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Le Tourmalet (1) modifier

ou la reconnaissance du géant Toy - 1ère partie

par Maurice PÉLÉGRY

Au cœur de l'été la Poste annonce pour le 1er janvier 2023 la fin du timbre rouge qui permet l'acheminement du courrier à J+1, pour le remplacer par une version télétransmise. Nos génies visionnaires vont proposer à la place une nouvelle formule hybride, dématérialisée, comme ils disent, pour l'expédition des envois «vraiment urgents». Il paraît que l'on s'écrit de moins en moins. Place donc à la e-lettre, dont le tarif augmentera au passage. Mais pas de panique, le timbre vert, celui des courriers moins urgents, celui que l'on réservait d'ordinaire aux cartes postales, est conservé. Ouf, nous pouvons être soulagés, mais ne soyons pas dupes. Il est logique que le timbre lent, «le vert» mette plus de temps à mourir que le timbre rapide, «le rouge».

Cela est bien dommage, car la Poste joue un rôle sociétal au niveau des territoires, c'est un acteur incontournable du lien entre les différentes catégories sociales, entre les personnes âgées sans Internet, la «France d'en bas» comme disent d'autres.

Jusqu'à ce jour, le pays Toy n'avait été honoré par la philatélie Française qu'à deux reprises:
• Le 22 décembre 1951, avec la parution d'un timbre violet foncé, d'une valeur de 40F, émis à plus de 57 millions d'exemplaires représentants, une création de Raoul Serres sur l'Observatoire du Pic du Midi de Bigorre.
• Le 23 juillet 1988, avec la parution d'un timbre violet-vert-brun, d'une valeur de 3F, émis à plus de 5 millions d'exemplaires, représentant une création d' Huguette Sainson et du graveur Claude Durrens, sur l'incontournable cirque de Gavarnie.

Une troisième édition a été effectuée, un peu avant le triste communiqué de la direction de La Poste. En effet, le 8 juillet 2022, on enregistre avec grand plaisir, la parution d'un multicolore, d'une valeur de 1,16€, émis à seulement 705000 exemplaires, représentant une création néo-rétro de l'atelier charentais Doz, création de Karine et David Dauzères, représentant le désormais célèbre Tourmalet et plus précisément le dernier virage, sur le versant de Barèges, le passage le plus difficile de l'ascension, avant le franchissement du col. Inutile de dire que cet endroit a été le théâtre de très nombreux mémorables exploits cyclistes.

En effet, le col du Tourmalet est indissociable de l'histoire du vélo dans les Pyrénées. Ce géant du Tour de France est un col réputé, grimpé par des milliers de cyclistes par an. Il a fait sa première apparition sur le tracé du Tour de France 1910.

Après le col des Tentes (2 207m), c'est le second plus haut col routier des Pyrénées. Le col du Tourmalet, "mauvais détour" en latin, "montagne lointaine" en Gascon, culmine à 2 115m. Dominé par le pic du Midi de Bigorre au nord (2 877m) et au sud par le pic d'Espade (2 467m), il permet de relier les hautes vallées de l'Adour (Bagnères-de-Bigorre, La Mongie) à l'est à elle du gave de Pau (Luz-Saint-Sauveur, Barèges) à l'Ouest.

Depuis très longtemps le col a été parcouru par des colporteurs, des pèlerins et des bergers. De nombreux écrits attestent que dès l'année 1088, la princesse Béatrix 1ère de Bigorre, part de Bagnères pour aller percevoir les impôts à Barèges.

Le Tourmalet sort de l'ombre en 1675, lorsque Madame de Maintenon, en chaise et par porteurs, accompagnée du duc de Maine le franchit pour aller prendre les eaux à Barèges. En effet, la route de la vallée de Labatsus, de Luz-Saint-Sauveur à Barèges était très dangereuse et régulièrement coupée par des crues. Il ne restait plus que cette solution pour aller rejoindre Barèges afin de soigner le Duc de Maine. Il faudra d'ailleurs attendre 1736 pour qu'une route sûre relie Barèges à Luz-Saint-Sauveur.

Un petit rappel historique
En 1550, Barèges n'était qu'un lieu-dit où l'on trouvait un «bassin de pierres brutes» et deux cabanes. La tradition rapporte que cette découverte serait due à une brebis appartenant à Mouré de Viey, seul propriétaire alors du sol où se trouve bâti Barèges. Chaque matin, aussitôt que le troupeau sortait de la bergerie, cette brebis quittait les autres et ne venait les rejoindre que quelques moments après. Un jour, le berger, intrigué de la manière dont la brebis quittait chaque matin le troupeau, voulut savoir où elle allait. Quel ne fut pas son étonnement lorsqu'il vit cet animal boire à une source dont il ignorait l'existence. Il s'approcha, toucha l'eau de la main et fut non moins surpris de la trouver chaude. Le soir, rentré au village, il raconta ce qui lui était arrivé. On accourut pour voir la source et boire de son eau. Le bruit de la découverte de cette eau thermale se répandit de village en village et bientôt au dehors de la vallée. La tradition ne dit pas à quelle époque ceci arriva. Petit à petit, le petit village montagnard, se bâtit autour de ses sources thermales.

Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon (1635-1719), est une aristocrate française. Petite-fille d'Agrippa d'Aubigné, elle reçut une éducation protestante et se convertit au catholicisme en 1649. Elle épousa en 1652, pour des raisons financières, le poète français Paul Scarron, s'intégrant ainsi à un brillant réseau littéraire, dont faisaient également partie Madame de Sévigné et Madame de La Fayette. Sans ressources à la mort de son mari, elle fut nommée, en 1660, gouvernante des enfants illégitimes de Louis XIV et de Madame de Montespan, en l'occurrence, le Duc de Maine et le Duc de Penthièvre. Par la suite, ces enfants seront reconnus et même légitimés comme successeurs possibles du Roi. (photo 3)

En 1675, le Duc de Maine (1670-1736) est atteint d'une infirmité qui l'oblige à aller se faire soigner à Barèges. En effet, le 29 mars 1675, Madame de Maintenon rapporte de nouveau à l'abbé Gobelin que M. le duc du Maine a la fièvre. C'est alors qu'il fut décidé que le jeune duc serait emmené à Barèges, dont les eaux commençaient à peine à être connues. Madame de Maintenon l'accompagne et réalise donc le premier passage historique et princier du Col du Tourmalet. Par la suite, ils se rendront à deux autres reprises à Barèges.

La chronique nous indique que lors de ses trois séjours, Madame de Maintenon rédige de nombreuses et longues lettres à Louis XIV, et qu'elle se signale à lui par son esprit brillant. Elle aura donc séduit le Roi par ses qualités intellectuelles. En 1679, elle supplante Madame de Montespan en devenant elle-même la maîtresse du roi.

Attribué à Pierre Mignard (1612-1695). Françoise d'Aubigné, veuve Scarron et les deux premiers enfants du roi et de Madame de Montespan. Huile sur toile. Maintenon, château de Maintenon. © Christophe Fouin. (photo 4)

Par la suite, le chemin qui franchit le col, est modernisé par Napoléon III qui finance les travaux de la route thermale. Les travaux débutent en 1859. C'est le 30 août 1864 qu'elle est inaugurée, tandis que l'Observatoire du Pic du Midi, créé en 1873, surplombe le col. Du haut du col «une vue de siècles de pastoralisme nous contemple». En dehors de la beauté de ses paysages, ce lieu aujourd'hui a prolongé sa célébrité grâce à la petite reine. C'est dailleurs sur ses pentes que certaines des plus belles pages de l'Histoire du Tour de France se sont écrites. De 1910 à 2010, le Tour de France l'a franchi à 76 reprises, un record, dont, fait rare un double passage en 1974 et en 2010. Trois arrivées sont enregistrées au sommet, dont la dernière en 2019, qui consacre le coureur français Thibault Pinot, devant Julian Alaphilippe.

Cette merveilleuse épreuve sportive a été créée en 1903. Mais c'est le 21 juillet 1910 que le Tour de France passe pour la première fois en haut du Tourmalet, lors de l'étape entre Bayonne et Luchon (325km), avec les montées successives des cols de Peyresourde, Aspin, Tourmalet, Soulor et Aubisque. Cette étape restera dans les mémoires comme la plus difficile jamais courue. À cette occasion, Octave Lapize lançât aux organisateurs: «Vous êtes des assassins!». La sculpture en fer de Jean-Bernard Métais qui trône en haut du col, a été surnommée «Octave», en hommage au parisien Octave Lapize, qui passa en première position le col cette année-là, vainqueur du Tour dans la foulée, avec un vélo de plus de 13 kg, et même si les dérailleurs étaient déjà connus à cette période, ils étaient interdits par les organisateurs.

Philatélistes du canton, hâtez-vous d'acquérir les derniers exemplaires de cette fierté locale, car dès le début 2023, ces timbres seront devenus rares et par voie de conséquence très onéreux.
Attribué à Pierre Mignard (1612-1695)...

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2 célèbres photos d’Octave Lapize, montée du Tourmalet

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Octave Lapize en 1910

Octave Lapize en 1910

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