La magnifique église de Luz dédiée à l'apôtre Saint André, appelée de façon impropre «
Les Templiers» est remplie d'un certain nombre de trésors et de mystères. Il est bon de se promener à l'intérieur de ses remparts, chargés d'histoire, érigés par les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. A l'extérieur de l'église, mais à l'intérieur de l'enceinte, au pied des remparts, on trouve un alignement de pierres tombales, bien rangées en demi-lune.
Elles sont au nombre de 43 dalles funéraires ou pierres tombales, toutes en pierre. Certaines sont très abîmées et garderont très certainement leurs mystères. D'autres sont encore «
lisibles» ou le plus souvent partiellement lisibles, avec parfois des épitaphes (éloges funèbres gravés). En effet, avec le froid et le gel certaines pierres, très certainement de moins bonne qualité, ont éclaté et sont perdues. Ces pierres tombales ont été placées entre la fin du XVIIIe et la première moitié du XIXe siècles. La plus ancienne est de 1783 et la plus récente de 1866. Néanmoins ce qui attire l'œil en entrant dans cette cour, entre l'édifice et son rempart, ce sont deux plus gros monuments verticaux, adossés aux remparts. J'ai tout de suite pensé à des monuments funéraires de familles plus aisées, voire de noblesse ou de célébrités, mais j'ignore si ces deux sépultures sont des sépulcres (tombeau de défunt renommé), des stèles seules, des cénotaphes (monument funéraire seul, sans le corps) contrairement au mausolée élevé lui à la mémoire d'une personne ou enfin d'hypogées (tombe souterraine). La disposition reste également une énigme. Dès le portail franchi, il est difficile de ne pas voir le premier monument dont je n'ai pu encore à ce jour déchiffrer l'appartenance, car la pierre a éclaté et des fragments de surface ont disparu. Ironie du sort, seul le nom du sculpteur, LARRAILLET reste parfaitement lisible. La seconde stèle est au milieu de l'arc de cercle, également adossée aux remparts. Très vite par sa forme, elle fait penser à un vaisseau, avec à sa tête un gros cylindre de pierre qui la maintient au mur. A l'inverse du premier monument, les inscriptions gravées sur la pierre sont parfaitement lisibles. En voici le texte qui respecte l'écriture gravée
:
CIGIT - CHARLES JOACHIN MATHURIN BUTEL DE SAINTE-VILLE NATIF DU QUARTIER DU MORNE-A-L'EAU, ISLE GUADELOUPE - AGÉ DE 44 ANS ET DÉCÉDÉ A SAINT-SAUVEUR - LE 28 SEPTEMBRE 1817 bon fils, bon époux, bon père – la mort laisse la famille désolée – des regrets.
Il s'agit donc de Charles-Joachim-Mathurin BUTEL de SAINTE-VILLE, venu «
prendre les eaux» à Saint-Sauveur. Il y mourut le 26 septembre 1817, comme le stipule son acte de décès.
Cet acte a été inscrit «
selon les déclarations de Jean CARRÈRE, cultivateur propriétaire et Jean BANDOME, greffier de la justice de paix, tous deux domiciliés à Luz. L'acte ajoute que le défunt était époux de dame BUYANT de SAINTE-VILLE , domicilié au quartier de l'anse Bertrand, à la Guadeloupe, est décédé dans la maison dite de bourgeois au quartier de Saint-Sauveur, dépendant du dit Luz».
Ce nom illustre, apparu pour la première fois en 1640, à La Rochelle, figure bien dans la généalogie et histoire de la Caraïbe. Le défunt de Luz fait partie de la 5ème génération. Au tout départ deux frères sont partis s'établir en Guadeloupe vers la fin du XVIIe siècle. Le premier Jean, l'aîné fut pourvu en 1713, par brevet du roi de l'office de conseiller et greffier en chef du conseil supérieur de l'île, dès 1698. Le frère cadet Jean, lui succéda dans cette charge. Il fut également «
habitant sucrier» et capitaine d'une compagnie d'infanterie de milice. C'est l'ancêtre du défunt de Luz qui fonda en Guadeloupe la branche des BUTEL de SAINTE-VILLE. Comme l'ont fait plusieurs autres familles des îles, à cette époque, les descendants se sont fait établir des actes de notoriété, en 1789, et de nouveau en 1818, plus d'un siècle après l'arrivée de leur ancêtre, établissant «
qu'ils sont les descendants créoles des BUTEL, conseillers de père en fils dans la Chambre des Comptes , et cela afin que le roi accepte de vouloir bien octroyer à cette famille des Lettres recognitives de noblesse ou d'autres et nouvelles Lettres, si Sa Majesté juge notre famille digne de ce bienfait»
Charles-Joachim-Mathurin BUTEL de SAINTE-VILLE est donc né le 4 février 1773, à Morne-à-l'Eau en Guadeloupe. Il fut commissaire commandant de l'Anse Bertrand, magnifique endroit de cette île. Il se maria le 2 pluviose an XII (23 janvier 1804) avec Anne Perrine dite Nadine BUDAN, décédée en 1845. Durant les années de la Révolution Française, il fut émigré à Londres, pour revenir se fixer en Guadeloupe, puis en France en 1813. En regardant cette stèle, je me suis dit que cet homme était un bien grand voyageur et un aventurier certain de la mer. Au début de ce XIXe siècle, combien de temps lui avait été nécessaire pour un voyage de Guadeloupe jusqu'à Saint-Sauveur
? Il faut bien dire aussi qu'à cette époque, les eaux du pays toy devaient avoir forte renommée pour que certains puissent entreprendre de tels voyages.
Flash Infos
Un grand merci à tous ceux qui ont rendu possible cet après nettement plus glorieux! (photos 3 et 4)