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Éts de Cayéno modifier

par Aline LOUYAT

J'habite à Esterre depuis 1977, et aujourd'hui je doisrépondre à une question piège du président de la revue « En Baredyo » : « Pourquoi les habitants d'Esterresont-ils appelés Eths de Caièna ou éts de Cayéno,(selon les sources bibliographiques), autrement dit « Ceux de Cayenne ? » Je me lance donc dans une enquête auprès des habitants d'Esterre, mais auparavant, je consulte Internet.

Sur le site des Patrimoines, Pays des Vallées des Gaves, j'apprends que durant des siècles, les habitants de la Bigorre se sont vus affublés d'un sobriquet, surnom familier, souvent moqueur qui marquait leur principale activité, si ce n'est leur principale qualité ou leur principal défaut.

Pour Esterre, je peux lire: « Eths de Caièna, ceux de Cayenne,les bagnards, d'après l'enquête du Conseil général de1986, sobriquet non expliqué ».
Le mystère persiste.

Je pars donc à la rencontre de Raymond Theil, maire d'Esterre, qui me donne la version transmise par son père Pierre Theil: « une bande de jeunes détrousseurs originaires d'Esterre, se postait entre le pont Napoléon et Gèdre pour surprendre les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle, en route vers le col des Tentes et l'Espagne. Ils volaient leur argent, jusqu'au jour de leur arrestation et de leur transfert au bagne de Cayenne. »
Cette version n'est pas sans me déplaire.

Mais la suite de mon enquête va me faire m'interroger à nouveau.
Je me rends chez Madame Jeannette Guilhembet, lectrice assidue, qui a sa version à propos de l'appellation Cayenne.
Cette version lui vient de Monsieur Jean Anclade, aujourd'hui décédé, originaire d'Esterre et directeur de l'école primaire de Luz-Saint-Sauveur.
Selon lui, il existait à Esterre, dans le centre du village, et proche de la mairie, une maison appelée « La Cayenne » qui accueillait les compagnons du Tour de France, des artisans itinérants, menuisiers,charpentiers ou maçons.
Cette cayenne était tenue par une dame qui assurait le bon fonctionnement de la maison, logement, repas et formation, avec des règles strictes pour apprendre le métier.
Madame Guilhembet me raconte que cette maison, cette cayenne n'existe plus.
Elle a été démolie.

Dans le compagnonnage, une cayenne est une maison d'accueil pour les compagnons itinérants du Tour de France.
On estime qu'il y a environ 200 cayennes en France métropolitaine et outre-mer.

Elles se trouvent dans presque toutes les grandes villes, par exemple: Toulouse, Bordeaux, Angoulême, Avignon, Lyon, Nantes, Nice, etc... Cette liste me vient d'un site numérique, ainsi que l'information qui suit. Certaines petites villes ou villages, comme Esterre, dans les Hautes-Pyrénées, ont porté le sobriquet « Cayenne », à cause de la présence ancienne d'une de ces maisons ou par analogie avec la chaleur, l'isolement ou le travail dur, comme au bagne.

Je vous laisse donc le choix et je ne sais pas si nous connaîtrons un jour l'origine de ce sobriquet « Cayenne ». Enfin, sur les pages Facebook, j'avais fait un petit appel aux bonnes volontés pour résoudre cette énigme. Merci à tous ceux qui ont eu la gentillesse de me répondre (Jérémy, Valérie, Maggy…) D'après Noël Fourtine, ancien maire d'Esterre, des truands s'étaient réfugiés à Esterre. Ils avaient été découverts et envoyés au bagne de Cayenne, en Guyane Française. Pour François Pujo, « cayen » est une pente que l'on donne à un trottoir ou une terrasse. Cela peut s'appliquer à la topographie d'Esterre, côté Soula, en pente sur le Bastan (Source Jean Midan dit Youan de Barricat). Merci enfin à Denise Sabatut et Cathy Péré pour l'aide aux recherches. Et pour terminer, une anecdote amusante : un de nos amis, Éric Kurowski, pour ne pas le nommer, est actuellement en mission à Cayenne. Il a le projet de se rendre à la mairie de Cayenne, pour enquêter sur nos « bagnards » d'Esterre.
À suivre !

Un grand merci à Aline pour l'enthousiasme et le grand cœur témoigné pour tenter de résoudre cette énigme. Elle a réalisé un véritable travail d'investigation et elle a écrit son premier sujet pour « En Baredyo ».

Comme le rappelait Jean-Pierre Rondou, l'instituteur de Gèdre, dans son ouvrage de 1910 « Proverbes, dictons et devinettes en pays de Barèges », le proverbe n°304 résume bien une des difficultés du pays Toy : « Cada vilatge son lengatge, cada maisou, son faiçon » , autrement dit: « Chaque village, son langage, Chaque maison, sa façon ». On pourrait rajouter ici : Chaque village, son énigme.

Si vous avez d'autres explications, d'autres versions, n'hésitez pas à nous contacter. Dans le prochain numéro de juin 2026, nous proposerons à une lectrice ou un lecteur de tenter de résoudre, une nouvelle énigme.

Enfin, pour compléter le dossier d'Aline Louyat, trois extraits de la littérature qui vont dans le sens des propos rapportés par Jeannette Guilhembet. Ils évoquent une « cayenne » comme un lieu de réunion de compagnonnage. « Et là, à cheval avec son frère qui se présentait à la porte d'une cayenne ! » [Henri Vincenot, La Billebaude, 1978, page 289]. « À sa mort, le « Berryer¹ » est rendu aux Compagnons Soubise qui le déposent dans leur cayenne de La Villette où il est encore visible aujourd'hui. » [Françoise Icher, les Compagnons ou l'amour de la belle ouvrage, 1995, Découvertes Gallimard n° 255, 2005, page 64]. « Des descentes de police visent les « cayennes ». Pour éviter leur saisie, les compagnons détruisent eux-mêmes leurs documents régulièrement. » [Samuel Guicheteau, Les ouvriers de France 1700-1835, Armand Colin, collection U.2014]

Le Berryer¹ : Au palais de justice de Paris. Berryer, dans le langage des couloirs, est... un lieu de rendez-vous. C'est en effet devant sa statue en pied, installée dans la salle des pas perdus à côté de l'entrée de la première chambre du tribunal, qu'avocats, avoués, ont depuis longtemps pris l'habitude de se rencontrer soit entre eux, soit avec leurs clients. (Archives, Le souvenir de Berryer, J-M.Thenard, Le Monde 18/04/1969)



Maurice PÉLÉGRY mauricepelegry@yahoo.fr

Légende complète :
1 - Blason d'Esterre : D'azur à une tour donjonnée de sable, accompagnée en chef de deux merles du même et en pointe d'une fleur de lys d'or.

1 - Blason d'Esterre

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Livre de Jean-Pierre RONDOU

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