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L'hôtel du Chili modifier

par Claude MAUVY

«Le Chili» comme l'on disait se trouve à 50 mètres de notre maison familiale «la Villa Eugénie» à Saint-Sauveur (Hautes Pyrénées). Il y a donc là une curiosité géographique intéressante. En réalité, il s'agissait dans notre enfance de l'hôtel du Chili transformé aujourd'hui en appartements. Il était le bâtiment le plus important d'un ensemble composé de l'hôtel du Chili, de l'hôtel du Parc situé en face de lui, de l'autre côté de l'avenue de l'impératrice Eugénie, et de l'immeuble «Solférino» proche de l'hôtel du Parc.

Le Chili, c'est une série de souvenirs dont j'ai déjà évoqué quelques-uns et surtout la découverte du tennis qui prendra une grande place dans notre vie, le lieu de retrouvailles avec des copains, des soirées télévision et surtout le lien avec la famille Lons: Eugène, le grand-père décédé, René, le séducteur et bon joueur de tennis qui vit désormais à Foix dans l'Ariège, Gaston qui œuvrait dans le secteur publicitaire d'EDF à Paris, aperçu plus furtivement et désormais Michel qui dirige le Chili et s'inscrit dans la tradition de gentillesse de cette famille. On rencontre aussi parfois un de ses fils Quentin qui a fait le choix de se consacrer à la musique en tant que D.J.

Souvent les touristes et les amis nous interrogent: pourquoi avoir ainsi nommé cet hôtel situé en plein cœur des Pyrénées? Alors nous expliquons que cela a du sens, que les propriétaires qui l'ont fait construire étaient partis au Chili pour faire fortune et que c'est avec l'argent gagné là-bas qu'ils ont pu réaliser ce qui fut et est encore la plus belle résidence de Saint-Sauveur avec son parc exceptionnel compte tenu de la configuration de notre station thermale qui est «un balcon sur le gave», laissant peu de place à de grands espaces.
Sentant que notre information était trop floue, j'ai demandé à Michel s'il pouvait interroger son père déjà âgé et me donner des renseignements plus solides, plus complets sur l'épopée du Chili.

Pendant les vacances d'hiver, en février 2021, Michel accompagné de sa compagne Laurence m'a raconté ce qui suit et qui constitue une belle aventure. En voici l'essentiel.
La famille Pouey, des parents de la famille Lons dont il sera surtout question ici, est partie faire fortune au Chili dans le début des années 1900. Elle avait créé un magasin de couture français et a fait venir Eugène Lons âgé d'une vingtaine d'années. En effet, à cette époque la famille Lons vivait dans l'immeuble dénommé Solférino qui se trouve comme indiqué précédemment près de la résidence du Chili. Il est à noter que le torrent qui traverse le parc du Chili est dénommé «Le Padre» en mémoire du père d'Eugène qui jouait un peu le rôle de guide de montagne. La famille Lons était nombreuse ; elle comptait six enfants trois garçons (Eugène, Laurent, Alexandre) et trois filles (Jeanne dite Nénette qui se consacrera à des œuvres de bienfaisance, Marie et Lisette). Il fallait gagner sa vie, d'où le départ d'Eugène au Chili. En dépit de ces difficultés, la famille Lons avait donné à l'évêché un pré sur lequel a été construite la chapelle impériale qui jouxte le Chili et se trouve exactement en face de chez nous, de la Villa Eugénie.

Dans l'entreprise de confection située à Santiago du Chili, on retrouvait la famille Pouey, Eugène Lons et Henri Pacheco qui était le comptable. Pendant la guerre de 1914-1918 Eugène est revenu en France, devant participer à celle-ci. Il a été blessé en Août 1917, a reçu le livret militaire et la légion d'honneur qui lui a été remise par le colonel Druesne, figure bien connue des Luzéens. Après la guerre Eugène repart au Chili et se marie avec une pharmacienne Laure Sanchez appelée Lolita. Celle-ci possédait une pharmacie dans une localité dénommée Mulchen. Quand Eugène a connu sa femme, il a quitté l'entreprise Pouey pour travailler à la pharmacie. Un tremblement de terre à Mulchen a été suivi de l'incendie de l'officine. De l’union d'Eugène et Laure naissent au Chili deux enfants: Gaston et René. Ce dernier est né en 1927, il arrivera en France à l'âge de trois ans. Eugène fera venir au Chili une de ses sœurs Lisette qui se mariera avec Henri Pacheco. Auparavant, dans un souci de connaissance mutuelle (c'était avant internet), les deux tourtereaux avaient échangé lettres et photos. Lisette et Henri se sont mariés au Chili. Laure Sanchez a été victime d'une maladie des reins. Pour qu'elle puisse être mieux soignée, avec Eugène ils sont rentrés en France.

Préalablement, il y avait eu un grand incendie à Santiago, leur maison avait brûlé. Ils ont tenté leur chance à la loterie, ont gagné et cet argent leur a permis de payer la construction de l'hôtel du Chili. Cette thèse a semblé à Michel Lons et à moi devoir être analysée avec circonspection mais elle est possible. Donc les luzéens et laure rentrent en France en 1929. L'hôtel du Chili sera construit vers 1930. Lisette et Henri Pacheco achètent vers 1934-1935 l'hôtel du parc.
Henri (appelé familièrement Didi) était le fils de Laurent. Il a fait souche à Barèges possédant l'hôtel de l'Europe.
Désormais toute la famille se retrouvait pour déjeuner et dîner à l'hôtel du Chili. Les clients fortunés y étaient logés ; les domestiques habitaient l'immeuble Solférino. A l’intersaison, car la période touristique à Saint-Sauveur était courte, toute la famille louait et exploitait une pension de famille à Pau. Ultérieurement Eugène deviendra le maire respecté de Luz-Saint-Sauveur.

Sans doute, compte tenu de cette histoire, je garderai une sensibilité particulière vis à vis de ce pays, le Chili, qui était un exemple de démocratie en Amérique du Sud et qui a connu la tragédie de la dictature du général Pinochet, à la suite du coup d'État de celui-ci en 1973 et qui a notamment conduit au suicide du président socialiste Salvador Allende au palais de La Moneda. Ce fut aussi l'assassinat de la démocratie avec la complicité des USA. Cela m'a rappelé l’Espagne et le sinistre Franco traître à la République. À Bordeaux, dans les années 1975-1980, j'écoutais les chansons des Chiliens Angel et Violetta Para opposants à Pinochet et manifestais comme beaucoup de nos copains contre ce régime liberticide.

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