Le sentier du Tézy (Gavarnie)
Un itinéraire printemps « nature »
par Michel BARTOLI
Je vous invite à marcher sur un sentier déjà plein de fleurs tôt au printemps, un itinéraire facile et court. Juste aller des points 3 à 4 du sentier du gypaète du Topoguide «Vallées du Pays Toy… à pied». Vous serez en versant sud, sur éboulis calcaire la plupart du temps. Dans un site célèbre pour ses oiseaux et remarquable sur le plan botanique, de mi-avril à mi-mai.
Sur le plan de la biodiversité, ce fragment de sentier est, de loin, le meilleur rapport beauté/facilité de Gavarnie. Faire tenir en deux pages la liste de tout ce que l'on peut y admirer est impossible, alors, juste quelques instantanés. En y allant, marchez doucement et régalez-vous.
Il n'y a pas beaucoup d'arbres le long de ce sentier. Un hêtre au feuillage tout neuf d'abord. S'y repose un bijou: l'Argus vert.
L'arbre suivant penche sur le sentier. Il est couvert de grappes de fleurs blanches. Blancs aussi sont les dessous de ses feuilles dont les bords sont fortement dentés. C'est un Sorbier. Précisément le Sorbier de Mougeot, étonnant hybride entre le Sorbier blanc (aux toutes petites dents sur les feuilles) et le Sorbier des oiseleurs aux feuilles composées… et dentées. Bizarre non?
Partout, un sous-arbrisseau qui fleurit très tôt. Trop tard pour vous? C'est la Passerine des neiges. C'est le célèbre pyrénéiste et botaniste Ramond – on lui doit la première du Mont Perdu en 1802 – qui lui a donné son nom latin savant, Passerina nivalis.
Premier virage à angle droit, un gros rocher tombé des falaises vous observe. Aller le voir: sur son versant nord s'y cachent la Ramonde (on a dédié cette merveille à Ramond) et quelques pieds de Chèvrefeuille des Pyrénées le buisson.
N'y touchez pas, non, il n'est pas toxique, au contraire, une pincée de ses feuilles pour une tasse à thé et vous obtenez une tisane agréable. Si tout le monde en récolte là, le chèvrefeuille va en disparaître. Laissons-lui toutes ses feuilles aux vertus anti-rhume.
C'est un coin à lézards verts. spectaculairement bleus à l'époque des amours.
Avançons jusqu'au rocher de Tézy, on abandonne les calcaires pour nous retrouver sur des roches qui formaient la première chaine des Pyrénées il y a 500 millions d'années! Usée, recouverte par une mer chaude avec des récifs, petits animaux dont la poussière des coquilles a donné les falaises qui nous dominent.
Pour vous donner envie d'aller vous balader vers le Tézy, j'aurais pu ajouter les narcisses à feuilles de jonc, des hélianthèmes jaunes ou blancs, des orchidées jaunes ou pourpres, les globulaires bleues… J'aurais dû parler des deux épicéas que l'on croise, exotiques envahissants (ceux qui ont fourni les graines sont à plus d'un km de distance), des papillons, des vipères, des cicindèles, enfin d'autres milliers de choses que l'on peut voir si l'on sait admirer.
Et si nous regardions en l'air?
Vous voyez passer de petites hirondelles qui foncent vers les insectes qui passent. Ces «hirondelles des rochers» - c'est leur nom - ont construit des nids de… boue, collés sous des surplombs des falaises calcaires qui se découvrent à la descente. J'ai eu de la chance, elles se sont posées pour se faire photographier.
Regarder encore plus haut. Pas loin, il y a une aire de gypaète barbu. Alors il y en a souvent qui passent, soutenus dans leur vol par l'air chaud que le soleil levant produit sur les falaises. Immenses (presque 3 m d'envergure), les adultes de couleurs rouille dessus car ils se baignent dans des sources riches en fer vous surveillent.
Certificat de garantie: toutes les photos ont été prises depuis le sentier du Tézy.