logo

Vivre et travailler au pays modifier

Christophe Fabre, un pyrénéiste convaincu et convaincant à la tête des Thermes de Barèges-Barzun

par Maurice PÉLÉGRY

Plus haute station thermale de France, le bourg de Barèges accueille des thermes d'exception dans un site chargé d'histoire. Après 40 ans à la direction des Thermes, l'unique poste professionnel de sa carrière, le toy Dominique Suberbielle, originaire de Viella, a transmis le témoin à Christophe Fabre, au début du mois de mai 2022. Avant de vous présenter le nouveau directeur des thermes, permettez un hommage tout de même à Dominique qui a permis à la station de passer «du thermalisme d'antan, avec des baignoires en marbre, à un établissement rénové pour suivre les aspirations d'une clientèle exigeante. Sous son impulsion, Barèges est passé de l'accueil du blessé de guerre à une nouvelle clientèle désireuse également de fréquenter un espace thermo-ludique.» Barèges a eu le mérite de montrer à la fois un visage novateur en proposant de multiples évolutions, mais a fait preuve également d'une âme de leader parmi les nombreuses stations thermales des Hautes-Pyrénées afin de mieux répondre à la nouvelle population de curistes. Les deux crises majeures, les terribles inondations de 2013 ainsi que la crise du Covid, ont à chaque fois fait considérablement chuter la fréquentation des Thermes, redescendus à moins de 1800 curistes annuels. Il leur a fallu à chaque fois repartir. Pionnier et novateur du bien-être également, dès 1983, avec l'ouverture des locaux pour l'après-ski, le témoin a été transmis avec un taux de fidélisation respecté.

Pour succéder à Dominique, le choix de la municipalité s'est donc porté sur Christophe Fabre. Natif de Lourdes, il n'est pas un inconnu pour Barèges puisqu'il fut directeur de l'Office du Tourisme et chargé de mission à la mairie (2008-2011). La mairie de Barèges, innovante dans ce domaine, a de nouveau fait appel à ses services, en reconduisant le nouveau directeur dans deux fonctions, la Direction des Thermes (70%) et la Mairie (30%) pour laquelle il est chargé de développement de projets, dont par exemple la rénovation et la transformation de l'Hospitalet. Pour cela il a réuni durant son parcours toutes les compétences requises à l'exercice d'une telle responsabilité.

Sa formation et ses diplômes, dans des domaines aussi divers que le management, le marketing touristique et informatique, l'animation et gestion touristiques locale, la gestion de crise, l'ingénierie de projets ou les ressources humaines, parlent pour lui. De plus, avec patience et investissement personnel, il a su compléter son expérience du terrain avec des responsabilités à la station de Cauterets ou à la direction d'une société de consulting. Par la suite il officie à la direction des stations de Gavarnie et de Hautacam pour les enseignes Stem International ou PGI France. Enfin, sportif accompli, il a animé également l'Association Française de Snowboard et fut à l'origine de nombreuses organisations sur le circuit pyrénéen. Un de ses maîtres est Henri Béraldi, magnifique auteur, dont l'œuvre majeure en sept tomes: «Cent ans aux Pyrénées», font référence. Il cite d'ailleurs au cours de notre entretien la trilogie restée célèbre de cet auteur: «Ascensionner, Sentir, Ecrire». Pour comprendre les propos de cet écrivain du pyrénéisme, il m'est difficile de ne pas rapporter ici l'intégralité de la citation: «L'idéal du pyrénéiste est de savoir à la fois ascensionner, écrire et sentir. S'il écrit sans monter, il ne peut rien. S'il monte sans écrire, il ne laisse rien. Si, montant, il relate sec, il ne laisse qu'un document, qui peut être il est vrai de haut intérêt. Si chose rare, il monte, écrit et sent, si en un mot il est le peintre d'une nature spéciale, le peintre de la montagne, il laisse un vrai livre, admirable» Être un pyrénéiste convaincu, n'exclut en rien d'être également un moderniste averti. Comme son prédécesseur, Christophe Fabre est conscient de la nécessité de continuer à se diversifier. Il commente: «Barèges a une spécificité importante et mixte, celle d'allier le médical, en l'occurrence le thermalisme avec le bien-être, le ludique et son spa. C'est une chance que peu de stations possèdent. De plus ces deux activités, qui pourraient sembler très différentes au départ, cohabitent très bien».

De très nombreux écrits ont été consacrés à la composition de ses eaux. Comme le rappelle JG.Ballard (Essais sur les thermes de Barèges), en 1550, on se baignait dans un bassin en pierres brutes du fond duquel surgissaient les sources thermales Ce bassin occupait l'emplacement du chauffoir actuel un hangar le couvrait et deux cabanes placées l'une sur le penchant de la colline l'autre sur les bords du Gave formaient des ressources suffisantes aux montagnards qui venaient s'y baigner. De ces eaux, en 1630 on construisit un grand et un petit bain. Chauffée par les 42 degrés de la source tambour, du XIVème siècle à ce jour, la transition entre les bains de Labatsus et ceux de Barèges est édifiante. Le grand ministre Louvois (1641-1691) écrira sur ce sujet: "Les eaux des bains de Belpouey sont merveilleuses. Elles valent mieux qu'une mine d'or, cependant elles sont dans un état d'abandon scandaleux. Le bain ressemble plus à un caveau à mettre du bois qu'à autre chose. Il faut mille pistols pour faire deux beaux bassins et un autre mille pistols est nécessaire pour mettre le couvert à vingt officiers, lesquels sont obligés d'habiter dans des cabanes." Il enverra sur place le fontainier de Versailles qui rassemblera les eaux mais sans découvrir les griffons.

Même si Barèges est avant tout reconnu comme proposant l'eau des os, le traitement des voies respiratoires, à Barzun, vient compléter la réputation acquise en rhumatologie et en traumatologie. L'objectif du nouveau directeur est de retrouver un rythme nécessaire de 3000 curistes. Christophe Fabre insiste aussi sur le projet de modernisation du service des boues. C'est en effet un autre «plus» des Thermes de Barèges. La pélothérapie qui consiste en l'application de boue thermale chaude sur les zones douloureuses du corps devient une variante importante dans le traitement des affections rhumatismales.

Enfin, la dernière richesse que compte bien mieux exploiter le directeur des Thermes est la Barègine et le potentiel très important du développement d'une belle gamme dermatologique. Cette substance précieuse est un micro-organisme qui se développe naturellement dans les eaux des sources thermales de Barèges-Barzun. Ces bactéries excrètent un gel qui présente des activités antibiotiques, anti-inflammatoires et cicatrisantes. On doit son nom à M. Longchamps, chimiste, ex-commissaire des poudres, qui venait à Barèges. Vers 1828, il a donné le nom de Barègine à ce dépôt d'évaporation des eaux thermales. Dans son mémoire lu à l'Académie des Sciences le 12 août 1833, il écrivait: «Les eaux minérales sulfureuses des Pyrénées contiennent en dissolution une matière azotée et visqueuse qui leur communique une certaine onctuosité. L'eau qui a séjourné pendant quelque temps dans les bassins ou les canaux de conduite y dépose sur leurs parois un enduit quelquefois assez épais d'une matière visqueuse semblable à du blanc d'œuf et qui est évidemment produite par le dépôt de la matière gélatiniforme que ces eaux tiennent en dissolution». Barèges a échappé à une autre dénomination, moins heureuse de cette substance qui fit connaître ses eaux. En effet, quelque temps avant, le médecin Joseph Anglada (1775-1833) avait eu connaissance de cette substance qu'il avait nommé Glairine à cause de son aspect et de sa grande viscosité!

Le nouveau directeur n'a pas été approché par hasard. Dorénavant à la tête d'un effectif conséquent, constitué de huit personnels permanents, de vingt-cinq personnels saisonniers, de deux médecins thermaux et de kinésithérapeutes, l'objectif de Christophe Fabre reste «bipolaire»: continuer à développer l'assise thermale en retrouvant un nombre satisfaisant de curistes qui ont toujours fait la réputation de la station, mais également s'appuyer sur la mixité du formidable outil qu'est CIELÉO, l'espace bien-être afin de faire venir aussi des sportifs, pour des remises en forme. Il ajoute: «Beaucoup de sites de bien-être n'ont pas la chance de pouvoir s'appuyer sur l'eau thermale. Barèges c'est 88% pour les rhumatismes et 9% pour le traitement des voies respiratoires avec le bonus de Barzun. La fréquentation est constituée de 57% de femmes et 42% d'hommes, avec essentiellement deux tranches d'âge: 42% pour les curistes de 60 à 69 ans et 40,2% pour ceux entre 70 et 71 ans. Nous sommes aussi bien entendu, vigilants sur le taux de fidélisation».

Au cours du XXème siècle, Barèges a toujours été novateur et à la pointe du progrès. Dès 1910, la plus grande épreuve sportive cycliste traversait le bourg en direction du Tourmalet. En 1922, est fondée, sur le plateau de Lienz, au-dessus de Barèges, l'une des toutes premières écoles de ski des Pyrénées et que dire de l'explosion du ski avec la construction des premières remontées mécaniques et du regretté Funiculaire qui permit à Barèges d'être, pendant longtemps, la première station de ski des Pyrénées occidentales. Grâce à son premier maire Urbain Cazaux, Barèges organisa trois championnats de France de ski, sur le réputé secteur de l'Ayré. Tout au long de ces années, les thermes de Barèges-Barzun ont aussi apporté leur lot de renommée et de reconnaissance.

Nul doute que le nouveau directeur des Thermes de Barèges, Christophe Fabre a une vision claire de ses objectifs et qu'il mettra tout en œuvre pour bien négocier ce nouveau «virage aquatique». Dans ce domaine, à l'inverse de beaucoup d'autres, Barèges, il faut bien le reconnaître a fait montre d'une anticipation certaine. Le changement doit rester au cœur des préoccupations des nombreux élus de nos communes. En son temps, le célèbre humoriste Francis Blanche n'aurait pas démenti un tel comportement, car il aimait à déclamer: «Il vaut mieux penser le changement que changer le pansement…»

Il faut dire que l'établissement de Barèges est unique, car il associe le très ancien (près de cinq siècles) et l'exigence d'un modernisme de pointe. Nul ne sait quand les eaux de Barèges ont été découvertes. La tradition veut que ce soit les bergers qui en furent les premiers utilisateurs. Ils avaient remarqué que les brebis malades ou blessées venaient se tremper dans cette eau chaude et sulfureuse.



La très belle nef Napoléon III, constitue la partie originelle des thermes. Cette majestueuse salle, heureusement conservée, a été rendue célèbre par les visites de l'empereur à sa mère Hortense de Beauharnais qui venait «prendre les eaux» dans les Pyrénées. (photos 2 et 3)

Les anciennes cartes postales datent de 1900, 1908, 1911 et 2019

Sources:
Photo Dépêche du Midi, Thierry Jouve - Site officiel de l'Occitanie Thermale - infotourisme@valléesde gavarnie.com - CPArama.com - Martine Lebec, H2O avril 2010 - JG Ballard, Essai sur les eaux thermales de Barèges,1834 – La Nouvelle République des Pyrénées, publié le 15/04/2022 - Photos et cartes postales Maurice Pélégry

Christophe Fabre

Christophe Fabre

Christophe Fabre fermer

La très belle nef Napoléon III

La très belle nef Napoléon III

La très belle nef Napoléon III fermer


Avis

Laisser un avis sur cet article... (vous devez avoir un compte et être connecté )

Derniers avis reçus :
Aucun avis n'a encore été soumis sur cet article jusqu'à aujourd'hui.
Infos
Tous droits de reproduction et de diffusion réservés aux auteurs - En Baredyo : siège social : Mairie de Luz-Saint-Sauveur