Éphéméride communale 1
Guerre de 100 ans Barèges-Betpouey
par Maurice PÉLÉGRY
Il y a l'Entre-deux-Eaux, l'Entre-deux-mers et l'Entre-deux-tours. Vivement dimanche ...soir !
Petit à petit, le personnel prend le pas sur le collectif. Les querelles et les mauvais propos ressurgissent. Nous quittons quelques jours la communauté du Vivre ensemble. Nous l'avons déjà clamé haut et fort, à «En Baredyo» pas de politique ni de religion. Nous ne prendrons jamais parti, mais nous pouvons traiter de l'histoire des hommes qui ont fait le Pays Toy, qu'ils soient politiques ou religieux. Il est connu et vérifié que le Toy a une propension pour la politique au sens large et les archives nous confirment que depuis de nombreux siècles, cela n'a pas toujours été «un long bastan tranquille». Mais il faut bien le reconnaître, tout s'était merveilleusement passé jusqu'à présent, même si dans le chef-lieu de canton, 3 listes et 45 personnes potentielles pour 734 inscrits, il fallait bien que cela «savonne» un jour. Toys oui, mais latins avant tout !
Petite éphéméride communale-1
La guerre de Cent Ans de Labatsus
On semble, on se ressemble, on s'assemble, on se sépare….tel est le cheminement de l'histoire municipale du canton de Luz. En cette période d'élection municipale, nous nous permettons un bref rappel historique extrait des Archives départementales, de l'histoire des communes et de la littérature. Au 22 mars 2026, l'élection des maires du pays Toy sera validée. En effet, Il y a en pays Toy 15 communes, mais 20 églises de village sont référencées. Pourquoi ?
On fait abstraction ici du village de Saint-Martin, qui se situait en face de Viella et très proche de Viey. En effet, d'après la littérature, il fut totalement détruit par une avalanche, le 16 février 1601.
Barèges et Betpouey
Tout le monde connaît la guerre de Cent Ans (1337-1453), série de conflits armés entrecoupés de trêves opposant le royaume d'Angleterre et la dynastie des Plantagenêt au royaume de France de la dynastie des Valois. L'élément déclencheur de la guerre de Cent Ans est la confiscation par le roi de France, Philippe VI des fiefs d'Edouard III, roi d'Angleterre, en 1338. Mais ces mauvaises relations remontent en fait à 1152. En effet, après quinze ans de mariage, le roi Louis VII le Jeune (1120-1180) sixième souverain de la dynastie des Capétiens directs, se montre déçu de n'avoir eu que deux filles et aucun garçon. Au motif de consanguinité, il divorce de son épouse, Aliénor d'Aquitaine. Moins de deux mois plus tard, cette dernière épouse en secondes noces Henri Platagenêt, futur roi d'Angleterre. Ce nouveau mariage produit un basculement des rapports de force entre la France et l'Angleterre, au profit de cette dernière. Plus tard, en 1453, après la victoire de Castillon la bataille en Gironde, Charles VII (1403-1461) met fin à la guerre de Cent Ans. Mais c'est son fils Louis XI qui signa en août 1475, le traité de Picquigny, avec Edouard IV roi d'Angleterre. Ce traité mit fin à la guerre de Cent Ans, qui sur le plan militaire, s'était achevée en 1453 avec la bataille de Castillon et la prise de Bordeaux.
Quatre cents ans plus tard, une seconde guerre de cent ans se déroula en pays Toy, entre Betpouey et Barèges, une bataille intense d'affrontements verbaux et écrits pour l'indépendance des Bains de Barèges (1848-1946). Barèges était un lieu sans existence administrative avant 1789. Il était rattaché au spirituel à Betpouey, noté comme pays et sénéchaussée de Bigorre, en Lavedan, vallée de Barège. En 1790, la commune prit le nom de Bains-de-Barèges. En 1801, la commune se nomme Barège-les-Bains, mais selon les registres d'état-civil, elle semble rattachée à Betpouey, dès 1802, dont le maire est alors Bernard Destrade. À la fin de l'été 1848, le maire est Jacques Destrade, les 70 signataires de la première pétition en faveur de la séparation entre Barèges et Betpouey, ouvraient un combat long de 98 ans. Les revendications sont appuyées : «Les revenus de Barèges doivent profiter à Barèges et les dettes de Betpouey doivent rester à Betpouey !» Une commission se met alors en place, le président étant le pharmacien Louis Barzun. On vote à Betpouey : 43 se déclarent opposés à la séparation et 38 favorables. Les arguments d'Henri Destrade, maire de Betpouey de 1857 à 1896, ont alors prévalu. Le ministre de l'Intérieur trancha pour le refus, malgré l'avis du Conseil général, présidé par son collègue Fould. Les Barégeois récidivent en 1857. Une nouvelle pétition est rédigée. M Guionnet et le Dr Troy, membres de la commission syndicale, interviennent alors auprès de l'administration centrale. Napoléon III vint à St Sauveur à la même époque et une pétition de 74 personnes lui fut remise qui proposait de baptiser la nouvelle commune : «Napoléon-Barèges». Le 24 avril 1861, la proposition est rejetée pour deux raisons : le bourg de Barèges a moins de 200 habitants permanents et ne dispose pas des établissements publics indispensables à l'administration municipale. Afin de calmer tout le monde, un poste d'adjoint «spécial» pour Barèges est créé. La troisième tentative fut faite en 1866. Une nouvelle pétition propose de baptiser le bourg : «Napoléon-Barèges-Les-Bains». Le préfet émet un avis défavorable prétextant qu'il n'y a aucun changement depuis 1861. Le Dr Troy rédige un long mémoire qui est transmis au ministère. Celui-ci refuse au motif que le bourg de Barèges ne possède ni église, ni bâtiment pour l'école et la mairie. En réponse, les barégeois s'engagent à réaliser à leurs frais une maison commune, une école et une église. Devant un tel engagement, le ministre ordonne l'ouverture du processus. Le Dr Theil rappelle alors que les frais de culte sont à la charge de la vallée et qu'une chapelle privée avait été détruite pour des besoins d'agrandissement des thermes. La municipalité de Betpouey ne dit rien et adopte une attitude passive. Malgré l'ordre du préfet, le Conseil municipal tardait à délibérer. L'enquête n'a pas eu lieu, car la France entrait en guerre contre la Prusse et le régime s'effondra. Le maire Henri Destrade et son Conseil municipal avaient donc gagné. C'était sans compter sur les barégeois, qui dix-huit ans plus tard, en 1889, repartent en campagne. Le conseiller d'arrondissement Maître Pougat et le Président de la Vallée, Maître Mouniq tous deux à Luz, signent la nouvelle pétition. Le Dr Théodore Betous est alors président de la commission syndicale. Après s'être fâché face au silence et aux non réponses des élus de Betpouey, le 20/11/1892, ces mêmes élus de Betpouey émettent un avis favorable à la grande surprise de tous. Le maire Henri Destrade propose de mettre en place une commission de conciliation pour le partage des biens et le problème des dettes. Mais dès qu'il s'agit d'argent, les choses se corsent. Les autorités sont certes pressées d'en finir, mais les barégeois ne sont pas d'accord sur la part de la dette qu'ils doivent assumer. À l'inverse, ceux de Betpouey regrettent l'absence de cimetière dans le nouveau projet de Barèges. Le dossier navigue entre Paris et Tarbes et prend beaucoup de retard. Personne ne veut statuer. Une cinquième tentative avec la nouvelle pétition du 5/05/1929 réveille l'affaire. Après près de 120 ans de gestion municipale (1799 à 2019), les différents maires de Betpouey, des familles Destrade et Pélégry, quittent l‘affaire. Le relais sera assuré successivement par Dominique Fourtine (1919-1920), Augustin Fourment (1920-1925), Bernard Armary (1925-1929), Justin Broueil (1929-1945) et Marc Abadie (1945-1947). Ce sont les années des débuts des saisons de ski. Le problème se pose alors du rattachement du hameau de Cabadur. À Betpouey, on redevient hostile à tout. Le dossier traîne. Il est néanmoins envoyé à Paris et passe de service en service jusqu'en 1941. Une nouvelle fois, le préfet relance l'affaire, débutée il y a 92 ans ! Enfin, distraite de Betpouey, Barèges, est érigée en commune selon un décret du 9/08/1946, paru au journal Officiel le 15/08/1946. Le paradoxe est grand. En effet, bien que les bains de Barèges soient exploités depuis le Moyen-âge, Barèges devient alors en 1946, la plus jeune commune du département. Une élection est alors décidée. Il y a 105 votants. Le résultat est le suivant : Urbain Cazaux (105 voix), Dr Fernand Laurain (105), Bernard Teinturier (101), Bernard Fourtine (100), Jean-Marie Honta, Jean-André Anclade et Jean Marcou (99), Jean Cazaux et François Vignole (97) et Martial Duclos (95). Le préfet des Hautes-Pyrénées, M. Antoine Poggioli ouvre la séance et installe le nouveau Conseil municipal, le 29/09/1946 et le félicite de la manifestation de confiance dont il a fait l'objet. Les dix votants du Conseil municipal procèdent alors à l'élection du premier maire de Barèges, Urbain Cazaux qui est élu avec 9 voix et un bulletin blanc. L'adjoint Jean Cazaux Palu est élu sur le même score. La première session est fixée au 9 octobre 1946.
Publié dans En Baredyo 2008 (2ème semestre).