chapelle devait voir le jour à cet endroit.

Rejoignant l'Aragon de l'autre côté du Port de la Canau, ils s'obstinèrent même jusqu'à aller dérober la vierge de l'ermitage de Pinéta pour dédier cet endroit à la Vierge Marie. À l'intérieur de la chapelle actuelle on peut admirer des statues, cinq toiles réalisées par le Père Pibou de Garaison vers 1876, dont les plus émouvantes sont la mère et son enfant priant la Vierge ou celle du pâtre présentant son agneau à la Vierge.

Figurent également de beaux vitraux illustrant toutes ces légendes, réalisés par Benoit Frères, à Nancy en 1933 et 1937. Ils sont là, grâce aux dons des abbés Louis et Pierre Peyou de Luz, de la veuve Floret et des familles Lonca et Béguère. La plus ancienne cloche du pays Toy répertoriée, datant de 1643 se trouve aussi dans la sacristie.

Bref rappel historique
L'ancien hospice et sa chapelle du XIVe siècle sont décrits dans un Censier du livre Vert de Bénac de 1349. À cette époque, le vicomte de Castelloubon, Arnaud III fit un don à la chapelle et à l'Hospitalet. Leur existence est donc antérieure à cette date. Le sanctuaire reçut au cours des XVe et XVIe siècles, nombre de dons et de legs.

Jean Bourdette (1818-1911) mémoire s'il en est des vallées montagneuses du Labéda écrit à cette époque: «L'existence à Héas, avant le XVème siècle, d'une chapelle consacrée à la Sainte Vierge, est parfaitement certaine: un acte public daté de Lus, le 17 novembre 1415 et conservé dans les registres de Me Couffitte, notaire à Lus, porte que Benat de la Péna, seigneur de l'Oustaou de La Péna de Séra, constitue une rente ou redevance annuelle d'una Cartada de hourmen bèt, sec ni parad, pagadera en la hesta de Marterou (une cartère de froment beau et sec, point gâté, payable en la fête de tous les Saints), en faveur de l'Espitaou è Oustaou de Nousta Dama de Héas. Cet hôpital était une fondation pieuse de nos pères en faveur des pèlerins et des voyageurs, allant en Espagne par la Vallée de Bielsa. Cette chapelle devait être bien pauvre, bien humble, sans doute, mais elle suffit longtemps à la piété des montagnards qui des vallées de Barège, d'Aure et de Bielsa, s'y rendaient à certaines fêtes de la Vierge; d'ailleurs aucun prêtre ne la desservait.»

L'abbé d'Estrade et l'abbé de Montblanc
La famille d'Estrade, d'Esquièze possédait, dans la vallée de Troumouse, de riches pâturages arrosés par des gaves et par l'Aquila, qui se précipite du mont des Aiguillons. Mathieu de Monblanc fut fait chevalier à Compiègne en 1248 en même temps que Robert d'Artois. Son arrière-petit-fils, l'abbé Monblanc, en accord avec l'abbé d'Estrade d'Esquièze-Luz fonda vers 1340 une chapelle à Héas pour permettre aux bergers et pasteurs qui menaient leurs troupeaux en montagne de pouvoir assister aux offices dont ils étaient privés jusque-là. Jean Bourdette poursuit:«Munis de l'approbation de l'Évêque, ils reconstruisirent la chapelle primitive, et célébrèrent l'office divin dans la nouvelle, en faveur de ces pauvres gens qui en avaient été si longtemps privés. Ce n'était pas assez pour nos deux bons prêtres, ils voulurent assurer l'avenir du culte divin dans la chapelle après leur mort, et dans ce but, ils se léguèrent mutuellement leurs biens, à la charge par le survivant, d'assurer une existence convenable aux prêtres qui, après eux, seraient chargés d'entretenir et perpétuer la dévotion à Notre Dame de Héas. L'abbé d'Estrade mourut le premier. L'abbé de Montblanc, son héritier, continua de desservir la Chapelle encore quelque temps, puis, sentant que sa fin était proche, il légua tout ce qu'il possédait à sa parente, l'héritière de la maison noble de Montblanc, marié à N. de Labédâ, seigneur de Montblanc du chef de sa femme, à la condition expresse que la Chapelle de Héas et tous les biens qu'il possédait à Héas formeraient un Prieuré. Selon toute vraisemblance, l'abbé de Montblanc mourut entre 1530 et 1540 ; et son héritière était une dame nommée d'Antin, de la Seigneurie de Montblanc, aussi propriétaire de l'ancien hôtel de l'Europe à Barèges. Entre 1670 et 1680, cette seigneurie était possédée par la famille de Souillac. Le Comte de ce nom fit construire la chapelle actuelle par les soins de M.Brune, archiprêtre de Cachon. (près de Vic) , et Prieur de Héas, entre 1715 et 1724. Le Prieuré se maintint jusqu'en 1790, année où le gouvernement s'en empara. Après la Révolution, la chapelle devint alors un bien national. À cette époque, un prêtre bravant cette solitude immense, avait le courage d'aller le dimanche célébrer la messe à Héas. De retour, il disait à M. de St Amand: «Me croirez-vous? Il m'est arrivé plus d'une fois en me retournant au Dominus Vobiscum, de ne voir que des ours, des loups ou des isards en station à la porte de la chapelle». Légende supplémentaire? On ignore tout de l'identité de ce prêtre et de son origine, très certainement quelque peu phocéenne.

Le 8 brumaire an IV (30 octobre 1795), le prieuré fut adjugé au prix de 4000 livres, à Vincent Courrèges Trillou et Jean Dupas d'Argelès, qui par acte du même jour, devant Sassère, notaire, consentirent subrogation, au même prix, en faveur de Tomas Suberbie de Lus. Plus tard, il fut acquis par André Barrio de Lus, qui ne prit d'autre soin que d'entretenir les toitures. Après le rétablissement du culte, en 1801, Mgr Loyson, Évêque de Bayonne, de Tarbe et d'Aire, après avoir obtenu du propriétaire les sûretés nécessaires à l'indépendance du saint ministère, permit au clergé du canton de Lus, de célébrer l'office divin dans la Chapelle aux quatre solennités d'autrefois: les fêtes de l'Assomption (15 août), de la nativité de la Sainte Vierge (8 septembre), de Saint Mathieu, apôtre (21 septembre) et de Saint-Michel (29 septembre). Cette permission fut retirée à Monseigneur de Neyrac, premier Évêque de Tarbe après le rétablissement du siège épiscopal en 1823. Mgr Double, son successeur leva la défense. Mgr Laurence, successeur de Mgr Double, fit mieux encore ; après la mort d'André Barrio, il acheta, en 1854, la Chapelle et la maison qui en dépendait, reconstruisit celle-ci pour servir de demeure à deux ou trois missionnaires du Diocèse, qui s'y tiennent du 1er juin au 30 septembre pour desservir la Chapelle. Il donna aux pères de Garaison, la charge de son entretien et des services religieux tout en souhaitant conserver l'hospitalité gratuite aux pauvres et aux voyageurs.
» Héas est donc depuis longtemps, le lieu sacré de nombreux pèlerinages fréquentés par de nombreux baigneurs de Barèges et de Saint-Sauveur, ainsi que par de fidèles voisins Espagnols, attirés par la piété ou la curiosité.

Fort de ces connaissances, j'ai donc voulu rencontrer Vincent Fouchou, curé de Héas, personnage passionnant et passionné, familier de ces montagnes et reconnu par les Toys de ces lointaines contrées comme l'un des leurs. Il me reçoit dans le presbytère, attenant à la chapelle, lieu qu'il a lui-même décoré de nombreuses photos de montagne et de portraits de pyrénéistes célèbres. «C'est la salle des guides, me dit-il. Ils se réunissaient ici tous les quinze jours». Il cite Russell, Schrader, Passet. «Ils n'amenaient avec eux que des gens passionnés. Russell prenait note et laissait une trace de ces randonnées».

Vincent me présente en introduction l'un des six tomes qu'il a rédigé au fil du temps. Dans celui du jour qui concerne Héas, il regarde ses notes et on peut lire: «Héas, endroit montagnard champêtre, entouré d'estives connues des bergers et des troupeaux de la région, béni des dieux. Au XIIème siècle, les pèlerins de St Jacques traversent les Pyrénées, passent par Luz en direction de l'Espagne, par la vallée de Héas, Troumouse et le port de la Canaou. Ils n'arrêtaient pas de chanter les merveilles de Marie, allant sur la route de sanctuaire en sanctuaire, à la recherche de reliques». Les notes de Vincent affichent en haut de page: année 1250, date de construction simultanée de l'église Ste Marie Madeleine de Gavarnie avec un Oustaou dédié aux hospitaliers de St Jean, ainsi que l'Oustaou de Nostra Dameta de Héas. Héas existait donc bien, d'après lui dès 1250. Il s'en suit de nombreuses pages ou est écrit la chronologie détaillée de la vie du sanctuaire. Vincent écrit en fonction de l'actualité, le soir. Il aime bien aussi lire des morceaux choisis du journal La Croix. Il prend son registre et couche sur la feuille ses sentiments, ses perceptions qui peuvent traiter aussi bien de l'œcuménisme, de St Paul, ou du Coran. On trouve même un billet sur Trump!

Vincent, Laurent, Jean Fouchou est né le 13 juillet 1935, à Pontacq, en Béarn, à la frontière des Hautes-Pyrénées, dans la maison Fouchou-Lapeyrade. Il est fils de Jean, Dominique, Antoine, Julien Fouchou-Lapeyrade, cultivateur né à Pontacq et de Jeanne, Justine, Madeleine Péré, native également de Pontacq. Afin de mieux comprendre ce qu'il fait ici, je lui demande de me retracer son parcours: «Ma famille travaillait d'abord dans la boulangerie familiale, puis s'est orientée par la suite vers l'élevage de vaches et chevaux. J'ai fait ma scolarité à Pontacq, puis le Grand Séminaire de Tarbes, avant de partir comme séminariste, 29 mois en Algérie. Il me restait alors trois ans à faire. Un premier poste à Tarbes, puis Lannemezan, Gèdre-Gavarnie, Bénac et Bordères dernière mutation sonnant ma retraite.»

Dans tout le pays Toy il y a 16 paroisses et toi tu es ici à Héas. «Oui, je rends service j'ai 88 ans, je dis une messe tous les jours et tous les dimanches à 18h. J'ai un gros attachement à Héas». Raconte-moi comment es-tu arrivé ici? «Je suis arrivé en 1971 pour gérer les paroisses de Gavarnie, Gèdre et Héas, en succession de l'abbé Porte, passé par Sazos. Depuis l'âge de 78 ans je suis à la retraite, le soir de mon dernier passage de Pâques à Bordères, je reçois un appel de l'évêque qui avait été contacté par Irène Chourré, née Nogué. Elle avait pris contact avec l'évêché pour lui demander de conserver un prêtre à Héas. Stupéfait, l'Évêque lui répondit: dans le contexte actuel où nous manquons de prêtres, vous voulez un curé à Héas! Vous en connaissez un, vous, qui irait là-haut? Irène lui répondit: peut-être que cela intéresserait l'abbé Fouchou. L'Évêque me confirma alors son choix en ajoutant, je vous remercie de rendre ce service» Mon regard est attiré par une crosse en bois, dans l'angle du mur face à moi.
«C'est la crosse de l'Évêque, me répond-il. Mgr Théas aimait beaucoup Héas, il est venu plusieurs fois de Gavarnie à Héas à pied. Il couchait ici, passait parfois plusieurs jours pour se ressourcer, les gens du pays le connaissaient. Sur cette crosse est gravée Noustra Dameta de Héas. Le vicaire général la voulait toujours pour le pèlerinage diocésain. C'est un gars qui serait parent de Marie Deber (?) à Trimbareilles, qui l'aurait réalisée. Quand le pèlerinage était fini, j'allais chercher la crosse pour la rapporter à Héas.
À l'époque, je la ramenais au Père Paul Soucaze, qui a été chapelain de Héas de 1958 à 1999
»
. Ici c'est un prieuré. Qu'est ce qui te plaît tant à Héas, pourquoi Héas? Il répond: «D'abord la montagne, l'ambiance apportée par des gens de la vallée qui me parlent famille, problèmes, commerce, relations anciennes. Cette chapelle c'est un endroit de silence et de réflexion. J'aime retrouver le passé, les familles. Une chapelle c'est à la fois le passé et le présent, c'est un point d'appui qui permet un regard sur le passé et sur l'avenir. Ce qui m'intéresse ici, c'est l'esprit de la vallée, même si ce n'est plus le même esprit qu'il y a 50 ans. Ici il ne reste plus grand monde. Soizic et sa fille à l'auberge. Il cite d'autres noms: Jean-Pierre et Françoise Rieu, Jeanne et François de Vizos et Coulet, la fille de Marie Louise et Edouard de chez Couy, la famille Nogué. La plupart ils arrivent avec moi et partent avec moi. Mon année va du 15 avril au 3 novembre. Les journées ne sont pas trop longues. Les gens amènent avec eux des histoires vraies. Levé à 7h30, j'ouvre la chapelle à 8h et j'accueille les gens. La chapelle est toujours ouverte de 8h à 19h. Au diocèse ils sont ravis. Le dimanche les gens viennent en famille. Certains de la vallée me demandent une messe, pour se remémorer, se «retremper».

Finalement, ici tu es bien, un plaisir simple: «Oui, c'est vrai. Et en plus je suis en contact avec la montagne. Dans ma vie, je suis allé beaucoup en montagne, dans les Alpes aussi. Par ici, beaucoup le Vignemale, des dizaines de fois. C'était une de mes courses préférées avec le côté de Torla aussi. Le Vignemale, j'ai fait la face nord et le couloir de Gaube, mais une seule fois comme le Cervin, dans les Alpes Suisses».

Tu me parlais de l'esprit, tu peux préciser?: «Oui, tout cela se perd, l'esprit n'est plus transmis: chaque famille, avait une vie, une histoire en référence avec le terroir, les bergers, le ski, le travail. Tout cela, c'est fini, les vieux sont morts et ce sont les étrangers qui assurent ces métiers-là. Où sont les Toys? La vie des villages et leur mémoire disparaissent. Le pays Toy, c'est un ensemble qui va de la ruralité, c'est-à-dire les jambes, les mollets et les pieds à la tête qui est un endroit où l'on devient confident des pensées essentielles de la plaine. Chaque ancien c'était une histoire, (il cite les joyeux drilles de Barèges), ils étaient tous porteurs d'une histoire de la vie qu'il y avait. Certaines étaient connues depuis des siècles, ils s'en nourrissaient. Plus personne n'est réellement incrusté dans les villages. Chacun avait une particularité, une histoire personnelle: celui-là il nous faisait rire, celui-là il avait des prairies et celui- là quand il faisait le bois il en faisait pour tout le village. Ici les gens ils ne viennent pas te parler de Mbappe ou de Mélenchon, ils viennent te parler des valeurs essentielles, ils sont assaillis d'informations, ils sont perdus. Une anecdote récente: l'évêque de Lourdes disait la messe à la grotte le 16 juillet, date de la fin des apparitions de Notre-Dame de Lourdes. Devant lui, une quinzaine de prêtres tous habillés en vert. Pendant que notre évêque prêchait, les prêtres auraient dû écouter. Au lieu de cela, ils tapaient des messages sur leur téléphone.
Les gens sont dans l'électronique du matin au soir. Mais ce sont ceux-là qui évoquent une quantité de problèmes familiaux
»
. Oui Vincent, le bon sens même, que de propos réconfortants et si lucides. À l'époque on avait des veillées, on faisait la baratte, le pastet. Aujourd'hui les jeunes regardent la télé, quand ce n'est pas leur tablette. De plus, beaucoup trop de jeunes des familles sont partis.

La foi pure du marcheur
Dans notre échange, tu as beaucoup évoqué Gavarnie, pourquoi?: «Je suis arrivé à Gavarnie en 1971. Le soir après une journée bien remplie, on se voyait avec Pierrot Laporte, Castagné, Jean-Marie, Adagas. On reprenait alors les histoires des anciens. Pour cela ils arrivaient à se dessaisir de leur histoire commerciale. En 1988, j'ai fait le pèlerinage de Compostelle, en 36 jours, à pied de Gavarnie à Compostelle, en remerciement d'avoir eu la possibilité d'être resté à Gavarnie pendant 20 ans. C'est une expérience qu'aucun autre curé n'a pu faire. Aujourd'hui, j'aime à réfléchir à cette vie intense vécue à Gavarnie. Tous ces anciens on les regrette aujourd'hui». Pour rendre le tout encore plus croustillant, Vincent cite un certain Mahon qu'ils avaient affublé du sobriquet «M'entends-tu?» Bien que légèrement mal entendant, cet homme était très loquace et ponctuait toutes ses phrases par l'interrogation: m'entends-tu? «À Gavarnie, nous avions plus de rencontres parce qu'il y avait plus de monde. D'une année sur l'autre, on arrivait à connaître les mêmes guides touristiques étrangers. Ce sont des échanges de personnes qui marquent. Ici c'est plus sentimental mais moins cérébral qu'à Gavarnie».

Vincent affectionne aussi le partage, les amis, un repas simple entre copains. Pour remplacer le pastet que plus personne ne sait faire, récemment des amis l'ont appelé de Luz. À la place du pastet, ils ont apporté à Héas une paella et une bonne bouteille. Nous avons partagé tout cela entre amis.

Le visiteur du jour est un copain et conscrit de Vincent, Henri Candedo de Luz qui a témoigné un grand plaisir d'avoir pu venir faire une visite à son fidèle ami.
Avant de nous quitter, de nouvelles anecdotes et aussi l'évocation d'autres légendes lui reviennent en mémoire: la punition des soldats en délicatesse avec la religion et qui n'avaient pas respecté la vierge, l'éboulement et l'inondation de l'Arraillé dont le prochain projet est de repeindre la vierge, Beaucoup, beaucoup d'autres choses à dire. Le téléphone sonne, je me disais c'est étonnant, aucun appel jusqu'à présent. J'ai cru comprendre que le correspondant avait égaré un couteau près du pont. Dans un sanctuaire. On doit pouvoir tout faire à Héas, même assurer les objets trouvés.

«Quand je sors et que je lève la tête, je regarde ces belles montagnes, l'Aguila, la Munia, le Craboutat, Lieusaube. Je me dis alors que je suis comme Russell, Schrader, Passet et bien d'autres qui voyaient la même chose avant moi…»

En ce beau jour de juillet, je ramène de ce beau vallon, une belle tranche d'authenticité et d'espoir. Merci Vincent. Que «Noustra Daméta» veille sur toi.

Sources:
Photographies Maurice Pélégry - Bibliographie: Jean Bourdette Annales des sept vallées du Labéda (Tome 4) - Gustave Bascle de Lagrèze Les Pèlerinages des Pyrénées 1858 - Sites loucrup65.fr et Patrimoines du pays des vallées des Gaves


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