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Au nom de l'arbre modifier

par Maurice PÉLÉGRY

Quand je suis loin du pays j'ai pour habitude de consulter les sites rattachés au pays Toy. Celui de Joël Adagas me tenait informé sur les joies, les peines, la vie de nos montagnes. Au fil du temps, Joël était devenu mon fil d'Ariane. La dernière photo du 8 février publiée sur son site était sombre. Elle ne pouvait que laisser présager une issue douloureuse. Je me persuadais néanmoins qu'un homme qui avait vécu autant d'épreuves était plus robuste qu'on ne le pensait. À la suite de son départ, tout a été écrit sur l'homme, tous les légitimes hommages ont été rendus. Son nom était aussi lié à la passion qu'il avait pour l'association Funitoy. Attaché à sa terre, il était reconnu, aussi paradoxalement que cela puisse paraître, comme un «webmaster» de talent. Lui le solitaire, il excellait avec cet outil froid qu'est l'ordinateur. Ce dernier a beaucoup de mémoire mais n'a aucun souvenir. Et Joël aimait beaucoup les souvenirs. Quand j'avais la chance de le faire asseoir quelques moments autour d'une table, nous échangions sur de nombreux thèmes. Toutefois, l'un d'entre eux nourrissait un partage permanent. Il aimait la généalogie, science auxiliaire de l'histoire, comme moi. La seule évocation de ces moments de partage évoque pour moi une joie nostalgique. Nous étions en harmonie sur un point: «Se renseigner sur son histoire de famille cela permet de faire un point sur son histoire personnelle et comprendre qui on est». En d'autres termes, comme aiment à le rappeler les civilisations orientales, «Oublier ses ancêtres, c'est être un ruisseau sans source, un arbre sans racines». En plus de tout ce qu'il réalisait, Joël rédigeait des arbres collaboratifs pour honorer les mémoires. Un site spécialisé dans ce domaine répertorie des centaines d'arbres généalogiques qu'il a réalisé de façon totalement altruiste, la plupart du temps sans connaître un seul membre de ces familles concernées. C'était un peu la face cachée de sa montagne. Alors mon bon ami, tu es définitivement seul maintenant, mais souviens-toi que nous aimions à rappeler que la solitude est la patrie des forts. C'est effectivement injuste, mais le souvenir commence avec la cicatrice. Alors, je voulais te dire que tu n'es pas encore arrivé en haut de la montagne que tu aimes tant, surtout continue à grimper. Tous les membres de l'Économie Montagnarde se joignent à moi pour te dédier ce nouveau numéro qui évoque les arbres.

Source: photo site Facebook Joël Adagas.

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