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SANTÉ EN PAYS TOY

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La santé en pays toy modifier

par François PUJO

Difficile d'imaginer un pays sans antibiotiques ni vaccins. Pourtant, nos aînés se soignaient. Comme ils pouvaient. Et sans vétérinaire ni assurances. Cela a coïncidé avec l'âge d'or du thermalisme. La tuberculose faisait des ravages. Des maladies ont disparu, d'autres sont arrivées. Nos aînés connaissaient depuis Pasteur les microbes et le confinement.

Quelques épidémies ci-dessous :
Pigotto négro : peste noire. 1348 trois-quart de la population décimée d'après Pey de Prat notaire à Luz, 1506, 1564 à Sassis et 1588 à Bagnères (transmise à Luz à l'Abatsus ?) puis dernier foyer de 1652 à 1655 dans notre vallée (2000 morts à Luz et 600 à Saint-Savin). Pas d'effondrement de la société, confinement au bord du Gave (hutta), sépultures, soins aux malades, actes notariés, désinfection…la société a tenu bon grâce à la religion et peut-être qu'ils ne pouvaient pas faire autrement. Les survivants de 1348 avaient transmis le gène de la résistance et les épidémies futures furent moins importantes, jusqu'à la disparition de la maladie. U triaù d'éra pigotto négro qué yere én Sassis, u gnaùté à Luz en parc, contro et talus aoun soun éts vestiaires (source Ernest Aranjo). Quand Auguste FORGUES ne trouvait rien à la chasse, il disait « qué gué passat éra pigotto négro aquiù ! ». À noter que les premiers pèlerinages connus à Héas datent de 1349, ces deux faits sont-ils liés ?

1918 – 1919 : grippe dite « espagnole ». 408 000 décès en France. Yvonne dé Tisbè qué coundé qué sou may qué l'ey gahado à Yèdro è qué yèré estado pla pla malaùto. Plusieurs personnes contaminées par le retour des poilus (qui euxmêmes l'avaient contracté au contact des soldats américains), une jeune femme morte qui avait laissé une fille orpheline. U Buisan maridat dap uo dé Tor dé Sïo qu'éyn perdut dus pétits maynats. Paul Guth parle à Toulouse de charrettes chargées de cercueils, ét hospitaù d'Arreau qué coundè u centénat dé mours dét mès d'octobré 1918 ta't més dé yé 1919. Et billadhyé dé Mont én Peyresourdo qué coundè pla dé mours tabé.

Gynécologie
Méliquèro : sage-femme. À Luz, Mme Cazaux (éra hénno dét médéci) et Mme Macrez (1885 - 1978) gynécologue én-es thermes dé Luz, Mme Georgette Andréou (qui avait accouché Mamé) è Arrousétto dé Lafount à Yèdro (maridado Caragel). Mme Andréou était partie de Luz avec une mule en plein hiver accoucher une femme à Boucio (bat dé Sers).
Après en-es annades 1950 éres hénnes qué partibén én hespitaù dé Lourdes è bét cop qué né gu'a qui yéssibén à Pescadéro. « Aoun dét nascut ? » (lieu de naissance) qué démandabén en-à ‘scolo. Pescadéro ! Qué disébé Patrick S. À noter que Mme Macrez aurait été la première femme gynécologue de France. Son grand-père aurait été lui le gynécologue d'Eugènie femme de Napoléon III.

Maladies
Poitrinaire : tuberculeux : la tuberculose fut éradiquée grâce au BCG (vaccin bilié de Calmette et Guérin). Jeanne Boucay succombera à la tuberculose début XXe siècle.
Maladîo : maladie : s'én é gu'a uo qui passé ét moun Trabéssè (le massif du Pibeste qui en travers vu de Luz), qué la gahé! Dit par Prosper PUJO à propos de sa femme souvent malade.
Cousso : maladie des poumons liée à la poussière du foin : « Ana péla » consistait à retirer du foin en vrac du « poupe » pour le donner à manger au bétail. Opération qui remuait beaucoup de poussière (source Pierre PUJO). Lucien Nogué (et d'autres) de Viella mort en 2023 en était victime.
Estouffadèro : appelée aussi « cousso », maladie analogue à la silicose causée par les poussières du foin.
Croup ou grout : maladie infantile parfois mortelle (voir grout). Existe en français, laryngite de la diphtérie, évoluant vers l'asphyxie.
Fleù : fléau (la peste), mais aussi toutes les maladies (du simple rhume à la bronchite). Qué gahat ét fléù. Et fléù qué barré, qué l'è gahat.
Houéc saùbadhyé : pityriasis versicolor (maladie de peau).
Magâgno : début de maladie, maladie qui se prolonge, catastrophe également.
Malamourt : mort douloureuse : Qué dé mourt dé malamourt, (cancer en phase terminale ?).
Maù dé cap : mal de tête : hort maù dé cap, maladie terrible et mortelle des enfants de 24 heures, probablement la méningite.
Maù loubet : maladie du charbon que les ouvriers attrapaient avec les peaux de moutons. Guéri par un « brouch », guérisseur. Parle-t-on de l'anthrax ? 1870 et 1890 perte de troupeaux de vaches à Gèdre
Pestougno : maladie au sens général (on dit virus maintenant).
Pigotto holo : varicelle.
Pigotto : maladie de la peau, variole ou forme de variole. Épidémie en 1871 qui a entrainé une hausse de la mortalité.
Pourpré : pourpre, maladie (rougeurs sur la peau).
Punto : maladie du thorax. Qué gahat éra punto qué droumit sous ét nouguè (André Carrillon).
Group : prononcé avec « 3 r », coqueluche. Parfois mortelle chez les enfants. Premier vaccin en 1959. Bernard, mon frère aîné, se rappelle que Simone, notre mère, demandait, l'air très inquiet, au docteur Cazaux « sé dé ét group ? »
Couliques arrouyes : appendicite, péritonite ? Cancer du côlon ? Qué dé mourt d'éres couliques arrouyes !
Polio : poliomyélite, voir « vaccinatiou ». René Duthil d'Esquièzo qué dé mourt d'éra polio en-és annades 1950-60. Éra polio qu'estè fénido dap éres campagnes de vaccinatiou (Diphtérie Tétanos Coqueluche Polio DTCP). Pétit (en ‘es anades 1970) qué'm soubey du bielh en Sers qu'èy ua camo torto, qu'èy gahat éra polio youén.

Maladies du bétail
Amour, ammoûrro : coryza des ovins : se dit des moutons et brebis atteints du coryza (ou fièvre catarrhale ?). Nos aînés avaient beaucoup d'humour pour nommer une maladie « amour », c'est vrai que ça rend dingue ! Tournis, quand soun malaùtes, qué's hiquen ta bara, qué magrèchen è après qué'n péten ! Qu'an u bermi en cap « u cuquot » qué disében ets bielhs ! Larve du cénure. De racine « à mour », jusqu'à la mort.
Escaùge : clavelée (maladie dermatologique des moutons). U moutou tacat du troupet estrandhyè apren at troupet sa ér' escaùge o ‘ra pigotto ! Un mouton contaminé d'un troupeau étranger apprend au troupeau sain la clavelée ou la peste.
Talouéro : piétin des moutons : chez les ovins, maladie des pieds.

Outils pour soigner le bétail
Lançets : flammes de vétérinaire pour saigner le bétail. (scalpel). À noter le « lancet » anglais « bistouri ». Ta sanna ét bestia (pour saigner le bétail).

Épidémie
1954 : Épidémie de fièvre aphteuse touchant les vaches. Le lait fut consommé bouilli, caùques baques qu'én pétén, éres aùtes qué soun tournadés én bouno santat

Maladies des céréales
Ourbèro : ergot (maladie du blé)

Moyens de se protéger
Peyro dé pigotto : pierre de petite vérole servant de battant de cloches censées protéger les troupeaux des maladies (Luchon)
Mourt et ca, mourto ‘ra royo ! Le chien est mort, la rage est morte !

Mal en général
Maù : mal, maladie, mauvais, méchant : maù dé cachaùs. Maurepas dans les Yvelines (mauvais repas du relais de poste), Maùpéou (mauvais poil), voir Maùbési (mauvais voisin), Maùcapéra (mal couvert)… Maù counéchut, meytat garit ! Maladie connue, à moitié guérie. Qui maù nous hé, maù nou pensé ! Qui ne fait pas le mal, ne le pense pas !

Santat (santé)
Santat qu'èyes, (santé que tu aies) ou qu'enquiés.
Qu'a eùt ua bouhado ! Il a eu une « bouhado », avis de tempête au sens d'accident de santé.
Crescou : coup à la santé : bé t'as gahat ét crescou, Youan.
Sé dés pichigat per ua cuquo, nou tournés yames ! Si tu es piqué par une vipère, tu ne reviens jamais en bonne santé (cuquo : serpent, vipère et couleuvre).
Et temps qué dé coumo 'ra santat déts bielhs ! Le temps est comme la santé des vieux !
Qué l'an pla haleydat ! Ils lui ont donné un bon souffle ! Disait-on aux bébés en pleine santé.
'Ra santat è caùha sé ! D'aquiù enna… La santé et se chauffer, à partir de là…
Ta 'ra santat qué baù més ét héret dé déhoro qué ‘ra calou dé dédens ! Pour la bonne santé, il vaut mieux le froid de dehors que la chaleur du dedans ! Jeannot Da Silva
Ta ‘sta én bouno santat, hè coumo ét médéci, bébé bi ! Pour être en bonne santé, faire comme le médecin, boire du vin ! Reçu 100 pour 100 par Pierre.
Car dé ca : chair de chien, aquesté qué dé dé car dé ca ! particulièrement résistant aux maladies (comme un chien ?)
Més horto ‘ra bestio, més hort ét maù ! Plus forte la bête plus fort le mal ! Se dit des femmes et hommes qui paraissent forts mais qui sont atteints par la maladie plus gravement que les autres.
Té té hort : tiens-toi fort

Mort
Mourt : mort. Qué'm touts ét co sarrat, dus grans amics qué's soun anats. Nous avons tous le cœur serré, deux grands amis s'en sont allé. Nou gué caù pénsa !
Adoubet, ét adoubet d'éra mourt : dernière soirée de lucidité du mourant, qui peut faire croire à une guérison.
Carcanet : râle : râle de la mort, ét carcanet d'éra mourt qué héréde l'âmo..L'âmo d'éts qui démouren, s'entend.
Défuntat, qu'a défuntat : il est mort.
Muda ta ‘ra bordo dé dabat : déménager dans la grange d'en bas. Qué coumenci à pensa à muda ta ‘ra bordo dé dabat !
Tout dret ta ‘ra bordo dé dabat : tout droit vers la mort

Humour autour de la mort
Contexte, il n'y avait pas encore de route vers le Saùssa et beaucoup de neige. Lors d'un décès l'hiver, les voisins faisaient « ua trayo » un chemin dans la neige pour descendre le cercueil du défunt à Gèdre.
U Puyo dét Saùssa malaùt, qué disou « qué bouy hè ét pet », més qué pésabé més de 100 kilos.
« Pas encoro nou qué disoun éts bésis, qu'as à magri, sénou nou't dabaram ! »
« Sé nou't poudé hè én-ù biadhyé, hè né dus ! »
Un Pujo du Saùssa malade sentait sa fin venir, mais il pesait plus de 100 kilos. « ne meurt pas encore, non, tu dois maigrir sinon on ne te descend pas ! »
« Si vous ne pouvez pas faire un voyage, faites en deux ».

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