Histoire d'une carte postale
de l'année 1927
par Maurice PÉLÉGRY
Avant la deuxième guerre mondiale, l'expansion du tourisme, l'attrait de la montagne et du thermalisme, fait que de nombreuses bourgades bigourdanes ont vu s'installer de très beaux établissements hôteliers, la plupart étant innovants et d'un grand luxe pour l'époque. En pays Toy, Luz-Saint-Sauveur possédait dès le début du XXe siècle de magnifiques propriétés.
Cette ancienne carte postale représente le panneau de l'ancien Hôtel de Londres, situé sur la commune d'Esquièze-Sère, rebaptisé depuis peu Hôtel Tourmalet. Comme indiqué sur ce panneau, il était la propriété d'un certain Pouey, dont la famille était de Luz. En fait, il s'agit de Maurice Pouey qui avait fait construire ce magnifique hôtel au bord du bastan. La description mettait en avant l'existence de salles de bains, avec eau courante, chaude et froide dans toutes les chambres, et comme précisé sur le dépliant ci-dessous, le téléphone dans toutes les chambres. Il offrait de plus un garage et un parc avec un court de tennis. On peut également lire à deux endroits la mention: «English spoken», ce qui est logique quand on s'appelle Hôtel de Londres. À cette époque de nombreux Anglais venaient en villégiature à Luz, ce qui explique le nom de cet hôtel. Il y a bien longtemps que les sujets de sa Majesté ont quitté le pays Toy. Ils ont été remplacés par de très nombreux cyclistes, si bien que l'Hôtel de Londres s'est transformé en Hôtel Tourmalet, ce qui est justifié compte tenu de sa situation privilégiée, près du kilomètre zéro, de l'autre côté du pont.
En traversant le pont, de suite à droite, à l'emplacement actuel de la route de Lalanne et de l'ancienne station-service Candedo, construite en 1858, il y avait une petite maison, avec une étoile en applique. Cette petite maison appartenait à la famille Gaillardou. C'était à cette époque, un atelier de vente et de réparation de cycles. Par la suite, au même endroit, il y avait une boucherie portant le nom de boucherie des éleveurs. En suivant le panneau enseigne annonçant Luz se trouve sur la façade de l'ancien garage de l'hôtel de l'Univers, situé en face. Entre le garage de l'hôtel et la maison Gaillardou, il y avait un passage qui menait au court de tennis grillagé de l'hôtel de l'Univers. En fait les courts de tennis des deux hôtels n'étaient séparés que par le bastan, un de chaque côté. Le long de celui-ci, contre la maison Gaillardou, il y avait également un autre passage pour laisser passer les paysans et leurs charrettes. La route et l'accès au lotissement de Lalanne date des années 1970.
En prolongement du garage de l'Hôtel de l'Univers, on peut voir l'enseigne de l'ancien café Gaby. On aperçoit en suivant un panneau annonçant un local de Coiffeur. Le rez-de-chaussée de la grande maison d'angle, sous le balcon, abritait la boulangerie Péné qui existait bien avant les vêtements Arcas. Enfin, à l'angle de ce corps de maisons, donnant sur le carrefour, on voit l'enseigne du Café Barégeois, tenu par la famille Monségu.
En face, toujours côté Luz, on devine le panneau de l'Hôtel de l'Univers, qui lui aussi annonçait: «English spoken» et offrait donc aussi à ses clients un court de tennis. C'était un hôtel de 1er ordre, ouvert toute l'année. Il proposait la lumière électrique, des Salons de lecture et des voitures pour excursions. Tout près de la gare, les correspondants du Touring-Club Anglais et Français étaient les bienvenus. Il était à l'époque la propriété de la famille Payotte.
Deux pics sont également notés sur ce document: le Som de Horgues et le Pic de Litouèse.
Cette carte postale a été réalisée avec une phototypie de Marcel Delboy à Bordeaux. C'était un procédé d'impression à l'encre grasse au moyen de gélatine fixée sur une plaque de verre. Ce procédé permettait un rendu à modèle continu non tramé. La phototypie a été le principal mode d'impression des cartes postales jusque dans les années 1930, où elle a été remplacée par l'impression offset. Quant à Jacques Marcel Delboy (1882-1941), il était un grand éditeur bordelais. Il faut rappeler qu'avant l'arrêté ministériel du 18 novembre 1903, qui a autorisé en France la correspondance au verso des cartes, il y avait une production soignée, de belles photos très bien «phototypées» sur du papier de qualité.
En 1906, il y avait aussi à Luz, une importante entreprise de matériaux de construction du nom de J.M Pouey. Homonyme semble-t-il de Maurice Pouey, J.M Pouey (entête ci-dessous) n'était autre que le beau-frère de Monsieur Arnaud, responsable de la grande entreprise de travaux publics.
Un dépliant touristique et publicitaire de l'Hôtel de Londres avait été imprimé. Il représentait la terrasse, le long du bastan et le court de tennis. On peut voir aussi en suivant, le magnifique hall d'accueil et la salle du restaurant de l'hôtel.
Que de personnes ont fréquenté ce magnifique établissement!
Il paraît même que pendant la deuxième guerre mondiale, il avait été réquisitionné. Il fut à cette occasion le siège du commandement allemand.
Succédant au propriétaire Pouey, l'hôtel est aujourd'hui, depuis une quarantaine d'années, la propriété de la famille Tristan.
Le propriétaire de l'Hôtel de Londres, Maurice Pouey, possédait également l'hôtel du Marboré à Gavarnie. Cet établissement semblait également être très fréquenté, si l'on en croit le nombre de magnifiques véhicules stationnés sur le parking de l'hôtel.
Sources: Site hôtel Tourmalet - Documents de la collection privée M.P
Légende complète:
Photo 2: Vue de l'hôtel de Londres depuis Luz-Saint-Sauveur, avec sur la gauche, l'enseigne étoilée de l'atelier de réparation de cycles