
SANTÉ EN PAYS TOY
DOSSIER
Le thermalisme
Le pays Toy s’ouvre au monde extérieur grâce au thermalisme
par Maurice PÉLÉGRY
Aqua condunt urbes, soit les eaux fondent les villes, disaient avec raison les anciens. En effet, que seraient, sans leurs eaux, Bagnères, Cauterets, Luchon et en ce qui concerne le pays Toy, Barèges et Luz-Saint-Sauveur. Ces deux dernières, doivent leur vie à leurs sources minérales. À toutes les époques et chez tous les peuples, les bains ont été considérés comme un puissant moyen d'hygiène, et les eaux minérales comme un remède d'un grand nombre de maux. Dès 1580, Michel de Montaigne dans ses Essais, décrit une véritable passion pour la médecine des eaux et se mit à visiter les eaux minérales, malgré un injurieux mépris déclaré contre les médecins. Bien avant, l'effet bénéfique des eaux de Barèges était sans doute connu localement depuis longtemps. Dans son magnifique ouvrage, l'histoire médico-militaire de Barèges, le Dr Tournier-Lasserve indique un testament daté de 1396 mentionnant sur ce lieu, une chapelle Sainte-Marie-Madeleine du Bain, qui entérine son existence à cette date, puisque ce lieu s'appelait « et banh », soit le bain. Il s'agissait d'un lieu où les habitants ne demeuraient pas l'hiver. Un acte du 25 janvier 1560 établi par Me Ramoun-Jean Noguès, notaire royal de Luz, fait mention des « Bains de la Batsus ».
Le Docteur Corentin James rapporte dans son Guide aux eaux (1855), la description suivante: « À mesure qu'on s'approche de Luz, le double rempart formé par ces montagnes s'élargit, la végétation réapparaît, les champs se peuplent et s'animent ; bientôt, enfin, comme au sortir d'un cauchemar, on se retrouve transporté au milieu d'un ravissant paysage. C'est la vallée de Luz. Pour aller à pied du bourg de Luz au village de SaintSauveur, il ne faut que quinze à vingt minutes ; on traverse le gave sur un joli pont de marbre. »
Les thermes de Saint-Sauveur
« Saint-Sauveur est situé, et en quelque sorte suspendu à mi-côte de la montagne de Luz. Ce n'est qu'en entamant le rocher avec la mine qu'on a pu creuser un emplacement suffisant pour y bâtir le village actuel, lequel n'est formé que d'une seule rue. La source principale dite des «Bains» jaillit en face de l'établissement ou elle est portée par des conduits souterrains. Elle est claire, limpide, onctueuse au goût et au toucher. Sa température au griffon est de 34°C.
Quant à l'établissement thermal, c'est un péristyle disposé en rectangle, orné de nombreuses colonnes corinthiennes. Autour de la terrasse, se trouvent vingt cabines de bains, deux douches, ainsi que deux buvettes. »
« Les eaux de Saint-Sauveur conviennent dans les névralgies faciales et sciatiques. Vous les verrez surtout faire merveille dans ces affections nerveuses, mal définies, qui sont l'apanage des personnes de ce monde, et que ne connaît pas l'ouvrier, dont la sensibilité se fortifie ou s'émousse à de pénibles labeurs. Les eaux de Saint-Sauveur sont souveraines pour les maladies de matrice, c'est même là, à vrai dire, ce qui constitue leur spécialité.
L'établissement thermal ne possède que deux sources. À quelques minutes du village, existe une autre source sulfureuse dite de la Hountalade, qui a 22 °C de chaleur. Elle est connue dès le XVIe siècle. On y a organisé des douches, des bains et une buvette. Saint-Sauveur offre peu de distractions de salon, en revanche, aucun bain n'est aussi favorisé comme promenades et excursions.»
Ce même guide décrit: « À deux kilomètres de Luz, près du village de Vizos, se trouve une source sulfureuse froide, très riche en barégine, qui exhale une assez forte odeur d'asphalte. L'eau de Vizos, sans établissement thermal, est réputée pour le traitement des ulcères et des plaies. »
Les thermes de Barèges
Le docteur James poursuit: « Plus haut, Barèges est situé au-dessus de Luz, sur la rive gauche d'un gave impétueux, le Bastan, dans une vallée étroite et sauvage. Son hospice civil, son hôpital militaire, ses thermes de construction toute récente, représentent deux beaux bâtiments. Le pic d'Ayré, recouvert de hêtres vigoureux, protège le village contre la chute des neiges et des glaces. Une ancienne loi, tombée aujourd'hui en désuétude, punissait-elle de mort l'imprudent qui aurait osé porter la cognée dans cette espèce de bois sacré. Il serait d'autant plus à désirer qu'on y veillât, que, du côté opposé de la vallée, où manquent ces remparts naturels, on achève les travaux d'endiguement destinés à arrêter les avalanches. Barèges ne possède aucun monument ancien. Sa renommée toute moderne, est due au voyage de Mme de Maintenon, qui en 1675, y conduisit le duc de Maine par les sentiers étroits et tortueux du Tourmalet, les seuls alors qui furent abordables. Le jeune prince était un peu lymphatique et avait un commencement de pied-bot. Les eaux fortifièrent sa constitution, sans guérir la difformité. Les sources de Barèges, au nombre de dix, jaillissent dans l'établissement, dont la plus chaude à une température de 45°C et en sulfure de sodium, est Le Tambour. L'eau est d'une parfaite limpidité. Autrefois, ce qui frappait tout d'abord en arrivant à Barèges, c'était moins encore l'aspect sauvage de la contrée que l'aménagement par trop primitif des sources. Heureusement le nouvel établissement thermal répond mieux à la juste célébrité des eaux et à l'affluence des malades qui s'y rendent des pays les plus lointains. Les piscines ne sont plus ces affreuses cuves, mais on n'a pas pu réformer les eaux qui les alimentent. Ainsi, pour la piscine civile comme pour la piscine militaire, cette eau n'est autre que celle qui a déjà servi aux bains de baignoire et aux douches. Quant à la piscine dite des pauvres, on ne soupçonnerait jamais, à son élégante disposition, qu'elle n'est que le déversoir des deux autres, et que, par conséquent, l'eau qui s'y rend en est à sa troisième édition. »
Plutôt que de proposer un nouvel écrit sur les thermes réputés des deux stations, nous avons préféré ici, davantage développer les thermes de Barzun et de la Hountalade, moins fréquents dans la littérature. Nous avons aussi fait le choix de privilégier les personnes, et de rappeler le parcours incroyable de nombreux acteurs de santé du pays Toy. Enfin, nous avons un projet ultérieur, dont le dossier spécial sera uniquement consacré aux thermes de Barèges et de Saint-Sauveur.
Bibliographie : Guide pratique aux eaux minérales, aux bains de mer et aux stations hivernales. Traité d'hydrothérapie, Drs Constantin James et Victor Audhoui, librairie Bloud et Barral, 1852.
Iconographie: Thermes de Barèges, Fonds Ancely, Louis-Julien Jacottet, 1841 - Thermes de Saint-Sauveur, Fonds Ancely, Louis-Julien Jacottet, 1840 - Cartes postales collection M.Pélégry