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N’oublions pas François Vignole modifier

L’homme aux trois vies

par Maurice PÉLÉGRY

Publié sur Facebook le 1er Novembre 2025
Presque totalement avalé par la végétation, la lente agonie du tremplin du Lienz, constatée lors d'une promenade automnale, me rappela à mon devoir de mémoire.
Né la veille de la première guerre de 1914, le palmarès à ski de François Vignole est impressionnant. Pionnier du ski pyrénéen, il excellait dans l'épreuve du combiné 4 épreuves, à savoir saut et fond aujourd'hui compétition de ski nordique et descente et slalom, celles du ski alpin. Difficile d'être plus complet. L'année 1935 fut sa plus belle réussite. Auparavant, champion de France, à trois reprises en slalom et descente, il obtient la médaille de bronze aux mondiaux de Mürren, en Suisse.
Sa seconde passion, la chasse à l'isard le priva de sa sélection pour les Jeux Olympiques de 1936, à Garmisch en Allemagne. Lors d'une rencontre, à Megève, avec le grand Emile Allais, qui a obtenu à ces mêmes JO, le bronze en combiné alpin (descente et slalom), il m'avait confié: «Si François avait été là, le titre était pour lui, tant il était fort». Lors d'une chasse en solitaire, un coup de froid, mal soigné, se transforma en dramatique poliomyélite. Malgré des séquelles irréversibles à sa jambe droite, il continue sa carrière nationale jusqu'en 1949. En 1943, il obtient même le titre de combiné saut et fond au championnat de France de Serre-Chevalier. Il récidive l'année suivante avec le titre national en combiné nordique et remporte surtout le combiné suprême 4 épreuves. Entre temps, en 1939, les séquelles de sa maladie l'empêchent d'être mobilisé. Il s'engage alors comme résistant dans un réseau militaire. Connaissant «sa» montagne par cœur, on lui attribue au moins 200 passages en Espagne, avec plus de 900 personnes, essentiellement des aviateurs anglais et américains. Sa carrière terminée, il rejoint Saint-Lary et façonna une dénommée Isabelle Mir.
Découvert par son instituteur à l'école primaire de Barèges, un certain Urbain Cazaux, les Barégeois ingrats ne lui rendirent pas hélas, tout l'amour et toute la reconnaissance méritée, pour la notoriété qu'il avait apporté au village de Barèges et au club local de l'Avalanche. Je n'ai jamais vu sauter ni François Vignole, ni les frères René et Walter Jeandel, mais je me souviens, adolescent avoir vu sauter au tremplin du Lienz des équipes nationales, comme la Finlande et l'Autriche, et aussi les deux frères Vosgien, Jean-Marie et Gilbert Poirot, planant alors à plus de 70 mètres. Ces hommes volants me fascinaient. Les anciens n'oublieront jamais les sauts couplés de François Vignole et Walter Jeandel. Aujourd'hui, à Barèges, on parle encore des prés Vignole, contigus à la ferme familiale et aussi grâce à l'intervention et la pugnacité de Louis Barzu, la célèbre piste V de l'Ayré, rebaptisée légitimement piste Vignole. J'ai enfin le souvenir de mon grand-père Salvador, qui derrière la grande vitre du café du funiculaire, m'appelait quand le grand François descendait en claudiquant, la seule rue de Barèges: «Tu vois ce Monsieur, il s'appelle François Vignole, n'oublie jamais cet homme!».

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