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Les patronymes des villages de Labatsus modifier

Barèges, Sers, Betpouey, Viey et Viella

par Maurice PÉLÉGRY

À propos des noms de famille
Le formidable dictionnaire étymologique du catalan Jean TOSTI, spécialiste en onomastique (science qui étudie les noms de famille et de lieux) permet de comprendre l'évolution des patronymes au fil des siècles. Si on se réfère à l'an mil, la plupart des gens, suivant le modèle hérité des envahisseurs germaniques, portent un seul nom, leur nom de baptême. Il y avait déjà beaucoup d'homonymie. Les choses vont se compliquer en moins de deux siècles, en raison d'un phénomène bien connu: la mode. Non seulement on ne porte plus les noms qui n'ont pas «marché», mais en plus on veut tous avoir le même nom, celui jugé plus bénéfique ou plus prestigieux. La situation devient alors ingérable aussi bien dans la vie quotidienne que dans la rédaction des cartulaires (recueil d'actes). Imaginez-vous arrivant sur la place du village, le jour du marché de Luz-Saint-Sauveur, criant «PRATDESSUS!» et voir aussitôt la moitié des présents se retourner. D'où le recours systématique à l'usage d'un second nom, qui sera accolé au premier. Le phénomène n'était d'ailleurs pas nouveau. Il suffit de penser aux rois Francs, Charles Martel, Pépin le Bref, Louis le Pieux, Charles le Grand, qui avaient tous un surnom. L'usage du surnom est d'ailleurs une constante des relations humaines, et aujourd'hui encore on continue, dans les villages à donner des sobriquets. Le pays Toy reste très créatif dans ce domaine. Dès le XIIème siècle, l'individu va donc avoir deux noms, sachant que le second doit être suffisamment explicite pour permettre une différenciation efficace. Hélas beaucoup ne feront pas preuve de beaucoup d'imagination, en donnant tout simplement à l'enfant le nom du père comme deuxième nom. Le résultat est que si vous cherchez, dans une grande ville, le dénommé Jean MARTIN, vous allez obtenir 43 réponses dans l'annuaire électronique. Depuis longtemps, les Espagnols imposent aux d'accoler le nom de la mère à celui du père: MARTIN y GARCIA. Dans le prochain numéro, avec les patronymes d'Esterre, d'Esquièze-Sère et de Sassis, nous reviendrons sur le classement des noms de famille.

Quelques dates sont importantes pour comprendre le cheminement de l'État Civil:
Le 10 août 1539, François 1er signe l'ordonnance de Villers-Cotterêts, qui passe pour l'acte fondateur de l'état civil dans le royaume de France. Même si la tenue de registres paroissiaux existait déjà dans certains diocèses sous la forme de livres de compte, cette date reste importante. Cette ordonnance précise la façon dont les registres paroissiaux doivent être tenus et ordonne aux curés de les déposer chaque année au greffe du baillage ou de la sénéchaussée, auxquels ils sont juridiquement rattachés.

Le Code Louis (XIV), détaillé dans l'ordonnance civile d'avril 1667, ordonne aux curés de tenir les registres en double exemplaire, un pour la paroisse et un second, copie authentifiée par le curé, pour le greffe de leur circonscription juridique. Les actes de baptêmes, mariages et décès doivent figurer sur le même registre. Outre la signature du curé, l'acte de baptême reçoit celle du père, des parrains et marraines. L'acte de mariage lui, doit être signé par les deux époux et quatre témoins. Enfin, l'acte de décès doit être contresigné par deux parents proches ou amis du défunt.

L'Édit de Versailles, signé par Louis XVI en 1787, permet aux personnes non catholiques de bénéficier de l'état civil, sans devoir se convertir au catholicisme. De 1790 à 1792, c'est le juge de paix de chaque canton, qui tient les registres. La législation royale reste en vigueur jusqu'à la loi du 20 septembre 1792 qui laïcise l'état civil des catholiques et des protestants.
La tenue des registres est retirée aux curés et ordonnée à la seule charge des maires. Cette dernière loi tardera à être appliquée, et la période de 1789 à l'an XI de la République (1803) restera une période très imprécise, avec de nombreux arrangements voire des falsifications notoires. Le calendrier républicain ou révolutionnaire est institué par la Convention de 1793. Il est ensuite annulé par Napoléon 1er dès janvier 1806 et remplacé par le calendrier grégorien.

Il faut aussi savoir que la loi sur le nom de famille de 2003 permet aux enfants nés après le 1er janvier 2005 de porter soit le nom de la mère, soit le nom du père, soit les deux. Enfin, pour préserver la vie privée des familles, seuls les membres directs de la famille peuvent consulter ou se procurer les copies des actes, datant de moins de 75 ans. C'est la raison pour laquelle l'État Civil concernant les naissances et les mariages, n'est consultable dans les mairies et aux Archives du département que pour la période avant 1942. En revanche les actes de décès sont consultables ou délivrés à toute personne qui en fait la demande, quelle que soit leur ancienneté. Tous les registres de plus de 75 ans sont librement consultables.

Depuis et en prenant comme référence les cent dernières années connues, les noms de famille les plus courants portés par des personnes nées en France sont: MARTIN (228.857) BERNARD (120.573) -THOMAS (108-141) -PETIT (105.463) -ROBERT ( 102.950) -RICHARD (99.920) -DURAND (99.614) -DUBOIS (98.951) -MOREAU -(94.261) et LAURENT (88.803). On remarquera que 6 prénoms figurent parmi les 10 premiers noms les plus courants. Beaucoup pouvaient penser que DUPONT était le patronyme le plus répandu, il n'arrive qu'en 22ème position (63.035). On peut considérer qu'après la 100ème position (LAPORTE 19.507) les noms deviennent peu fréquents ou exclusifs de quelques départements. En pays Toy, 1148 noms ont disparu depuis 1915, comme: BADIOLE, BÉGARIE-TOURELLE, BRAU-NOGUÉ, CAUSSIEU-PELAT, HAURINE-DEBAT, HÈCHE-SABATUT, HOUNTA, JUBINAL, LONCA-COUMET, PRAT-ABADIE, RIVIÈRE-CAZAUX, SAINLAURE, SARRAT-PEYROUTOU, SASSUS-LAFFONT, SIMONDANNE, SOUBERVIELLE-COURTADE, SOUCAZES, THEIL-CASNABET, TRÉPADÉ, TRESCAZES-ADAGAS ou REY-SOUBIELLE.

Alors que de 1803 à 1942, PRATDESSUS était le nom le plus cité à Luz-Saint-Sauveur, ceux des villages de Labatsus sont différents. VERGEZ arrive en tête à Barèges (période plus courte), MIDAN à Sers, CAZAUX à Betpouey, DESTRADE et SANCET à Viey et SOUBERVIELLE à Viella.

Par souci d'obtenir un comptage fiable et comparatif, les actes de mariage n'ont été pris en compte qu'à titre consultatif. Tout a été dédoublonné, afin d'éviter de retenir le même nom plusieurs fois.

BARÈGES

Le nom provient du latin vallem (vallée) auquel est associé le suffixe diminutif -eticam pour certains (M. GROSCLAUDE /JF. LE NAIL), ou le mot gascon baret (terre en friche) pour d'autres (JL MASSOURE). Ce qui est certain c'est que l'État Civil de cette commune est difficile à étudier. En effet, en 1790 la commune apparaît sous le nom de Bains-de-Barèges, puis Barège-les-Bains tout en étant rattachée à Betpouey. Après la révolution, les registres de Betpouey agrègent les actes de naissance, mariage et sépulture. La lecture des registres répertorie des noms étrangers des patronymes toys, comme BASTINVUS, COQ, MORMA, ARCULÉE, ARTHUR, BACALERIE, BALATE, BOULONNOIS, CLAVANTIN, Les LAVALETTE, MARIOLE ou encore PETIT PAS. Ce sont à l'évidence des noms de militaires ou de curistes ayant séjourné à Barèges et qui figurent dans les registres de Betpouey. À partir de 1863, les secrétaires de mairie ont différencié dans leurs registres Betpouey-Barèges de Betpouey bourg. Puis en 1913, les registres détaillent la commune de Barèges, toujours rattachée à Betpouey. Enfin, en 1946, distraite de Betpouey-Barèges est érigée la commune de Betpouey, dont le premier maire sera Urbain CAZAUX. Jean BOURDETTE, magnifique historien du Lavedan a rapporté dans ses écrits le dicton suivant: «Vrente d'Asun, camas de Cautarés e cap de Barètja que hèn un bon òmi» L'orthographe rapportée fidèlement pourra peut-être choquer certains puristes du patois Toy, sans oublier que c'est avant tout un dialecte oral avec de nombreuses variantes en fonction des villages. La traduction de ce dicton est: «Ventre d'Azun, jambes de Cauterets et tête de Barèges font un bel homme» Jean BOURDETTE explique que les gens d'Azun (l'une des 7 vallées autour d'Aucun et d'Arrens) sont de gros mangeurs, ceux de Cauterets passent pour être des marcheurs infatigables, et les Barégeois pour être fort intelligents.

Pour la période étudiée (1803-1942), l'État Civil de Barèges n'est donc exclusif que pour moins de 80 années (632 actes étudiés). Cela a suffi à certaines familles pour s'installer à Barèges. Le nom de VERGEZ avec 22 mentions (11 Naissances/10 Décès) est cité le plus souvent, devant TEINTURIER 21 mentions (11 N/ 10 D), puis CAZAUX 17 mentions (7 N/10 D), CRAMPE, cité à 13 reprises (7 N/ 6D) et BÂA 11 mentions.

VERGEZ: nom formé sur un toponyme. Il désigne un lieu abondant en arbres et en plantes, un jardin, puis plus tard un verger. Ce nom est essentiellement gascon, avec la présence du Z terminal en Bigorre au lieu du S dans le reste du Sud-Ouest. Il y a 34 900 porteurs de ce nom en France avec une dominante dans les Hautes-Pyrénées, les Landes et les Pyrénées-Atlantiques. TEINTURIER: comme on peut s'en douter c'est un patronyme issu d'un nom de métier. Ce n'est pas un nom du pays Toy. On le rencontre surtout dans la moitié nord de la France, surtout en Normandie et en Bourgogne. CAZAUX: nom très courant dans le Sud-Ouest et surtout dans les Hautes-Pyrénées. Il est certain maintenant que c'est une variante de Casals. Du latin casalem, il désigne au moins jusqu'au XIIème siècle une grande et riche maison. Pour rester plus modeste, un autre sens serait: enclos et surtout ferme qui semble à l'origine de la plupart des toponymes portant ce nom. Il y a plus de 49.000 porteurs de ce nom, surtout dans le midi, avec aussi une utilisation pour nommer lieux-dits et villages. CRAMPE: ce nom de famille dérive de l'ancien gascon crampe qui signifie chambre. Mais qu'appelait-on chambre lors de la formation de ce patronyme? La notion de résidence est associée à ce nom. Moins de 7.000 personnes portent ce nom, implanté surtout dans les départements 65,64 et 31. BÂA: nom très rare. Moins de 600 porteurs de ce nom en France. C'est surtout le nom de plusieurs hameaux dans les Landes. Présent surtout en Bigorre, il est le plus souvent connu associé à un autre nom. On trouve par exemple des noms comme BÂA PUYOULET. L'origine étymologique de ce nom serait un bassin ou une cuvette.


SERS

Au fil des ans l'orthographe du nom de SERS, dont l'origine reste très obscure, apparaît avec des écritures erratiques comme Tertz, ou encore Certz, Serz ou Setz. C'était fréquent à l'époque.
Personne ne peut affirmer qu'il s'agit de l'originalité créative des greffiers, qui à vu l'écriture des noms changer en fonction des époques. Le nom BÂA, par exemple, avec deux A passe par exemple pour une figure de style. De même que les deux sobriquets rapportés dans la littérature citée précédemment existent-ils toujours? On a pu lire en effet «Eths arrostits» (les rôtis) ou «Eths corarics» (colliers de bois pour les vaches), deux surnoms pour qualifier les habitants de Sers. Pourquoi? Les réponses sont les bienvenues.

• Durant donc 139 ans (1803-1942), 1822 actes ont été analysés: 921 Naissances (N), 205 Mariages et 696 décès (D). Le nom de MIDAN, reste très présent dans cette vallée de Labatsus. Dans la commune de SERS, il a été cité à 113 reprises (71 Naissances/42 Décès), avec les variantes MIDAN-BORDEROLLE, BROUEIL, CASNABET, CRAMPE, CRAMPETTE, LAPRIME et VERGÉ, suivi de CAPDEVIELLE 105 mentions avec CAPDEVIELLE-HONTA, HOURCADE, HOURIE, MERAT et MEZE, PÉNETTE 96 mentions, PENETTE-BORDENAVE et PEYRET, CRAMPE 89 mentions et les nombreuses associations avec CASNABET, CAZAUX, LASSUS, MIDAN, PEYOU et SOUÈRES, puis BROUEIL 79 mentions avec HOURCADET, LABIT, NOGUÉ, PEYOU, CRAMPETTE 70 citations avec HOUNT et POURTET, PÈRECAZÈRE, patronyme exclusivement Toy, 54 mentions souvent associé à BORDENAVE ou MENBIELLE, HOURCADE 49 mentions avec BAYLE et TOURETTE, POURTET 46 mentions et POURTET-CRAMPETTE, BAYLE également 46 mentions et CRAMPETTE, FOURCADE, HOURTIE et PEY, ARRIEU 43 mentions et associé à CRAMPE et PÉNETTE, BÉGARIE 41 mentions et BÉGARIE-TOURELLE, BORDE 34 mentions avec CAZAUX, HOURCADE, POEYDERA et SALLE et NOGUÉ 33 mentions avec NOGUÉ-BORDENAVE et BROUEILH.

Les significations sont les suivantes:
MIDAN (71N/42D) -Nom devenu exclusif des Hautes Pyrénées, dont l'origine reste très obscure. En dehors de nos vallées, seule une famille de l'éloignée région du Dauphiné (Drome, Hautes Alpes et Isère), portait ce nom. On relève également en pays Toy la présence du nom Midan dans POEYMIDAN ou dans POEYMIDANET. CAPDEVIELLE (71N/34D) -Nom de famille exclusivement du Sud-Ouest, topographique (lieu sur une carte), c'est un des nombreux noms composés à partir du mot ville (villa). Il signifie «tête de ville» et désignant celui qui habite la partie haute de la ville ou à l'extrémité, au début du village. PÉNÈTTE (58 N/38D) -Porté surtout dans les Hautes-Pyrénées. Il semble que PENE soit un toponyme fréquent avec le sens de hauteur rocheuse. Le suffixe -ette jouant le rôle de diminutif. CRAMPE (56N/33D) -Nom déjà évoqué avec Barèges. BROUEIL, au début en 1803 s'écrivait BROUEILH (49N/30D) -Nom dont l'origine reste très obscure. C'est un nom rare, localisé surtout en pays Toy. Certains pensent, que ce nom est une variante de breuil, qui signifie dans le midi, un petit bois entouré d'un mur ou d'une haie et par extension, la maison qui se situe au voisinage d'un breuil. En langue gauloise, le brogilo était un était un bois clôturé. CRAMPETTE (41N/29D) -Nom associé au suffixe diminutif -ette, qui pourrait désigner une plus petite chambre. PÈRECAZÈRE (32N/22D) -Nom très rare (366.208ème rang des noms portés en France). En effet, seulement 10 personnes sont nées avec ce nom, en 100 ans de 1890 à 1990. Pour le comprendre, il faut dissocier PÈRE qui désigne un lieu pierreux, un amas de pierre et CAZÈRES qui pourrait être le pluriel du gascon cazèra, avec le sens de petite maison rurale. Plusieurs villages aussi portent le nom de CAZÈRES ou LASCAZÈRES. HOURCADE (41N/8D) -C'est une variante de FOURCADE, nom d'origine topographique, très répandu en pays gascon. Il peut avoir deux sens: soit un croisement ou un embranchement, soit un bois de chênes. Le nom LAFOURCADE a le même sens. POURTET (29N/17D) -C'est sûrement une forme méridionale de portet (petite porte). Ce nom désignerait la maison qui a une petite porte et par extension son propriétaire. BAYLE (25N/21D) -Porté dans de nombreux départements. Il désigne le bailli, représentant du seigneur dans le village. Dans certains endroits, BAYLE est utilisé comme sobriquet de BAILLI. ARRIEU (19N/24D) - Comme LARRIEU, nom gascon désignant un cours d'eau. Dans le Sud-Ouest, par extension, il s'agit de celui qui habite près d'un ruisseau ou d'une rivière qui en gascon se dit Arriu. LARRIEU est une forme agglutinée de l'arrieu. BÉGARIE (31N/10D) -Nom finalement peu répandu dans le Sud-Ouest. Il représente la variation gasconne de vegarie, nom topographique issu du latin vicaria, c'est-à-dire le territoire qui était sous la juridiction d'un viguier (sorte de magistrat qui rendait la justice pour un notable). BORDE (17N/17D) -Nom qui désigne l'habitant d'une ferme, d'une métairie ou le possesseur d'une grange. Ce nom vient du francique (langue parlée par les francs) borda, qui est une cabane en planches. Ce nom et sa variante BORDES sont surtout porté dans les Hautes Pyrénées et le Limousin. NOGUÉ (27N/6D) -Comme NOGUÈS ou NOGUÈRE, dans le Sud-Ouest, c'est une variante régionale de noguier, terme occitan désignant le noyer, arbre caractéristique de la propriété. Ce nom désigne donc celui qui habite près d'un noyer ou d'une plantation de noyers. En castillan, le nom se transforme en NOGUERA.

BETPOUEY

Tout le monde s'accorde à dire que Poeyou Pouy, viennent du latin podium, qui veut dire hauteur, monticule, colline. Les noms de Pouey, Dupouy, Espouey, Puyau, Puyo, Puyoulet, Poueydomenge, Pouységur, Poeyferré, Poumayou, Poeydarrieu sont des cousins très proches. On sait également que bèth en gascon veut dire beau, grand. À ce sujet, le dictionnaire toponymique des communes des Hautes-Pyrénées de Michel GROSCLAUDE et Jean-François LE NAIL est formel. Mais Jean-Louis MASSOURE, rapporte dans son livre sur le Pays Toy que l'on prononce Batpouey, avec le radical Bat qui signifie en dessous comme debat. Il est très difficile de prendre parti. Ce qui est certain, c'est que pendant longtempsonsurnommaitleshabitantsdeBetpouey«Ethsahumats»,soit«lesenfumés»,ceux qui se chauffent avec du bois vert. Enfin, dans la maison familiale de ce beau village, j'ai très souvent entendu le dicton: «Sotou de Chèze, Crampe de Viey et Soulé de Betpouey» Sotou au sens de sous-sol, Crampe chambre ou salle et Soulé le grenier. Si quelqu'un possède une explication, elle est la bienvenue. Canton de Luz depuis 1790, cette commune prend le nom de Betpouey-Barèges en 1922, puis perd sa section Barèges érigée en commune en 1946.

Au total 3832 actes ont été étudiés: 1834 naissances (sigle N) -459 mariages et 1539 décès (sigle D) sur la période an XI à 1942, soit 139 ans.
Les 14 patronymes les plus fréquents sont:
CAZAUX nom 182 fois mentionné avec ses nombreuses alliances CAZAUX-ABADIE, BROUEIL, CRAMPE, GOUNOU, GUILLAMET, MAMERT, MOUNET, MONROUY, MOUNET, PALU, PÉCARRÈRE, PÈRECAZÈRE, PIERRIS, RIVIÈRE, RIBÈRE, SALLE et VERGEZ. En suivant on trouve HONTA 150 mentions ainsi que des HONTA-BÂA, GAY, JEANGAY, GEZE, CAZE, SATE, TARRIEU, GOUNOU, PATOU et PONTIS. MIDAN 123 mentions MIDAN-CASDEBAT, HONTA, JEAN LAURENT, PÉLÉGRY, POUEY, POEYDÉGUS et VISCOS. Puis, BROUEIL 121 mentions BROUEIL-NOGUÉ, BÂA, CASNABÈRE, CAZAUX, MINJOLLE, et PAROU. À noter que le H de BROUEILH cité au début de l'étude (1803) a disparu au fil du temps et le nom s'est transformé dans la forme définitive de BROUEIL. BORDE 114 mentions avec les BORDE-COURTADE, ESTRABAT, JEAN GAY et POEYDERA. DESTRADE 95 mentions avec DESTRADE-BÂA, JEAN LAURENT et SOULÉ. VERGEZ ou VERGÈS, 83 mentions avec VERGEZ-ABADIE, CASDEBAT, LAPEYRE et POUEY. PÉLÉGRY 82 mentions ou PÉLÉGRI, PÉLÉGRYCOURTADE. ABADIE 81 mentions, ABADIE-CAZAUX, TARRIEU. FOURTINE 73 mentions FOURTINEANCLADE, PEYRET et PEYROUTOU comme MARCHAND également 73 mentions, MARCHAND-PEYRET, POUEYDÉGUS. Viennent ensuite CAYRÉ 65 mentions CAYRÉ-CIPRIEN et COUTATGE. RÉOULET, RÉOULET-BORDE, GAILLARDOU et CHARLET. GAILLARDOU 63 mentions, GAILLARDOU-HONTA, JEAN LAURENT, PAROU et TISNÉ.

Les étymologies (origines) connues de ces différents patronymes sont les suivantes:
CAZAUX (108 N et 74D) -déjà décrit avec Barèges. HONTA (88 N/62 D) -Nom venant des Landes où l'on trouve les formes Hontan, Hontans et Hontanx. Il désigne la source, la fontaine. On trouve les formes voisines: Honta (65) et Hontaa, Hontaas (64). Une commune des Landes s'appelle Hontanx. MIDAN (76 N/47 D) déjà décrit avec Sers. BROUEIL (82 N/39 D) déjà décrit avec Sers. BORDE (71 N/43 D) déjà décrit également avec Sers. DESTRADE (61 N/34 D) -Ce nom vient du latin strada (la route). À l'origine, il désigne la maison ou le hameau qui est situé près de la route (souvent une ancienne voie romaine). Les cousins sont ESTRADE, LESTRADE. Dans le Sud-Ouest ce nom est concentré dans les Pyrénées Atlantiques et les Hautes Pyrénées. On trouve par exemple, en bas de Betpouey, en bord de route nationale, la maison DESTRADE SOULÉ. VERGEZ (56 N/27 D), déjà décrit avec Barèges. PÉLÉGRY, au début PÉLÉGRI -(52 N/30 D). Il correspond au latin «pelegrinus ou aussi peregrinus». La correspondance française est pèlerin. À l'origine, ce nom désigne celui qui est allé en pèlerinage. On parle aussi de pérégrinations. Les formes italiennes (PELLEGRINO ou PELLEGRINI) sont également issues du latin, mais n'ont aucun lien de parenté avec PÉLÉGRY. On trouve de nombreuses variantes PELLEGRY, dans le Cantal ou PÉLÉGRI qui est la forme catalane. À noter que Pellegrin, Pérégrin, Pelgrin, popularisé par le premier évêque d'Auxerre, a été aussi un nom de baptême médiéval. ABADIE (55 N/26 D) -Du gascon abadia (abbaye). Ce patronyme a un maximum de densité en Bigorre. Lié géographiquement à la région pyrénéenne, il semble s'appliquer à des personnes dont les ancêtres ont dépendu d'une abbaye ou ont habité une maison située sur des terres d'abbaye étant donné qu'il s'agit le plus souvent d'une «abbaye laïque» nombreuses à l'époque en Bigorre. Laïque indique ici, qui n'appartient pas à un ordre religieux. La littérature, notamment J. BOURDETTE, rapporte dans l'histoire de la Bigorre et aussi du pays Toy, la présence d'Abbés Lày. Leur origine remonte au Béarn. Leur titre fut souvent vendu par un Seigneur ayant des embarras de trésorerie qui cédait ainsi à ces abbés laïques son droit de percevoir une dîme inféodée, impôt en nature la plupart du temps, directement collecté sur place dans le champ ou le pré. Ils avaient ainsi le droit de patronage de la paroisse dont ils étaient décimateurs. C'était un personnage important, qui siégeait au parlement local. Sa maison prenait le titre de l'Abadie. Ils étaient en quelque sorte patron et protecteur de l'église. Une trentaine de fermes pouvait constituer une abbaye laïque viable. Il y avait à Sazos, un Abbé Lày très important. FOURTINE (49 N/24D) -Origine très controversée. Du latin fortis, c'est une variation régionale de Fortine, dérivé féminin de fort, sobriquet qui semblait désigner une personne vigoureuse, forte. On trouve ce nom essentiellement dans les Hautes Pyrénées et la Haute Garonne. MARCHAND (44N/29D) -En rapport avec marché et mercator qui veut dire marchand en latin. Il indique une fonction. Sûrement pas exclusif au Sud-Ouest, il faut rapporter que ce nom est très fréquent dans toute la France, et notamment dans le Nord. Il figure au 51ème rang des noms les plus portés en France, à comparer avec BROUEIL qui lui est rare: 171 715ème rang des noms les plus portés en France. L'origine est donc latine: mercatus, marché. La littérature précise que le verbe mercatare, dont le participe présent est mercatantem, devenu marcheant a abouti à marchand. CAYRÉ (43 N/22 D) -A rapprocher de la forme catalane Quera, dont la racine quer, signifie rocher, éperon rocheux. Ce nom serait donc attribué à une localisation près d'un gros rocher. C'est donc un nom de famille du midi, dont la variation occitane est cairepierre, soit angulaire, endroit pierreux près de la maison. Mais attention, certains écrits nomment un Cayéré, qui est un nom de métier. Dans l'ancien temps, il s'agissait d'un chaisier, à savoir celui qui louait des chaises à l'église. RÉOULET (41 N/22 D) Patronyme encore plus rare que BROUEIL (218.880ème rang en France). Les porteurs de ce nom sont très localisés. Nom présent à Betpouey jusqu'en 1912, on comptabilise 26 porteurs de ce nom de 1915 à 1990, dans 5 départements dont les Bouches-du-Rhône. L'origine est totalement inconnue. Faut-il le rapprocher de riou, qui en occitan est un petit cours d'eau et -let un suffixe diminutif? Il indiquerait alors la situation de la maison. GAILLARDOU (32 N/31 D) -On considère ce nom, très courant dans la partie sud de la France, comme un sobriquet diminutif de gaillard, désignant une personne vigoureuse, courageuse, «gaillarde» en sorte. Le suffixe «ou», rajoute une touche sympathique, d'humeur joyeuse. L'origine est-elle celtique de galia, courageuse ou germanique de gail (joyeux) et hard (dur)? Mais gaillard est aussi ancien, il nous vient aussi du gaulois.

VIEY

Ce nom fait naturellement penser à «vieux». Ce n'est pas si simple, car l'étymologie reste obscure, aucune forme ancienne n'ést satisfaisante. D'autres significations sont proposées sans exclure le toponyme ayant le sens du chemin (du latin via) dont le sens est la route, la voie, le chemin. Le dicton cité plus haut pour Betpouey vantait «la crampe de Viey». Un autre dicton rapporté par M.GROSCLAUDE et JF.LE NAIL est le suivant: «Eth dia de Sent Silvèstre, de Biei que volerí èster ; per entà Cap d'an, ni eth mes ni eth an» soit «Le jour de la Saint-Sylvestre, de Viey, je voudrais être ; mais à partir du premier de l'an , ni le mois ni l'an» . Ce dicton, cité par l'érudit vicquois du patrimoine Norbert ROSAPELLY dans son livre «La Cité de Bigorre», date de 1910. Il fait allusion à la grande pauvreté de ce village , où l'abondance ne régnait sur les tables que le jour de la Saint-Sylvestre, fête patronale.

Durant la période citée (139 ans), on enregistre à Viey 1146 actes dont 573 naissances (N), 139 mariages et 434 décès (D). Deux patronymes, comptabilisés à partir des naissances et des décès, arrivent en tête avec 53 citations. Ils sont DESTRADE, DESTRADE-CASAYOUS et SANCET, SANCET-RIBÈRE. Suivent MOURÉ avec 52 mentions dont MOURÉ-CASAYOUS, MOURÉ-CASNABET, PRAT (43), CRAMPE (39), CASNABET (36) avec CASNABET-PRAT, CASNABET-ABADIE, CASNABET-MOURÉ, CASNABET-TOULAS, BROUEILH (34) dont BROUEILHGOUNOU, BROUEILH-LABIT, BROUEILH-CASNABÈRE, BROUEILH-PARROU, HONTA (31), HONTAJEANGAY, HONTA-SANCET , CAPDEVIELLE et CAPDEVIELLE-ARRIBET (30) et BORDENAVE, BORDENAVE-BALET (29).

En ce qui concerne l'étymologie des 5 premiers patronymes de Viey:
DESTRADE (53 mentions-37N/16D), étymologie déjà vue avec Betpouey, nom essentiellement porté en pays gascon, issu du latin strata (chaussée) surtout présent dans les Hautes-Pyrénées. SANCET idem à DESTRADE (53 mentions-37N/16D). C'est un nom d'origine basque, très présent en Lot-et-Garonne. C'est l'agglutination de Santx et du suffixe -et: la terre du petit Sanche qui précise la localisation du petit Sanche. MOURÉ (52 mentions-29N/ 23D): deux étymologies s'opposent. Forme méridionale de more, sobriquet désignant soit un homme brun de peau d'une part, soit un endroit abondant en mûres d'autre part. PRAT (43 mentions-28N/15D), nom assez répandu qui représente les formes occitanes et catalanes de pré, et qui désigne le possesseur d'un pré. Avant les Hautes-Pyrénées, c'est à Paris et en Bretagne qu'il y a le plus de PRAT. Le maire actuel de Viey, Jean-Pierre PRAT a de profondes racines légitimes dans ce village. CRAMPE (39 mentions-26N/13D) déjà vu avec Sers, désigne la chambre avec une notion de résidence. Ce nom est surtout présent dans les Hautes-Pyrénées et Pyrénées-Atlantiques. Viennent ensuite CASNABET (36 mentions-26N/10D), BROUEIL (34 mentions-20N/14D), HONTA (31 mentions-20N/11D), CAPDEVIELLE (30 mentions-18N/12D) et BORDENAVE (29 mentions-15N/14D).

VIELLA

L'étymologie propose: du gascon vielar latin villa et suffixe -are dont l'explication serait: dépendance d'un domaine, puis hameau. Une enquête de 1886, surnomme ses habitants: «Eths arrobins» soit «les procéduriers» Pourquoi? Comme pour Sers, ROSAPELLY, quant à lui rapporte le surnom de: «Eths corarics» «les colliers de vache». En ce qui concerne Viella, 1820 actes ont été étudiés: 901 naissances (N), 214 mariages et 705 décès (D). Viella est la patrie des SOUBERVIELLE avec 154 mentions. Suivent FOURTINE (109), MIDAN (101), THEIL (81), CAZAUX (78), NOGUÉ (74), VERGEZ (65), LABIT (62), MOULÈS (56), PORTE (51), LONCA (37), HONTA (33), BORDEROLLE (32) et MENBIELLE (32).

Les patronymes suivants ont déjà été commentés:
Avec Barèges: CAZAUX (43N/35D) -VERGEZ (37N/28D)
Avec Sers: MIDAN (61N/40D) -NOGUÉ (44N/30D)
Avec Betpouey: FOURTINE (75N/34D) -HONTA (19N/14D)

Il reste à Viella:
SOUBERVIELLE (89N/45D) -L'origine est occitane et son étymologie vient de souber viela, c'està-dire sur le haut de la ville, et par extension du village. THEIL (56N/25D) -Forme régionale de tilleul. C'estégalement un toponyme, présent dans le Sud-Ouestet lemassif central, notamment le Limousin. LABIT (36N/26D) -Nom de famille rencontré dans diverses régions de France, notamment les Pyrénées, l'Aveyron, la Normandie et la Picardie. On considère qu'il s'agit généralement d'un toponyme. L'Habit (l'habitation) est le nom d'une commune de l'Eure. Dans le Sud-Ouest, Hautes-Pyrénées et Tarn, c'est plutôt une variante de Lavit, qui veut dire la vigne. MOULÈS (36N/20D) -Origine très obscure et pour le moins incertaine. Nom peu porté dans le Sud-Ouest, maisprésentdans la régionOccitanie (Aude-Hérault) où plusieursvillagesoulieu-dit portent ce nom en rapport avec le mollusque très répandu dans ces départements: la moule. PORTE (24N/27D) -Désigne certes une porte, mais surtout au sens d'un passage, d'un défilé rocheux, d'une entrée fortifiée. C'est aussi celui qui habitait près de la porte de la ville. LONCA (28N/9D) -Ce nom est surtout porté dans les Hautes-Pyrénées et la Dordogne. On rencontre aussi dans ces régions la forme voisine LONCAN. Sans pouvoir le situer avec certitude, il s'agit vraisemblablement d'un toponyme, à partir de Lonque, nom présent dans la région de Saint-Lary. BORDEROLLE (18N/14D) -Origine totalement inconnue. Nom très localisé dans le 64 et le 65. En rapport avec BORDE. Le suffixe -olle est inévitablement diminutif. Il s'agirait alors d'une petite habitation, petite ferme ou petite cabane. MENBIELLE (21N/11D) -On trouve des orthographes différentes de ce nom, surtout porté en Béarn dont il tire son origine, puis par extension de façon significative dans les Hautes-Pyrénées. Trois interprétations sont données. Tout d'abord celui qui est originaire de Menvielle, nom de 3 hameaux du département 64. D'autres font référence à magna villa (le grand domaine) qui supportait un toponyme. Enfin l'inévitable Michel GROSCLAUDE avance l'explication d'une maison située au centre (au milieu) du village.
Barèges

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Sers

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Betpouey

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Viey

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Viella

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139 ans de patronymes des villages de Labatsus (an XI-1803/1942)

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