« Docteur, un cheval vous attend » : en référence au livre d'André Dufilho: « Docteur, un cheval vous attend, mémoires d'un médecin du pays basque ». André Dufilho était le frère de Mlle Dufilho, pharmacienne à Barèges.
C'est par ces mots que mon père, Pierre Foyer, qui n'était pas du tout un intrépide cavalier (bien que conduisant une 2 chevaux...) dût partir dans la nuit glaciale d'un hiver enneigé pour Gavarnie... Un coup de fil de l'unique cabine téléphonique du village l'appelait en urgence pour un accouchement...mais l'avalanche était tombée sans doute du côté du chaos de Coumély...l'interlocuteur l'attendrait de l'autre côté de l'avalanche avec un cheval pour le conduire auprès de la parturiente
! Telle était sa façon de pratiquer la médecine à partir de 1956 dans le Pays Toy.
Notre père est né à Paris en 1927, où il a intégré la Faculté de médecine.
Au début des années 50, il effectue son internat à l'hôpital du Havre, où il rencontre notre mère, infirmière. Pour son service militaire, il est envoyé dans une compagnie méhariste au sud du Sahara algérien. En effet, étant asthmatique, il avait demandé une affectation dans un environnement sec, très sec !
Notre mère l'y a rejoint et ils s'y marièrent en 1954.
À leur retour, ils décident de venir s'installer en montagne, où le climat était meilleur qu'en ville... déjà !
Trois enfants agrandirent la famille
: Catherine, Claude et Jérôme, tous très attachés au pays Toy. Sa thèse de médecine, présentée au retour du Sahara s'intitulait «
Ostéopathie douloureuse avec fissures multiples et symétriques ». Déjà les prémisses de l'intérêt pour tout ce qui est osseux... cela lui donnera le goût de la médecine thermale, notamment à Barèges. «
Ces eaux font des miracles sur les os » avait-il l'habitude de dire ! Bien que piètre bricoleur, il s'est beaucoup investi dans le plâtre... : c'était le début du ski dans nos stations, et les jambes cassées affluaient tous les hivers... Il a pratiqué la médecine générale avec une très grande disponibilité pour ses patients.
«
Les Toys sont durs au mal », disait-il. Aussi, quand il était appelé, c'était en général «
sérieux ». Il se déplaçait en visites à domicile dans tout le canton, quelle que soit la météo, en 2CV, à pied, à cheval, et même en ski. Je me souviens ainsi l'avoir accompagné dans une visite skiée aux près Vignole, en haut de Barèges. Il aimait pratiquer les accouchements à domicile, ou accompagner les mères jusqu'à Lourdes si besoin. Il avait à cœur de suivre les malades et les personnes âgées le plus longtemps possible à domicile pour leur éviter l'hôpital...
Au début de sa pratique à Luz, de nombreuses familles d'origine paysanne n'avaient pas encore la Sécurité Sociale, et réglaient le docteur « en nature »
: des légumes, des œufs, des poulets, lapins et même du gibier… Ma mère a dû apprendre à cuisiner l'isard, le sanglier et le faisan. Il laissait toujours les clés sur le contact de sa voiture, prête à démarrer... prête à être empruntée la nuit par des jeunes qui allaient danser à Barèges...
Il s'est aussi beaucoup investi dans sa fonction de Maire de Luz : sollicité par des jeunes Luzéens de tous bords, il a mené une liste apolitique, et ensuite de grands projets de 1965 à 1977. Bien que n'étant pas un grand sportif, il martelait volontiers: «
le sport, c'est la santé! » aussi, avec son équipe, il s'est évertué :
- à bâtir la piscine, baptisée à son nom de son vivant en 2018,
- à construire les terrains de tennis, sur lesquels il aimait jouer avec son ami « Mao », Georges le pharmacien de Barèges,
- à construire la station de ski de Luz Ardiden, avec Sassis, Sazos, Grust et Viscos
- sans oublier la gendarmerie ... qui sera bientôt transformée en maison de santé, et la rénovation des thermes de Saint-Sauveur etc.
Une de ses principales fiertés était le jumelage avec la ville allemande d'Höchberg, afin de contribuer à la reconstruction de l'amitié franco-allemande.
Notre père aimait Bach et le Jazz : nous en avons été biberonnés toute notre enfance : cela apaise et réjouit... Il n'était pas Toy, mais les Toys et lui se sont adoptés mutuellement, lui témoignant beaucoup de confiance et d'affection. Lors de ses dernières années, il arrivait parfois qu'en se promenant dans les rues de Luz, une dame âgée lui dise
: «
Bonjour Docteur, vous me reconnaissez ? Je suis Madame Untel... vous m'avez accouchée en 1966... » Mon père répondait l'air malicieux «
ah oui et comment se porte le Bébé ? »
Photographies : Catherine Foyer-Mora - Inauguration piscine de Luz, Philippe Leblanc, La Depêche du midi, 7/07/2018.
Légendes complètes :
4 - Juillet 2018 - Entouré de ses enfants et petits-enfants, le maire Laurent Grandsimon procède au « baptême » de la piscine de Luz en présence du docteur Pierre Foyer. C'est Diego, le plus jeune membre de la famille, qui dévoilera la plaque nominale réalisée par Richard Mathis.
Une expression populaire française
ÊTRE AU BOUT DU ROULEAU
« Je n'en peux plus, je suis épuisé, au bout du rouleau ». Mais pourquoi le bout du rouleau pour dire que l'on est fatigué? Au Moyen-âge, le rouleau sur parchemin (du latin rotulus parchemin roulé) est appelé « rôle » et servait principalement à dresser les listes de personnes (cf le rôle d'équipage pour les marins). Ces rouleaux de gens ont donné l'expression « à tour de rôle » (pour l'ordre donné sur la liste) et l'expression contre-rôles (contrôles) pour vérifier les listes. Ce qui a bien sûr donné le rôle de contrôleur. Ainsi que le rôle dans une pièce de théâtre (le texte que doit réciter le comédien). Aussi, est née l'expression être au bout de son rôle quand on a dit tout son texte, quand on a fini. Être au bout du rouleau se dit également au XVIIe quand on a épuisé ses économies, car l'argent était (et l'est encore aujourd'hui dans les banques) conservé dans des rouleaux de papier. Aujourd'hui, le sens est le même, mais s'est étendu à tout type de ressources physiques ou morales.
Source: Journal Estey Malin, Jean-Pierre Izard, 2024