
SANTÉ EN PAYS TOY
DOSSIER
Louis BARZUN et les thermes
par Maurice PÉLÉGRY
Un peu avant d'arriver à Barèges, près du Bastan, se trouve la source de Barzun.
Ces thermes doivent leur nom à un pharmacien originaire d'Argelès-Gazost. Le conventionnel Bertrand Barrère de Vieuzac, rapporte que : « Monsieur Barzun, alors pharmacien à Luz, eut le courage d'exposer sa fortune pour acquérir à un haut prix, des propriétés riveraines et y faire les explorations et les travaux nécessaires à la conservation et à l'exploitation de cette source précieuse. »
En 1835, il n'y a pas de surface bâtie en place, mais la localisation de la source est bien indiquée accompagnée de la mention " source de M. Barzun ". L'autorisation d'exploiter a été obtenue le 16 février 1837.
Louis Barzun, fit construire un premier établissement à partir de 1840. L'établissement comportait alors neuf cabines de bains, trois douches et une buvette et il était considéré comme performant et bien outillé pour l'époque, avec des appareils d'hydrothérapie perfectionnés.
En 1846, Louis Barzun demande au Conseil général que la Vallée prenne à sa charge l'entretien du chemin qui conduit de la route royale à son établissement, car faute d'entretien, les travaux effectués s'avèrent inutiles. Il demande également que cet embranchement soit considéré d'utilité publique et obtient l'accord des autorités.
Trente et un an après son acquisition, Louis Barzun, décède à Luz, le 29/11/1866, à l'âge de 75 ans. En 1879, l'édifice abrite 12 cabinets de bains et 32 appareils de douches divers. Son développement est limité par l'impossibilité de résider sur place alors que l'eau y est plus chaude et plus minéralisée qu'à Barèges et elle est fortement azotée. Pour remédier à cette situation, le propriétaire bordelais de l'époque, M. Fabre de Rieunègre conçoit le projet de descendre l'eau jusqu'à LuzSaint-Sauveur à 6 km en contrebas, dans un établissement des plus luxueux, ce qui permettrait de profiter de toutes les aménités, notamment climatiques, de Luz. L'opération est financée par la création d'une société dont le capital est réparti en 800 actions à 500 F. Les statuts sont déposés à Bordeaux le 11 mai 1879 et le conseil d'administration est présidé par l'hydrologue Durand Fardel. Les membres-fondateurs ont tous droit pendant dix ans à la gratuité du puisage. L'eau de Barzun est amenée à Luz par une canalisation en poterie vernissée longue de 7 km et l'établissement de Barzun est abandonné. D'après François Pujo, l'arrivée de cette conduite servant à alimenter « les thermes de Luz », se trouvait à l'emplacement actuel du stade de football de cette commune.
Après la faillite de l'exploitant en 1888, l'établissement est réouvert et l'eau est exploitée conjointement à Luz et à Barzun, mais les conduites sont abîmées dès cette époque.
L'établissement souffre fortement de l'inondation de 1897, qui ensabla les thermes et emporta la canalisation de descente des eaux à Luz. Les thermes seront en partie reconstruits en 1899, et la toiture initialement en chaume a été remplacée par une couverture en ardoise.
En 1912, la source Barzun avait un débit de 100 000 litres par jour et l'établissement fonctionne du 1er juillet au 10 octobre.
Néanmoins, les installations sont médiocres jusqu'en 1919, époque à laquelle une nouvelle administration entreprit de les restaurer, pour arriver en 1933, à leur complet achèvement. Auparavant, en 1929, M. Theil indique qu'une cabine a été aménagée en bain aéro-thermal pour traiter l'hypertension et certains états hérétiques.
Le journal de Barèges de 1933 indique que l'établissement compte alors huit cabines de bains (elles seront 12 en 1937), une buvette, une douche à jet et en pluie, des douches ascendantes et une cabine de pulvérisation. Le même journal mentionne des terrasses d'héliothérapie à partir de 1934. Une rénovation, avant 1944, voit la création d'un toit terrasse à vocation de solarium. Cette propriété privée, est concédée à la commune de Barèges en 1985 qui l'attribue au syndicat des thermes de Barèges jusqu'au 15 mai 2045 avec un objectif de complémentarité.
Après la rénovation de 2013, une aile symétrique vers l'ouest a été construite, l'édifice suivant désormais un plan en T. L'établissement de Barzun a été affecté par l'inondation du 18 juin 2013 et n'a pu rouvrir qu'en 2015 après des travaux de remises en état.
Louis Barzun, créateur des Thermes de Barzun
Louis Barzun est né à Argelès-Gazost le 25/08/1791. Il était le troisième des sept enfants du second mariage de son père, Jean-Baptiste Barzun, bourgeois négociant, dont la famille était originaire de Saint-Pé-de-Bigorre et de Marie Courrèges (1759-1811). Son père avait épousé en première noce, une Argelésienne portant le nom original et rare de Catherine Soubirous Toutdret, dite Avancouleur (1741-1777), avec laquelle il eut 9 enfants. Louis, le pharmacien, se maria à Argelès-Gazost, le 15/02/1815 avec Julienne Daiteg (1793-1874), ménagère et domiciliée d'Argelès, avec laquelle il eut quatre filles. Son épouse était la fille de Jean Daiteg et de Domengea Oriebat, marchand épicier d'Argelès.
Leur seconde fille, Zélie Barzun, née à Luz le 30/10/1821 (ce qui atteste la présence de Louis Barzun à Luz depuis cette date), avait épousé à Luz, le 23/05/1848, le médecin Emmanuel Combes, natif de Toulouse, mais qui n'a pas exercé au pays Toy. En revanche, la fille aînée, Neltie Barzun, née en 1816 à Argelès-Gazost, a épousé, à Luz, le 10/06/1835, Pierre-Alphonse Claverie, natif de Tarbes. Ce dernier, qui était pharmacien, a tenu une officine à Luz puisqu'il figure dans les registres professionnels de 1884 à 1894. Il fut même élu et maire de Luz (1864-1871), entre Romain Domec et Bernard Druène. Ces mêmes registres nous apprennent que son frère Paul Claverie était pharmacien à Barèges en 1886 et 1887, puis à Betpouey-Barèges (18951905). Pierre-Alphonse Claverie est décédé à Luz, le 2/01/1891, à l'âge de 82 ans. Son beau-père, Louis Barzun, était décédé bien avant à Luz, le 29/11/1866, à l'âge de 75 ans. Nous avons vu que vingt-deux ans plus tard, en 1888, fut prononcée la faillite de l'exploitant des Thermes de Barzun. J'ignore qui a succédé à Luz, ni à Louis Barzun, ni à Pierre-Alphonse Claverie et surtout à quel endroit ? En suivant, le guide Rosenwald, annuaire référence des professions médicales, depuis 1886, sont enregistrés successivement à Luz : Victor Vignau (1897-1912), un certain Gabriel, Marius Gourrut-Baynon, natif de Condom, qui sera pharmacien à Luz de 1912 à 1913, avant de partir exercer à Agen. Puis à partir de 1912, Alexandre Labedan pharmacien, s'installe à Luz. Il est certain que le commerce Barzun avait une certaine importance, comme en témoigne la copie de l'ordonnance ci-dessous, délivrée en 1917 par Alexandre Labedan, successeur de l'ancienne pharmacie Barzun.
Ce dernier était originaire de Fleurance dans le Gers. Il est décédé à l'hospice, rue d'Ourout d'Argelès-Gazost, à l'âge de 71 ans, le 26/12/1918. Son épouse, née Laure Latour est restée domiciliée à Luz.
Sources : Archives départementales des Hautes-Pyrénées et du Gers-Guide Rosenwald, annuaire médical et pharmaceutique (1886-1949) Inventaire général région Occitanie, Recensement du patrimoine thermal, Viviane Delpech et Thermes de Barzun,2020 - L'établissement de Barzun, G.Lescher-Moutoué, Pau 1937 - Nouvel Annuaire administratif des Hautes-Pyrénées, Imprimerie de la Préfecture, J.A.Lescamela, Tarbes (1884-1914) - Document photographique Pierre Lavantès -Collection cartes postales, M.Pélégry.
Légendes complètes :
1 : Vers 1920, baigneuses et baigneur de Barzun, en l'occurrence, Marie Minvielle (à gauche), et Antoinette et Louis Lort, couple bien connu à Barèges.