Viella : des mots sur des maux
Rencontre avec le maire Jean-Pierre COTS le 04/08/2023
par Maurice PÉLÉGRY
Durant la saison estivale, certains villages du pays Toy sortent lentement de leur sommeil hivernal. C'est l'occasion propice à leur découverte. Juste après Luz-Saint-Sauveur et Esterre, en direction du col du Tourmalet, Viella se cache aux yeux des visiteurs. C'est un beau village typique du pays Toy qui a conservé le charme de la montagne, un véritable paysage de carte postale qui revendique son authenticité. En 2017, Viella remporta même la palme du village préféré des lecteurs des deux importants journaux locaux pyrénéens, devant Viscos et Sazos. Son étymologie viendrait du gascon vielar (dépendance d'un domaine puis hameau).
Pour profiter de ses charmes, il faut quitter la départementale et grimper vers le centre du village par la belle route dite des Pradets. La route prend alors la forme d'un fer à cheval pour pouvoir traverser le pont du Baillet (photo n°1). Les travaux actuels et le profil du pont sont déjà des signes annonciateurs de ce qui se passe à Viella. Quelques mètres supplémentaires plus haut, le côté droit de la route, avant d'accéder à la belle fontaine du berger, est totalement dégarni. La rencontre avec le maire, Jean-Pierre Cots va nous permettre d'en savoir un peu plus. Il me reçoit dans son bureau et me confirme que suite à l'arrêté de péril qui avait été décidé, six maisons, dont deux résidences principales ont été démolies. Mais au lieu de rencontrer un élu qui légitimement pourrait sembler désemparé, c'est un homme lucide et déterminé qui va nous dresser un bilan de la situation actuelle: «Viella a énormément souffert depuis la terrible crue de 2013. Nous avons une réelle volonté de réhabilitation et de rénovation, mais nous souhaitons mettre un point d'honneur à garder l'âme de nos villages, en fait garder une authenticité certaine tout en étant moderne. Le phénomène est connu. À chaque grande crue, il y a un déchaussement le long de la route du Tourmalet en aval de la commune. Pour ne plus glisser, nous devons évacuer l'eau du sous-sol. Des travaux de drainage ont débuté dans ce sens.» En fonction des épisodes hydriques, le village vit de façon cyclique entre périodes de stabilisation et de glissement. Jean-Pierre continue: «L'état de catastrophe naturelle a été reconnu en 2018. Depuis il y a de nombreuses batailles d'experts. Dans ce contexte, les fonds des assurances peinent à arriver. Les nouvelles études qui ont été réalisées ont permis d'affirmer que le village bouge en raison d'une forte circulation d'eau souterraine. Nous avons donc un grand projet de drainage pour diminuer cette charge d'eau. Pour cela, il faut capter les nombreuses sources en amont du village. Plus on enlèvera d'eau, plus on ira vers la stabilité des terrains» Mais si cela ne devait suffire, la commune doit également faire face à des épisodes itératifs d'éboulements rocheux de la Crête du Couret.
Le phénomène est connu depuis que le volume de roches s'est détaché, en 2018, de la façade du Soum de la Pène de Viella. «Un dispositif de surveillance visuelle du village, avec une station de visée et des prismes photographiés périodiquement, a permis de constater que les différentes zones du village ne bougent pas de façon simultanée.»
Sur la photo n°2, le maire de Viella, Jean-Pierre Cots, montre la grande cicatrice minérale au-dessus du village.
Solidarité, soutien et action
Alors que faire? Quelles sont les solutions? La réponse du maire est instantanée: «D'importants travaux ont été décidés et ils ont un coût. L'estimation de 2 millions d'€ est avancée pour la seule étanchéification. Le cours d'eau du «Badoeil» qui serpente à l'entrée du village est concerné. Mais il faut aussi tenir compte de la réparation des bâtiments communaux. Là aussi le montant des travaux additionnels dépasse les 2 millions d'euros, avec notamment la prise en compte de l'église et du cimetière. L'Église est fermée et les magnifiques trésors qu'elle abrite doivent être sauvés». À propos de l'église, il me montre un volumineux document du permis de construire, réalisé, et c'est là aussi une contrainte, par un architecte du Patrimoine. C'est une véritable bible qui ne présente pas uniquement des commentaires et des chiffres mais aussi une très belle iconographie. «Nous devons vite réaliser un cerclage de l'église pour lui permettre de glisser et non plus de s'ouvrir, si d'autres éléments survenaient».
Cette église dédiée à Saint-Michel, d'origine romane a été remaniée au fil des siècles. Actuellement fermée, elle abrite un «éblouissant» retable baroque, avec une architecture à trois niveaux, qui date du début du XVIIIème siècle. Le clocher, reconnaissable à sa forme carrée atteste la date de 1856. Cette église a été inscrite aux Monuments historiques en juillet 1990.
La photo n°5 montre la lente évolution d'une jauge posée en 2018. Sur la photo n°6, le chrisme de très belle facture. Inspiré des chrismes médiévaux, il a été réalisé au XIXème siècle. Il est lui aussi porteur d'une cicatrice.
«Le village se met en mouvement»
Ce beau village de Viella est donc loin d'être à la fin de ses problèmes. Même si l'inquiétude est palpable à chaque précipitation, le maire et ses conseillers sont loin d'être désemparés, même s'ils doivent faire montre d'une sacrée dose d'abnégation et de persévérance. À chaque étape, la situation a été largement exposée et commentée. Il reste certain que les habitants «principaux» du village connaissent bien le phénomène, alors que les «secondaires» peuvent paraître plus inquiets.
Aujourd'hui Viella compte 84 habitants, il y en avait 312 en 1846. Il y a de nombreuses résidences secondaires et encore six exploitations agricoles.
Tout le monde reste vigilant, même le berger et son chien devant la fontaine à l'entrée du village.(photo n°7)
Sources: Site Patrimoine du Pays des Vallées des Gaves - loucrup65.fr - La Dépêche.fr et la Nouvelle République des Pyrénées - Dictionnaire toponymique des communes des Hautes-Pyérénées M.Grosclaude et JF Le Nail. Crédits photos: DDM Maggy Vincent Brandicourt - Maurice Pélégry