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Les 60 ans de la S.E.M. modifier

par Maurice PÉLÉGRY

2026 - La Société d'Économie Montagnarde du Canton de Luz-Saint-Sauveur a 60 ans, c'est le moment de faire l'inventaire de nos biens

Historique de la Société d'Économie Montagnarde
À l'origine, Edgard Pisani, ministre de l'Agriculture marquant de la Vème république, fut un artisan de la modernisation du monde agricole dans les années 1960.
Il pose notamment la première pierre de l'Institut National d'Études Rurales Montagnardes, à l'origine de la «loi Montagne». Il considérait alors la montagne comme un laboratoire de la diversité. L'arrêté ministériel du 2/01/1963 conditionna la suite de sa démarche. Le fil conducteur était le suivant: en montagne, on se dégage difficilement des impératifs naturels avec trois types d'érosion: d'abord l'érosion biophysique dégradant souvent avec la complicité de l'homme un équilibre naturel fragile et requérant de coûteux travaux de protection et d'entretien. Ensuite, il faut prendre en compte l'érosion humaine, privant la montagne, par l'émigration de ses habitants les plus jeunes, sapant du même coup les chances d'une éventuelle rénovation. Et enfin, l'érosion intellectuelle, prolongement de la précédente. En 1959, il y eut une réelle prise de conscience car 4263 communes étaient déclarées en zone de montagne. Le fait est unanimement reconnu et dénoncé, que si rien n'est fait pour enrayer l'évolution amorcée depuis plusieurs générations, et qui s'accélère dangeureusement, la montagne sera désertée et incapable de jouer le rôle qu'on veut lui assigner. Il était alors communément admis, que la montagne contribue par sa présence même, ses réserves, ses forces à sauvegarder un équilibre général. L'herbe, synonyme de lait, est alors considérée comme une production fondamentale. La forêt est aussi considérée comme une ressource de base, à condition de ne pas en faire seulement un placement et de travailler à ce qu'elle soit un revenu pour les montagnards, avant d'être un revenu pour la montagne. La prise de position du ministre de l'Agriculture a trouvé une particulière résonance quand il a dénoncé le dépeuplement agricole et rural des montagnes, quand il a aussi lié le succès des investissements touristiques au maintien d'une vigoureuse souche paysanne.
On assista alors au niveau national, à la naissance, en 1965, de la FFEM (Fédération Française d'Économie Montagnarde), qui avait pour but, la défense des populations montagnardes et leurs intérêts. La FFEM, avec le soutien des Chambres d'Agriculture, de Commerce et d'Industrie et des Métiers, se décline ensuite au niveau départemental en ADEM (Association Départementale d'Économie Montagnarde). Et enfin, le dernier maillon, au niveau local, sera la SEM (Société d'Économie Montagnarde). Pour le département des Hautes-Pyrénées, il y avait 5 sociétés, Lavedan, Arrens, Campan, Barousse et celle de Luz-Saint-Sauveur. Cette dernière est la seule qui subsiste encore aujourd'hui.

Cette nouvelle organisation est étroitement liée à l'installation par l'État des premiers Parcs Nationaux Français. C'est tout d'abord, le 6 juillet 1963, le premier en Savoie, celui de la Vanoise. Après bon nombre de débats houleux, au niveau local, les montagnards étant parfois hostiles, la sagesse l'emporta. Ainsi, le second Parc National est créé le 23 mars 1967. Il s'agit du Parc National des Pyrénées. En même temps, on assiste à la naissance des Gîtes Ruraux, grâce, entre autres à l'action de Madame Betbèze, alors présidente de la Chambre d'Agriculture soutenue dans le canton par les actions remarquées de «Titine» Nogué d'Esterre, Marc Guilhembet et Bérangère Labit de Gèdre. Le camping à la ferme se développe, ainsi que les campings et les loueurs de meublés.
Pour la SEM de Luz-Saint-Sauveur, il est important de rapporter l'action prépondérante d' «un trio magique» qui fut une grande chance pour le pays Toy. Face aux nombreuses actions qu'ils ont menées et l'engagement de tous les instants témoigné, leur principe était le suivant: «S'engager, c'est agir. C'est d'abord se donner une légitimité dans la Société, en y participant bénévolement et en se tournant vers les autres.». Grâce à ces hommes, le patrimoine devait être considéré comme l'héritage des générations passées et les ressources des générations présentes. Tout devait dorénavant résider dans la transmission.

Le premier Président Jean Paget, est né dans la maison de ses parents, à Sère, le 12/03/1920. C'est le fondateur de notre association. Il fut en bien des points remarquable. Ces quelques traits rappelés par Michel Guilhamat, vous permettront d'en juger. «Jean Paget était écologiste avant l'heure, opposé à tout type de chantier et d'urbanisation de montagne. Il avait un grand esprit d'ouverture et de connaissances, une gentillesse et une intelligence hors du commun. Jean était un berger poète. Il vivait la plupart du temps autour de sa grange de Budéraous, au fond de la vallée de l'Yse. Un texte écrit par lui sur sa vie de berger servit d'épreuve de Français à l'Université anglaise d'Oxford! Tout en gardant ses moutons, il apprit même l'allemand avec la méthode «Assimil». Ce qui lui permit, en 1972, de faire l'interprètre, lors du premier voyage en Autriche de la SEM de Luz. Conseiller municipal de Sère, très longtemps Syndic de la Vallée, il défendait ardemment l'agriculture du pays et du village. Il fut également un des pionniers lors de la création du Conseil d'Administration du Crédit Agricole. Boute-en-train émérite et remarquable, vivant en permanence au milieu des grands espaces, très jeune, il fut porté par le chant. Ténor de l'Orphéon, il était chanteur et compositeur. Il dévorait aussi tous les récits d'escalade et de montagne, car il aurait voulu être guide. Vint le jour où les premiers symptômes de la vieillesse apparurent, et il dut la mort dans l'âme, se séparer de ses moutons, qui étaient sa raison d'exister. Il devint alors pensionnaire de l'œuvre de Notre Dame de l'Espérance, à Luz. Il resta célibataire toute sa vie et mourut le 9/10/2007. Tous ses amis de l'Orphéon l'accompagnèrent à sa dernière demeure.» Bien avant son décès, Jean Paget, en 1980, avait passé le flambeau à son ami Fernand Artigalet.

C'est l'inoubliable Fernand Artigalet (1980-1995) qui prit les clés de la maison. Plus contemporain, tous ceux qui l'ont approché gardent le souvenir d'un homme attachant et peu ordinaire. Viscéralement Toy, il a marqué pour la puissance de ses écrits et de ses récits. Il incarnait la vitalité par excellence et les sourires devenaient de mise quand on le voyait poindre au volant de sa 2 CV Citroën. Il se manifesta de façon énergique lors de la création du Parc National des Pyrénées. Ses interventions fréquentes dans les débats s'exprimaient avec fougue lors de chaque séance. Une phrase revenait souvent dans ses discours: «Ils vont venir nous coloniser!» C'est dire son esprit rebelle. Il aimait particulièrement «sa» SEM et son support «En Baredyo» auquel il consacrait beaucoup de son temps. Une autre personne était souvent à son contact.
Il s'agit de Geneviève Clément, la maman de Christine Conan. Fernand Artigalet débarquait à leur domicile à n'importe quelle heure, afin de lui demander de dactylographier ses écrits de tous poils. Les idées bouillonnaient dans sa tête et il fallait toujours garder une trace de ses opinions et autres visions. Il a beaucoup contribué à la pérennité d'«En Baredyo» et quand il distribuait le magazine, il avait coutume de dire: «Ne me détruisez pas, faites-moi lire, ce qui ne vous
intéresse pas, peut plaire à d'autres.
»
Quinze ans après sa prise de fonction, Fernand Artigalet transmet le témoin, en 1995.

C'est Michel Guilhamat (1995-2018), qui lui succéda. Cet homme, comme son prédécesseur était également débordant d'énergie. Il redonna un troisième souffle à cette association. Il se distingue avant tout par cinquante ans d'engagement au titre du travail, mais aussi de la collectivité. Alors qu'il assura quatre mandats comme maire de Sazos (1971-1995), il rejoignit l'Économie Montagnarde, d'abord comme Vice-Président durant 23 ans (1971-1994), puis comme Président de 1995 à 2019. Bien formé par ses prédécesseurs, il assura aussi la vice-présidente de l'Association Départementale d'Économie Montagnarde (ADEM). Fédérateur avant tout, il sut s'entourer d'une équipe soudée et compétente que nous avons baptisé «la première équipe de la Ronéo». Il faut d'ailleurs l'entendre parler à ce sujet du travail fourni par cette équipe qui l'entourait, à savoir, Fernand Artigalet, Geneviève et René Clément et Marc Guilhembet alors éleveur à Gèdre.

La première revue est parue en 1971. Elle portera la dénomination de «Dab ets Toys». En collaboration avec le responsable du Service Civil du canton qui encadrait une vingtaine de jeunes de 20 à 25 ans, travaillant bénévolement pendant l'été pour les communes qui en faisaient la demande, comme à Sazos. Ils défrichaient et entretenaient les sentiers, et réalisaient des travaux d'adduction d'eau pour les granges foraines d'éleveurs. Cette revue fut diffusée à Luz jusqu'en 1976. Mais auparavant, l'équipe de la SEM décida d'éditer seule un journal, qui prendra le nom en 1972 d'«En Baredyo».



Ce sont eux qui donnèrent l'impulsion décisive au Journal «En Baredyo» support de l'association, qui fut lancé en 1972. Les doigts noircis par l'encre, cette équipe faisait tout, de la rédaction à la composition. Geneviève Clément avait pour habitude de prendre tout en sténo dactylo, ayant été bien formée à la réputée Hostellerie du Bas Bréau à Barbizon. Bien rôdée à cette pratique, Geneviève a aussi beaucoup contribué aux rédactions diverses des nombreux manuscrits du colonel Druène, qui la recevait régulièrement dans une pièce au sol jonché de tous les journaux qu'il recevait et lisait tous les jours. Michel Guilhamat complétait le tout en dessinant la couverture historique à l'encre de Chine. Puis chacun, à tour de rôle, ajoutait sa feuille sur la pile et le dernier agrafait le journal.

Avec dorénavant «En Baredyo», la relève du bulletin mensuel du Doyenné de Luz-Saint-Sauveur, «En païs de Baretyo» (1950-1960) du curé Maréchal, était donc bien assurée.

L'appel du 4 mai 2018
Lors de cette Assemblée Générale, Michel Guilhamat annonce, avec émotion: «C'est ma dernière séance!» et laisse vacante la place de la Présidence de l'Économie Montagnarde. Son seul regret fut de se retirer sans avoir trouvé un successeur à cette association, et il redouta que le combat ne s'arrête, faute de rajeunissement. Ce ne fut pas faute d'appeler celui ou celle qui «dans son cœur, dans ses veines, dans ses tripes, à poursuivre le témoignage des «anciens», afin de continuer à transmettre cet héritage que nous ont laissé nos prédécesseurs pour les futures générations à venir.» Il termina cet appel en rajoutant cette phrase emblématique: «Parfois résister, c'est rester, parfois résister, c'est partir».
Madame Céline Bonnal fut alors élue et assura la responsabilité de l'association pour une très courte période. S'en suivirent, ce que l'on a appelé «les années Covid» puis, une gouvernance collégiale a pris le relais jusqu'au 24/05/2022, date de la prise de fonction du 5ème président de la SEM.
Quant à nous, nous avons accepté le contrat moral de la transmission. Celui notifié dans le récépissé de déclaration de la constitution de la SEM de Luz-Saint-Sauveur, le 18 avril 1966, ayant pour but: «la recherche, l'étude et la diffusion des données intéressant l'économie cantonale, en liaison avec les organismes collectifs intéressés, pour une mise en valeur rationnelle des propriétés collectives et promouvoir tous encouragements des diverses activités pastorales, touristiques, etc…», en d'autres termes la défense de notre patrimoine Toy. Dans la tradition, le patrimoine, c'est ce qui vient du père…le bien des familles. Le XIXème siècle bourgeois fera muter avec Balzac le patrimoine en propriété, le symbole même d'être au monde. Sauvegarder et diffuser le patrimoine Toy, c'est bien là le contrat moral que nous avons décidé de rappeler.

Sources: Revue de Géographie Alpine. Congrès de la Fédération Française d'Économie Montagnarde. Pierre Préau-Année 1963 - Revue de Géographie Alpine. Eaux et forêts. Inspection de restauration de terrains de montagne. Christiane Marie- Année 1965 - FFEM.Data.gouv.fr – Michel Guilhamat «En Baredyo» S2 2007 et S1 2018
Edgard Pisani

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Fernand Artigalet

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Michel Guilhamat

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à droite : La première revue est parue en 1971

à droite : La première revue est parue en 1971

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en bas : L’équipe de la Ronéo, René et Geneviève Clément

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