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Les skieurs volants modifier

par Laurent MAJESTÉ

En ce début de troisième millénaire et bien avant les technologies évolutives nous ont permis de suivre les femmes et les hommes qui pratiquent cette discipline, le saut en ski. Né en Norvège au milieu du XIX siècle, dans la région du télémark il donne son nom à la position que les sauteurs recherchent pour l'atterrissage. De ce temps nul Pyrénéen ne pouvait se prévaloir d'une telle connaissance ou d'une transmission quelconque de la pratique de l'époque. Néanmoins soixante dix ans après environ ce sport gagne les pays alpins puis la chaîne des Pyrénées. Il est au programme dans le premier jeu olympique d'hiver de Chamonix en 1924. Par la suite des tremplins de dimensions modestes voient le jour sur ces massifs montagneux.

L'un des plus fameux est celui inauguré en 1934 à Barèges dans la forêt de l'Ayré, où il trône toujours dans l'oubli. Pourtant les nombreux skieurs en hiver et touristes en été s'arrêtent aux abords pour le souvenir, commenter et juger de son état au milieu d'une hêtraie qui se développe comme un désir de vouloir l'anéantir pour toujours. Pas un écrit; pas une explication sur place. Et pourtant combien de fois la forêt de l'Ayré a vibré sous les exclamations des skieurs, des visiteurs. L'ouvrage d'un coût de 60000 francs (soixante mille francs) reçoit l'équipe de France de saut. Un développement, une publicité toute naturelle pour la vallée de Barège, pour la Bigorre, pour les Pyrénées Centrales. Puis les compétitions deviennent nombreuses. Elles attirent les foules malgré le manque d'accessibilité. Depuis le village de Barèges, il faut environ une heure de marche pour se rendre au niveau du spectacle. Sur place le réchauffement est assuré par les applaudissements, les vibrations, les acclamations au passage et pour les résultats des compétiteurs. Le premier tronçon du funiculaire du bourg de Barèges jusqu'au Lienz fut construit en I935 pour les skieurs. À partir de ce moment les adeptes du ski deviennent de plus en plus nombreux sur les lieux pour pratiquer le ski alpin, nordique et surtout pour assister au spectacle qu'offraient les sauteurs sur ce site magnifique environné de vues superbes sur la totalité du paysage qui gravite autour de soi. En 1947 fut construit le deuxième tronçon du Lienz jusqu'à la gare de l'Ayré par les services de l'EDF pour les besoins de la société qui entreprit d'importants travaux sur le massif du Néouvielle et ses abords pour la captation des eaux, l'installation des conduites, les retenues d'eau, les forages pour la réalisation des tunnels, la construction de centrales, …pour nous donner ce que nous apprécions l'énergie électrique. Dès l'arrivée de la ligne à la gare supérieure de l'Ayré en 1947, le funiculaire fut aussi rapidement convoité par les touristes, par les curistes de Barèges, par les skieurs qui bénéficièrent de la totalité des belles pistes de la forêt de l'Ayré et du panorama époustouflant dans l'ascension du col et du pic.

L'usage de cet outil de transport accentue encore la présence de spectateurs aux abords de la piste de saut. Durant de nombreuses années les stations de ski se développent rapidement. Et puis les tremplins, installations jugées peu rentables sont peu à peu délaissés. Le saut perd peu à peu de son identité sur tous les massifs Alpin et Pyrénéen. Pour les compétiteurs français la soif de la vitesse devient plus forte. Trop nombreux les compétiteurs, nous ne retiendrons que les noms de ceux du pays ou presque François Vignole et les frères Jandel, Walter et René, qui ont fait vibrer le ski français dans de nombreuses disciplines à Barèges et ailleurs. En 1938 Walter Jandel effectue son service militaire. Il est envoyé au piémont Pyrénéen. Au cours d'une permission il participe à une compétition de saut au tremplin de l'Ayré. Il impressionne tout le monde par ses qualités et performances. Il finit par s'installer en pays Toy. Il devient membre de l'équipe de France de ski nordique et de l'équipe de France olympique. Il fait la connaissance de François Vignole, l'enfant du pays. Le duo pratique le saut couplé pour le plus grand plaisir des spectateurs Pyrénéens. Les nombreux exploits en descente saut et ski de fond leur tailleront une très solide réputation jusqu'aux années 1950. Les épreuves remportées par ce tandem, trop nombreuses, ne seront pas énumérées dans ce texte. René qui concourt sous les couleurs du club Barégeois ne semble pas avoir eu le temps de se frayer le même palmarès. La pugnacité et l'audace de ces champions influencent la relève. Ces Pyrénéens volants avant de partir n'ont pas oublié de la mettre en place en lui transmettant le savoir-faire. C'est la fin d'une époque et le début d'une autre qui perdure sur les massifs montagneux. Aujourd'hui devons-nous dire au revoir ou adieu à ce bel ouvrage, le tremplin du Lienz? Que beaucoup d'entre vous en parcoure son histoire élémentaire et que ce texte en ravive pour certains le souvenir. Son état végétatif depuis quelques années traverse les saisons hivernales. Il demeure à peine recouvert de quelques cristaux blancs en hiver comme un lange qui lui assure sa transition d'une vie à une autre.

Pour celles et ceux qui ne reconnaissent pas cette photographie elle représente l'endroit exact de la piste de saut. Sous la friche qui l'a envahie on peut encore la reconnaître et la décrire. Au centre tout en haut en dessous de la ligne de la fin de la forêt on devine une petite clarté qui correspond au début de la piste de lancement et de recherche de vitesse. Ce repère se prolonge derrière un hêtre touffu pour se terminer derrière un haut épicéa aux aiguilles plus sombres. À cet endroit existe encore le mur d'appel d'envol. La pente de réception en dessous disparaît sous la multitude de hêtres qui poussent et qui se chevauchent. La partie plate non arborée représente la dernière portion de la piste servant à freiner et à arrêter les acteurs. Aujourd'hui cette partie est bien dégagée. Elle est traversée par la piste carrossable qui conduit vers la Solitude au Lienz, le chalet du CAP (Club Alpin Français à) à la Glère. Depuis les inondations de 2013, elle relie aussi la route pastorale dite piste du Bolou qui aboutit au village de Betpouey et à la route départementale au lieu-dit Camou commune de Viella 65.

Non loin du tremplin apparaît la voie du funiculaire qui servait, du village de Barèges à la gare de l'Ayré, au transport permanent des marchandises, des skieurs, des curistes et des touristes. L'activité de ce moyen de transport arrêtée à l'an 2000 laisse la voie en décrépitude. Que penser de cette évolution? Si l'on fait un petit retour en arrière pour se rappeler la forte poussée économique concrétisée sous l'appellation «LES TRENTE GLORIEUSES», le village de Barèges, la station le massif de l'Ayré bénéficiaient alors d'une identité forte dans les Pyrénées Centrales. Ces structures qui restent sans intérêts devraient susciter de nombreuses initiatives aujourd'hui pour une relance ou une substitution de moyens de revalorisation. Restons sereins et dans l'espoir, nous avons à défendre une économie et notre pays. Allez, on y croit!
Les frères Jandel avec Vignole au centre

Les frères Jandel avec Vignole au centre

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Le funiculaire à l’arrivée

Le funiculaire à l’arrivée

Le funiculaire à l’arrivée fermer

Prise de vue du 20.05.2020 Laurent Majesté

Prise de vue du 20.05.2020 Laurent Majesté

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