Renaissance synonyme de passion
par Guy LACOMBE
Les plus anciens habitants des vallées du Pays Toy et de Cauterets ont en mémoire, à défaut d'avoir connu, l'existence au début du XXème siècle du P.C.L.
Maurice Pelegry, dans son article de juin 2022 «d'En Baredyo» en parlait en évoquant la naissance du Hang-Art d'Esquièze Sère.
Les français ont de tous temps manifesté intérêt, curiosité, passion pour la chose ferroviaire. Ceci depuis la création de la première ligne de train remontant à 1827 entre St Etienne et la Loire et servant au transport du charbon. La preuve, il existe actuellement en France une trentaine de musées, associations dédiées à ce moyen de locomotion. Sans compter l'intérêt des écrivains, dont Émile Zola, qui mit en 1890 le chemin de fer en vedette dans son roman noir «La bête humaine».
Un peu d'histoire. Le chemin de fer PCL ou Pierrefitte-Cauterets-Luz fut mis en service entre 1897 et 1901. Deux lignes d'Automotrices ou Tramway au départ de Pierrefitte, terminus des trains de la Compagnie des Chemins de Fer du Midi en provenance de Lourdes fermée en 1993.
Une vers Cauterets, 11,200km, mise en service en juin 1898 et l'autre vers Luz St Sauveur, 12km, mise en service en février 1901. Le trajet Pierrefitte-Luz s'effectuait en 30'. Pour ces deux lignes d'importants travaux, percement de tunnels, construction de passerelles métalliques enjambant les torrents permirent le passage des tramways sur voie unique à rails noyées tout en empruntant la route réservée aux véhicules hippomobiles ou à moteur. Le PCL est alors le premier réseau secondaire électrifié de France.
L'automotrice comprend 6 compartiments avec portières: 2 de 1ère classe, 4 de 2e classe plus 2 plates-formes, une centrale, servant à mettre les bagages et une à l'extrémité pour le conducteur. Au désespoir des écolos de l'époque, mais en existait-il? la ligne de Luz est abandonnée en 1939 faute d'un trafic suffisant pour être maintenu. Le car se substitue alors au tramway. C'est ainsi qu'en 1991 le «Musée des Tramways à Vapeur et des chemins de fer Secondaires français ou MTVS» a récupéré auprès du «Musée des Transports Urbains et Inter Régionaux» à Chelles une Automotrice en provenance des lignes du PCL. Bien que destinée à se déplacer sur rails celle-ci a voyagé d'un musée à l'autre sur une semi-remorque.
L'ensemble des travaux de remise en état de la «Cabine» a nécessité grâce à l'engagement, les compétences, la passion des bénévoles du «MTVS» quinze années de travail à raison d'un jour par semaine. Mobilisant 3 à 7 personnes, suivant les tâches et les périodes.
Des rectifications de tôlerie, le sablage, la peinture et la protection de la cabine s'imposèrent.
Pour la traction électrique, n'ayant pas de caténaire à disposition, il fallut adjoindre un groupe générateur de courant monté sur lorry et remorqué par l'Automotrice. il s'agit d'un groupe mut mat un moteur Diésel Hispano-Suiza des années 60. Des réparations, essais et adaptations ont été indispensables.
Les boiseries ont été entièrement décapées et revernies. Les sièges de première en cuir ont été refaits à neuf par une entreprise spécialisée. Les équipements électriques ont été vérifiés, l'isolation revue intégralement. Aucune pièce ne manquait, les intervenants n'ont pas eu à refaire d'éléments sur la motrice elle-même, sauf les marchepieds et les fermetures de portes qui n'étaient pas sécuritaires.
La remise en état a nécessité l'intervention de spécialistes: tôlerie, menuiserie, garnissage, peinture et surtout d'experts en traction électrique. Chacun a mis à profit ses connaissances ou s'est investi dans ces différents métiers.
L'Automotrice «neuve», en état de marche, est actuellement sur les lieux de sa renaissance à Butry sur Oise - 95430, mais devrait à terme circuler à Crèvecœur le Grand - 60360. Le véhicule est désormais autonome (sans le groupe générateur remorqué).
L'association a financé seule la remise en état. Des dons peuvent être fait sur le site: https://musee-mtvs.com/
Où la passion transcende les montagnes.
Légendes:
Photos 5 et 6: Compartiment de 8 places où il affiché «Défense de fumer même une Gitane»