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La paroisse de Villenave en Barège à la veille de la Révolution modifier

par Michelle et Henri PUJO-GAY

Le 8 août 1781 sur mandement épiscopal de Michel Couet de Vivier de Lorry, évêque de Tarbes, se présente sur «les trois heures de l'après-midi», à l'église paroissiale de Villenave, Jean Thomas de Casteran, «docteur en Sorbonne et vicaire général de Monseigneur l'évêque», accompagné de Jean Baradère, vicaire de Luz «choisi pour servir de greffier». Il est reçu par Monsieur Jean Bernard Nogué, curé de Villenave, en présence des «consuls marguilliers et principaux habitants de ce lieu», dont la signature figure en bas du document.
Rien d'exceptionnel à cette visite. Les évêques, plus ou moins régulièrement, organisent l'inspection des paroisses et se renseignent sur l'état des bâtiments, l'organisation de la communauté paroissiale, l'état de ses finances, la vie des prêtres, la pratique religieuse …autant de détails et renseignements précieux consignés dans des procès-verbaux qui nous sont parvenus. En ce mois d'août 1781 les autorités procèdent à la visite des paroisses de l'archiprêtré de Sère (Sazos, Sassis, Grust...et Villenave).
Un autre document le complète: il s'agit d'un questionnaire envoyé à tous les curés en 1783 par le successeur de Monseigneur de Lorry. Ses objectifs sont clairement annoncés: «Demandes contenant l'état de l'église et de la paroisse de Villenave auxquelles Monsieur le curé est prié de donner, à la suite de chaque article, sa réponse par écrit, qu'il envoiera (sic) au secrétariat de l'évêché de Tarbes, quinze jours après avoir reçu le présent État».
Ces deux documents nous permettent de restituer un peu de cette vie paroissiale intimement liée à la vie civile à une époque où l'une ne se distingue pas de l'autre. Si le style du procès-verbal de 1781 est le plus souvent celui de l'inventaire impersonnel et de l'énumération, les réponses du curé au questionnaire de 1783 apportent la dimension humaine du vécu, et c'est pourquoi nous le citerons largement.
Malgré sa proximité avec Luz qui est «à quatre pas», et sa population réduite («douze maisons et quarante-quatre communiants qui ont tous satisfait au devoir pascal»), Villenave constitue une paroisse et une communauté civile dont les maisons se serrent le long de l'Yse, au pied de l'église comme en témoignent encore les dates que l'on peut lire sur les linteaux de certains portails ou portes.
Comment se présentent ces lieux (église, cimetière, presbytère) au centre de la vie paroissiale? Rien de bien différent de ce que nous voyons aujourd'huipour l'église:
- sanctuaire et nef «lambrissés en voute», sol planchéié, «murs solides et bien blanchis percés de deux petites fenêtres», au fond «une tribune qu'il faudra changer quand on pourra, fonds baptismaux placés à gauche vers le fond de la nef».
Dans le chœur «avons visité le tabernacle où nous avons trouvé le Saint Sacrement décemment conservé sous plusieurs espèces (…), dans ce dit tabernacle est enfermé un soleil d'argent n'ayant pas de pied, celui du calice servant à l'un et à l'autre». Il est aussi question du retable «dont les dorures et les sculptures sont aussi usées» et qui est «surmonté d'une statue de saint Égide assez grande». Il s'agit de saint Gilles, patron de Villenave. Ce retable est toujours en place aujourd'hui, mais en très mauvais état.
- la sacristie«placée du côté de l'Évangile» et son mobilier abritant les objets du culte et les vêtements sacerdotaux décrits avec précision: «deux calices et leurs patènes, deux burettes, trois missels dont deux en mauvais état, deux rituels, un vespéral en très mauvais état, huit chasubles, trois pluviaux, deux dalmatiques», suit une longue énumération.
Les qualificatifs qui accompagnent cette liste d'objets révèlent «la modicité des revenus de la fabrique», et notre visiteur de rappeler la nécessité de réparer ou d'entretenir certains éléments.
Le clocher porte «deux cloches assez grandes». le porche demande à être réparé, et «les murs extérieurs recrépis et blanchis».
On peut voir que cet inventaire n'obéit à aucune préoccupation historique, archéologique, artistique, le but de la visite ne concernant que la fonctionnalité du lieu.
Quant au presbytère, il faut laisser la parole au curé Nogué (ou Noguez) qui en dresse un tableau pitoyable:
«j'ai un très petit presbytère dans le plus mauvais état du monde, les planchers de la charpente, surtout du côté du Nord, sont, ou pourris ou vermoulus. Ce presbytère consiste en deux très petites chambres; il y a en dessous une très serrée cuisine dont le pavé est très gâté et très inégal, elle est d'ailleurs très malpropre et malsaine, à côté d'elle est le petit porche de l'église qui rétrécit l'espace pour beaucoup et par lequel je dois passer nécessairement pour parvenir à un petit chai qui est à côté dudit porche séparé seulement par une bien faible cloison de planches. Ce mauvais presbytère est adossé à l'église. Il y a un jardin attenant au presbytère, il peut avoir quatre toises en carré mais pour en jouir mon prédécesseur immédiat se chargea de dire annuellement six messes pour le repos de l'âme de celui qui a laissé ce petit lopin de fonds à cette condition.»
Bien qu'appartenant à l'un des deux ordres privilégiés, ce curé connaît le même dénuement que la plupart de ses paroissiens, ce que confirme l'examen de l'organisation et de la vie paroissiales.
Qu'en est-il du Clergé?
Il se limite au curé: Jean Bernard Nogué né le 15 mai 1729, prêtre depuis le 14 mars 1772, «vicaire pendant 6 ans à Sère en Barège, puis curé de Villenave depuis 1780». Il est aussi «aumônier de l'Hôpital Royal et Militaire de Barège. Le revenu de la cure est d'environ trois cent cinquante livres et celui de l'aumônerie de trois cents livres.» (à la même époque le revenu de la cure de Sazos est estimé à neuf cents livres)
Ni vicaire ni autre ecclésiastique, ni faderne (ou haderne) dans cette paroisse déshéritée; seulement un sacristain «presque imbécile, bègue et fort sourd» aux dires du curé qui ajoute:«il est très modiquement payé, partie par moi, partie par la communauté».
Concernant la gestion des biens paroissiaux,«il y a une fabrique dans la dite paroisse dont le revenu est de dix mesures de grain, moitié seigle, moitié orge et de trente-trois livres de rente d'argent (…) ce revenu sert à l'entretien de toute l'église». Cette institution de la fabrique remonte au concile de Trente (1545-1563) et donne aux laïcs la gestion des biens paroissiaux. Le curé en est membre de droit de même que le premier consul du lieu. Les autres membres,(marguilliers) sont élus. Chaque année ils rendent leurs comptes devant l'archiprêtre et la communauté des habitants.
À Villenave, «les comptes de la fabrique se font tous les ans à la fin de l'année… il y a un registre clôturé chaque année et signé par tous ceux qui savent signer»
Le luminaire qui éclaire le chœur et la nef et l'encens brûlé lors des cérémonies constituent une des plus grosses dépenses de la fabrique:«de vingt-deux à vingt-quatre livres par an», aussi les envoyés de l'évêque constatent-ils que ce luminaire, simple «lampe en laiton blanchie, qu'il faudra décrasser, ne brûle que les fêtes, pendant les offices, à cause de la modicité des revenus de la fabrique.»
Les ressources de la paroisse se limitent au produit de la dîme versée par les paroissiens, elle se paie dans la proportion de dix / un / (le dixième). A Villenave «elle se paie de toutes sortes de grains et de légumes qui se sèment dans les champs, de lin et de laine, agneaux et chevreaux de dix / un, du beurre et du fromage, du lait de deux jours, le tout, excepté les agneaux, doit être porté dans la maison du curé, seul décimateur et qui est tenu de payer à la fabrique dix mesures de grain, moitié orge, moitié seigle et à Monsieur l'archiprêtre de Sère six mesures, moitié orge, moitié millet, qu'il est obligé d'aller chercher chez lui en lui portant trois pintes de vin.»
La paroisse ne compte ni fondations, ni confréries (qui pourraient compléter ses revenus) ni lieu de dévotion particulière ou lieu de pèlerinage. Pas davantage d'hôpital ou de revenus affectés aux pauvres ou aux malades. Pas de maître ou maîtresse d'école, pas de sage-femme «bien instruite soit des règles de son art, soit de ce qui est nécessaire pour administrer le baptême en cas de nécessité». Précision intéressante et parlante: la sage-femme est habilitée à administrer le baptême s'il y a risque de mort pour le nouveau-né. … et on meurt beaucoup à la naissance en cette fin de XVIIIe siècle.
Des observations et questions nous renseignent enfin sur la vie paroissiale, l'exercice et la pratique du culte.
La communauté, comme on l'a vu, ne compte en 1781 que«douze maisons et quarante-quatre communiants qui ont tous satisfait au devoir pascal.» Dans le questionnaire de 1783, le curé précise:«le nombre exact des communiants de la paroisse est de quarante-sept. Ceux qui ont à faire la première communion sont des enfants de douze ans et en dessous. Tous mes paroissiens sont confirmés.»
Les autorités ecclésiastiques cherchent à connaître «le caractère dominant des paroissiens, leurs bonnes qualités ou les défauts et les vices les plus ordinaires» Réponse du curé:«le caractère de mes paroissiens est docile … je ne leur connais pas de défauts encore moins de vices». quant à leurs professions, tous paysans: «mes paroissiens ne connaissent que la culture de leurs fonds et le soin de leurs bestiaux». C'est pourquoi les horaires du culte s'adaptent à leurs obligations:«je dis en hiver la messe depuis les dix heures, en été à huit heures et cela pour l'usage que j'ai établi pour la commodité des paroissiens qui étant tous paysans doivent se répandre au loin dans les montagnes pour la garde de leurs bestiaux. Pour cette même raison je fais le catéchisme le matin, le plus grand nombre manquerait l'après-midi».

Une autre obligation du curé concerne la tenue des registres paroissiaux dans lesquels il doit consigner naissances, mariages, décès, en précisant les sacrements qui les accompagnent. Dans cette paroisse ces registres «contiennent des actes baptistaires, mortuaires et matrimoniaux depuis 1690 jusqu'à 1710, sans ordre et avec plusieurs lacunes et depuis cette dite époque jusqu'à ce jour dans le plus grand ordre et sans interruption». En les consultant aujourd'hui pour les années 1781, 82, 83 on note:

En 1781:
1 naissance et baptême: Cumian dit Cazaux Jean Pierre
2 sépultures:
- Cazet Anne âgée d'environ 80 ans
- Cumian dit Cazaux Jean Pierre âgé de 4 jours
- aucun mariage.

En 1782:
4 naissances et baptêmes:
- Couture dit Sanjou dit Pratou Bernard
- Cumian dit Cazaux Jacques
- Vergez dit Pedrou Anne
- Vergé Gaspard Jean Henry
1 mariage: Vignolis dit Loubère Antoine et Cazet dit Comet Henriette
1 sépulture: Vergez dit Pedrou Anne âgée de 17 jours

En 1783: rien.

Donc, une population réduite à croissance quasi nulle sur cette période. Le Cahier de Doléances «fait et arrêté dans la commune Viellenave (sic) le 30 mars 1789» réclame la réduction des «feux de taille» (impôt payé par foyer) en invoquant la réduction de sa population: «plus d'un tiers des maisons qui le composaient autrefois sont éteintes et celles qui restent sont devenues très pauvres ayant éprouvé des pertes considérables par les ravages des neiges et les débordements des eaux.»
Ainsi dans les années 1780, on peut dire que la paroisse de Villenave, comme toutes les paroisses françaises naît, vit et meurt sous le regard de l'Église mais les documents cités ne disent rien du sentiment religieux, ni de sa qualité comme si seule importait la pratique. Cette paroisse particulièrement pauvre voit sa population exclusivement paysanne diminuer. Elle continue de fonctionner comme elle l'a toujours fait et reste complètement à l'écart des mouvements et remous qui commencent à agiter le royaume.
Et pourtant, «à quatre pas de là» comme dit le curé de Villenave, à Luz, Pierre-Charles-François Dupont dit Dupont de Luz, sera au printemps 1789, un des rédacteurs des Cahiers de Doléances de Luz, puis élu représentant du Tiers-État aux États Généraux en avril 1789. Membre de l'Assemblée Nationale Constituante, il prendra une part active à la rédaction de la Déclaration des Droits de l'Homme.

Merci à la Société d'Études des 7 Vallées qui nous a mis sur la piste de ces documents d'archives

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