Histoire et légende
par Anne MACREZ
Un conte au coin du feu.
Histoire?
Légende?
Hountalade?
Hontalade?
L'hiver est là! Chers amis laissez-moi vous conter une jolie légende qui enchantera vos longues soirées. Je vous parle d'un temps où Saint Sauveur était connu dans le Pays Toy sous le nom de Loubère, «le quartier des loups», car loups et renards y régnaient en nombre.
Dans sa présentation de Saint Sauveur, vers 1900, le Professeur LECORCHÉ, agrégé de la Faculté de Paris, écrivait: «… qu'il suffise de dire pour faire voir son ancienneté que le mot Hontalade signifie en vieux patois basque source de la fée».
Nous y sommes: le fantastique nous happe dans ses filets nostalgiques.
Il y a très longtemps… Sur les plateaux hauts de la Loubère vivait une chevrière Ellen et son mari Pierre, bon chasseur entre autres qualités.
Le jeune ménage était vaillant, ne manquait de rien entre les légumes du potager, le lait des chèvres et le gibier.
Néanmoins la jeune épouse âgée de vingt ans se désespérait devant le berceau en osier encore vide.
«Deux fois depuis mon mariage Deux fois les bouquets d'églantier Deux fois les buissons d'aubépine Se sont couverts de blanches fleurs Mais le berceau reste vide Et je vais avoir vingt ans.» Un matin auprès d'une source où s'abreuvaient ses bêtes, elle lance une supplication vers le ciel pour que l'enfant paraisse enfin.
Soudain ses yeux embués de larmes sont attirés par la vision d'une belle jeune forme ailée, l'Alade, qui tient une amphore d'or. Elle se présente à elle sous le nom d'Angela, venue du ciel pour la consoler et lui prodiguer ces conseils: «Venir chaque jour à l'aurore boire et se baigner à la source et son vœu sera exaucé.» Pour satisfaire le désir de sa chère Ellen, le mari creusera le roc pour créer un bassin qu'il couvrit d'un dôme de branches entrelacées, baptisé plus tard «Fontaine de l'Ailée ou la Hountalade».
La céleste messagère avait dit vrai: dix-sept bébés vinrent égayer le foyer.
Au pays on parlait de ces «petits agneaux» d'où le nom de ce quartier: l'Agnouède.
Voici pour la légende.
Place à l'histoire.
Devant les merveilleux effets de la source et l'afflux de naissances dans la vallée, les Consuls prirent des mesures:
«• Vu l'exigüité du pays où il ne reste plus un empan de terre à défricher,
• Vu l'imminence certaine d'une famine à bref délai,
• Vu que l'eau de la Hontalade est la cause de tout le mal,
à l'unanimité des opinants nous décidons: il y a nécessité absolue de défendre l'accès de la source à toute femme; et, comme nous le savons d'après la Sainte Bible, que toujours femme a un penchant pour le fruit défendu, nous jugeons à propos d'envoyer sur l'heure une équipe de vingt hommes pour aller ensevelir cette dangereuse source sous une masse de rochers entassés, de telle sorte que le souvenir en soit pour toujours perdu.»
Heureusement ce ne fut pas le sort de notre source. En 1572 Monseigneur De GENTIEU, évêque de Tarbes, la fit déblayer. Désormais elle sera utilisée en boisson car elle contient moins de matière organique (barégine ou glairine) et sort à une température moins élevée que la source des Dames qui alimente les Thermes plus bas.
Seul un établissement privé exploitera les eaux sur autorisation du 3 mars 1869, pour se fermer définitivement en 1920.
Les propriétaires successifs seront à partir de 1854, la famille Forcamidan, puis Sempé de Luz en 1886.
À ce jour, les propriétaires actuels sont à la recherche d'un acheteur pour ce vaste domaine que vous longez en faisant la promenade des Cascades.
La source a été habillée cet été d'un élégant pavage de pierres (œuvre de Concordia), mais ne donne qu'un léger filet qui peine à remplir un gobelet.
À source tarie, village qui s'étiole...
Sources et liens: Louis de Campus, 1er volume, Vallée de Barèges. Eugène Sinturel-Bouriot, Plans-Itinéraires d'Excursions en Montagne. Isaure Gratacos, Femmes Pyrénéennes, Fées et Gestes. DUPLEICH, Nicole et Christian Lacour, dictionnaire français-pyrénéen pyrénéen-français.