À son époque, le docteur Georges Cazaux a incontestablement marqué la génération des habitants de tout le canton. Il y a de nombreux patronymes Cazaux en pays Toy.
Ce nom représente la forme vocalisée de casal, qui veut dire petite maison. Aussi, pour bien situer la lignée qui concerne cet écrit, il est bon de préciser ce qui suit.
Georges est né à Luz-Saint-Sauveur, le 11/01/1913, fils de Laurent Cazaux (1883-1958), maréchal-ferrant et de Louise, Henriette Cazet (1891-1968), hôtelière. Vingt-sept ans plus tard, le 19/10/1940, le maire de l'époque, Jules Camarot, chevalier de la Légion d'honneur, célébra, à Luz, le mariage de Georges Cazaux avec Marguerite, Marie Sempé, sage-femme, née le 23/05/1915, en Lavedan, à Arcizans-Avant. Elle était la fille de Jean-Baptiste Sempé et de Henriette Biès, négociants à Arcizans. Celui qui allait devenir médecin, était l'aîné des trois enfants. Sa sœur Jeanne (1918-2012) a épousé, à Luz, le 14/06/1941, Louis, Pierre, Franck Buret, instituteur né à Bordeaux, domicilié à cette date à Vizos et décédé à Tarbes le 19/04/2012. Le troisième, le centenaire Henri, Louis, Robert Cazaux, né à Luz (1921-2022) avait épousé à Esquièze-Sère, le 14/06/1941, Louise, Irène, Françoise Coumet. Le quatrième et dernier enfant de la famille Paule, Marie (19241925), née dans la maison Baget (hôtel des Templiers) décéda à l'âge de 9 mois.
Je parle de Georges Cazaux avec d'autant plus d'affection, qu'il était notre médecin de famille, le temps de notre résidence à Barèges. Je garde le souvenir d'un homme affable et disponible. Mais attention sous un aspect plutôt débonnaire, se cachait un caractère bien trempé, impatient et impétueux, parfois coléreux avec les réflexes bien conservés d'un pratiquant de l'ovale. En d'autres termes, il ne fallait pas lui marcher sur les crampons. Je l'avais baptisé le «
docteur Bouillon », car en guise d'alimentation, il n'autorisait comme complément de diète, qu'un véritable bouillon de légumes. Je soupçonne même mon grand-père de préparer à l'avance la potion magique, à chaque fois qu'il devait faire appel à lui. Le cérémonial était souvent répétitif. Il arrivait à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, toujours élégant. La porte de la chambre franchie, j'étais toujours intrigué par le même cérémonial. Il dépliait un linge blanc, qu'il étalait sur mon torse. Puis il approchait son oreille et écoutait les bruits effectués par son index qui tapotait le dos de sa main gauche posée sur le linge. Au bout d'un moment d'une écoute attentive, une voix rocailleuse et grave rompait le silence religieux. Le diagnostic tombait
: « Ce n'est rien, quelques jours de bouillon de légumes et il sera sur pied ». La famille Cazaux résidait tout d'abord à l'emplacement de l'actuel hôtel des Templiers, avant de rejoindre la maison de l'actuel hôtel des Remparts. La maman Louise y tenait une cantine, très appréciée à l'époque.
Comme tous les enfants du canton, Georges effectua sa scolarité à Luz, puis il partit au lycée à Tarbes. Nul ne sait, pourquoi, il se lança dans des études aussi longues et difficiles, mais il rejoint une tante qui résidait à Bordeaux et commença des études de médecine. Sportif, il fut également un excellent troisième ligne du SBUC (Stade Bordelais Universitaire Club). Il suivait d'ailleurs l'actualité du rugby, et plus tard, il n'hésitait pas à faire, avec ses fils, des déplacements dominicaux pour assister aux rencontres des clubs phares de Bigorre. Il aimait le rugby. Une année, à l'époque du grand Antoine Béguère, il proposa à la grande équipe de Lourdes de venir s'entraîner à Luz, ce qui fut fait sur l'actuel terrain de football. Il aimait aussi la belote surtout avec les copains de Barèges. Georges était un grand joueur de belote, qui ne supportait pas de jouer avec des amateurs. Quand il pouvait faire une halte au café «
Palu » à Barèges et retrouver les irremplaçables figures qu'étaient Urbain Cazaux, «
Didi » Lons, Laurent «
Tranquilin » Lapeyre, Jean «
Palu » Cazaux ou Laurent «
Tourtet » Honta, là, on assistait à un pur moment de bonheur «
pagnolesque », c'était la partie de belote. Son quartier général était situé à l'auberge de la Gaubie, aujourd'hui hélas disparue. C'est là qu'il retrouvait ses amis, toujours les mêmes. On échangeait, on riait en dégustant des côtelettes. Il aimait son pays Toy, ses habitants, ses fêtes traditionnelles, ses banquets mémorables. Son pays, avec ses amis de la résistance locale dont nous avons rapporté les aventures dans d'autres numéros d'En Baredyo, il le défendit et n'hésita pas à rejoindre la clandestinité pour cela. Pendant ce temps, son épouse Marguerite, restée à Luz, même se sachant très surveillée, n'hésitait pas à prendre de gros risques pour aller ravitailler tous ces hommes courageux. Son fils René, alors tout jeune, se souvient d'un départ nocturne précipité vers la plaine et Arcizans, son père caché et allongé sous ses pieds, à l'arrière de la voiture. Plus tard, le même René l'accompagnait fréquemment lors de ses visites
: «
En pleine nuit, j'entendais qu'il allait partir et je l'accompagnais. Il n'avait pas d'heure. Peu importe le temps et les routes. Mais il n'y avait pas des routes partout. Après un arrêt à Gèdre, on allait à pied à Saussa, depuis le pont de Tisbé. La route vers les Astès n'avait plus de secrets pour moi. Au début de son installation, il effectuait ses visites en moto. Comme il faisait aussi les accouchements, bien souvent, il envoyait auparavant ma mère, Marguerite, pour lui donner ses prévisions. Elle partait alors à vélo. »
Tout ceci est d'ailleurs confirmé par Jeannette Pourré, qui a travaillé chez les Cazaux: « Le docteur Cazaux était un homme de caractère, foncièrement bon et disponible. Il ne pouvait pas aller se coucher s'il lui restait encore une visite à faire. Il n'avait pas d'heure. Je me souviens d'une année où sa valise était prête pour partir en vacances. Un appel l'informa d'une urgence et il annula son départ et ses vacances. Marguerite était rouge de colère. C'était une femme qui avait du culot, elle était très courageuse. C'est elle qui faisait les ravitaillements du groupe clandestin de son mari, pendant les années difficiles. Et crois-moi, il en fallait du courage pour faire ce qu'ils faisaient tous les deux. Il effectuait aussi les accouchements avec elle. Lors d'un départ précipité à Ayrues, l'enfant se fit attendre. Il savait alors qu'il y avait un lit à disposition chez « la mère » Pourré. Moi, je me trouvais bien chez eux, j'y suis restée quarante ans. »
Georges était donc un sacré médecin de campagne, à l'époque où les gardes étaient ignorées et dans cette zone de montagne d'accès parfois difficile, il y avait plus de visites que de consultations. Il semble qu'au départ, il devait faire ses études à Santé navale, à Bordeaux, mais il aurait dû alors rester dix années comme militaire ou «
rembourser » sa libération. Il fit donc ses études à la faculté de Médecine de Bordeaux et aussi deux années en fin de cycle à Toulouse.
Comme par reconnaissance, le titre de sa thèse passée en 1942 est
: «
Barèges, station de réparation et de régénération osseuse ». Grâce à son fils René, j'ai pu lire ce document très rare. L'hommage traditionnel du dos de couverture m'a ému
: «
À mon père, à ma mère, à qui je dois ce que je suis. Faible témoignage de ma reconnaissance et de ma profonde tendresse pour les lourds sacrifices qu'ils se sont imposés. À mes maîtres de la Faculté de Médecine de Bordeaux, de la Faculté de Médecine de Toulouse, à mes amis, à mes camarades. ».
Ce jour de 1942, le président de thèse était Monsieur le Professeur Roques, Professeur d'Hydrologie thérapeutique et climatologique. L'avant-propos et la conclusion du document, rapportés ci-dessous attestent de l'homme qu'il était
: «
Nous ne saurions commencer ce modeste travail, sans exprimer à M.le Professeur Fourment, nos sentiments de gratitude, pour l'accueil toujours bienveillant que nous avons trouvé auprès de lui. Après avoir bien voulu nous inspirer le sujet de notre thèse, vous n'avez cessé, cher Maître, malgré vos occupations professorales, de nous aider et de diriger notre travail. Permettez-nous de vous adresser ici l'hommage de notre respectueuse reconnaissance. » Sans oublier son ami de la Résistance, il ajoute
: «
Nos remerciements vont également à M. Le Docteur A. Péré pour l'affection toute paternelle qu'il n'a cessé de manifester à notre égard. C'est auprès de vous, cher Docteur, que nous avons puisé les premiers enseignements de clinique pratique au chevet du malade. Il n'en a pas fallu davantage pour que vous fut acquise toute notre admiration. Veuillez accepter pour tout ce que nous vous devons, ce modeste témoignage de notre profonde gratitude. »
Au service historique de la Défense, Georges, Henri Cazaux figure dans la rubrique de la famille résistance FFI (Forces Françaises de l'Intérieur) au chapitre Titres, Homologations et Services pour faits de résistance. Médecin passionné par ce qu'il faisait, amoureux des relations humaines, celles de la montagne, il est décédé à Dax, le 8 mars 1982, à l'âge de 69 ans. Il venait de s'arrêter de travailler.
Un grand merci à son fils, René Cazaux, médecin comme son père et à Jeannette Pourré pour m'avoir permis de rapporter cette tranche de vie, maintenant écrite, que nous ne pourrons plus oublier.
Sources : Archives et entretien René Cazaux - Thèse de médecine Georges Cazaux, 1942: Barèges, station de réparation et de régénération osseuse.
Photographies : Collection René Cazaux - Pierre Lavantès, banquet de l'Avalanche - Jeannette Pourré, par M. Pélégry
Légendes complètes :
3 - Devant l'hôtel Terminus à Esquièze, les enfants Cazaux. Henri (à gauche) et Georges entourent la sœur Jeanne. Au dos est inscrit : la veille du départ à la guerre de Georges.
4 - Georges et ses deux fils sur sa grosse moto. René au milieu et Jean-Claude « Caco » devant
5 - Lors du banquet annuel de l'Avalanche, à Super Barèges, Georges Cazaux et Marcel Lavedan, bien entourés, rient aux facéties de l'ami Laurent Honta dit « Tourtet » (de dos)