Satisfaction heureuse d'apprendre que la lecture de «En Baredyo» crée le désir d'aller un peu plus loin en sa compagnie. D'autres articles nous sont promis, après celui-ci, quel plaisir ce sera pour nous tous.
Le livre si riche, déjà écrit par les trois amis, livre offert aux seuls résidents de Sazos, mérite plus que largement, c'est une évidence, une importante diffusion et «En Baredyo» se fait une joie d'y contribuer.
Voici un article spécialement conçu par les auteurs, qui se sont sentis directement concernés par l'appel fait dans la revue de décembre 2022: «noms de maison: dans l'air du temps».
Comme tout chercheur émérite, tous trois savent cependant que dans ce qui suit ils n'ont pu indiquer les adresses actuelles, les noms des rues sont très récents et non encore mis à jour dans le plan cadastral, il n'est donc pas possible, pour contrôle sérieux, de le consulter quand on réalise un travail de fond.
À eux maintenant.
Claire Renard
Depuis très longtemps, on donne à la maison un nom, un patronyme ou un domonyme.
«
Domonyme» a pour racine grecque «
domos» ou latine «
domus» qui signifie «
maison» et de «
nomen» qui signifie «
nom».
Si le domonyme existe depuis le Moyen-âge, ce n'est qu'en 1539 par l'ordonnance de Villers-Cotterêts de François-1er que l'on doit identifier les maisons par le nom de famille le plus souvent.
Ce nom appartient à la demeure et est transmis officiellement lors des successions. Ce nom, souvent associé à une gravure, était marqué sur la façade permettant ainsi de la reconnaitre.
À Sazos, un travail de mémoire auprès des habitants a permis de recenser quelques domonymes.
Il en manque encore beaucoup, mais si vous en connaissez d'autres, vous qui lisez ce texte, n'hésitez pas à nous en faire part, que l'on puisse enrichir ce fond.
Vous trouverez ci-dessous en quatre parties le plan de Sazos avec le nom de la maison et le numéro cadastral.
Comme exposé en introduction, les noms décidés pour les rues et les numéros des maisons de Sazos ne peuvent encore figurer ici, aussi prenons le temps de conter, pour le plaisir, ce qui, au cours de recherches, nous est tombé sous les yeux. À Luz, il existe une légende, une très belle histoire romancée… à partir de nom de maison.
Le Docteur Jacques Chaudruc, auteur du livre «
Autour de Saint Sauveur» (imprimé en 1944 à Agen) et d'une thèse sur les eaux thermales de la Hontalade, relate l'épisode historique de la retraite des arabes après leur défaite à Poitiers en 732.
Voici un extrait de ce texte
:
«
Les Maures et la vallée de Barèges»
… Vaincus, quelques-uns de ces malheureux Arabes refluèrent dans certaines vallées des Pyrénées et cherchèrent à s'y fixer après avoir adjuré le Mahométisme.
C'est ainsi, qu'un jour de l'an 734, on vit apparaître dans la plaine de Luz une bande de soixante hommes au teint basané, qui, après avoir tenté inutilement de s'ouvrir un passage à travers la gorge de Gavarnie, rebroussèrent chemin
: leur chef, Ben-Iar demanda très humblement aux consuls de Luz, la permission de s'établir dans le pays.
Louis de Campus
: «
Vallée de Barèges (1899-1900 - 4 vol)»
Ici se place un épisode romancé d'après M. Sinturel
a) La construction des tours du château d'Esquièze (es quies = tu es repos) par cette troupe de Sarrazins sachant exploiter carrières et mines, traiter les métaux, fabriquer des lames d'acier damasquinées, des pièces d'armures ciselées, des plateaux, aiguières, lampes, ustensiles divers, serrures et clés, matériaux de portes qui sont de véritables objets d'art.
b) Les relations faciles avec les gens de Luz, qui vivent en bon voisinage, mais qui répugnent au mariage.
c) L'enlèvement d'une jeune fille par Ben-Iar.
d) L'assaut donné au repaire des brigands que l'on suppose être le château Sainte-Marie.
e) La tuerie et l'incendie.
Il y eut quatre prisonniers, l'un se nommait Ben Salig, le second Ben Viz, le troisième Ben Visc, le quatrième Ben Saz.
On leur assigna sur les deux versants de la vallée des terres à cultiver avec une maison et un troupeau de chèvres.
L'idiome du pays étant le latin, cette langue de Rome apportée par les premiers émigrants qui vinrent s'y établir, vous comprendrez que le terme patois OST, d'Ostium, signifie porte de maison et par extension demeure où l'on habite.
La cabane de Ben Salig s'appela Saligos, celle de Ben Viz, Vizos, celle de Ben Visc, Viscos, celle de Ben Saz, Sazos.
Et, comme dans la suite ils devinrent meilleurs et se firent baptiser, la population du pays, peu à peu les adopta. Ils se marièrent, d'autres foyers s'élevèrent à côté du premier foyer et les villages qu'ils formèrent, portèrent et portent encore de nos jours les noms de Saligos, Vizos, Viscos, Sazos.
Voilà dix siècles que les jeunes gens de ce village renouvellent ainsi le souvenir de l'enlèvement de Bézy et de la bataille qui se livra à deux pas de leurs foyers.
Sur ce linteau de fenêtre
(photo 4), il est inscrit
:
Le nom du propriétaire
La date de construction
: 1617
Le motif du serpent à la langue fourchue retournée
Références:
«Autour de Saint-Sauveur» Docteur Jacques Chaudruc
«Vallée de Barèges» Louis de Campus
«Au cœur des Pyrénées» Eugène Sinturel