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SANTÉ EN PAYS TOY

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Victor VIGNAU modifier

Apothicaire ou pharmacien *

par Philippe CARRÈRE

* Titre complet: VICTOR VIGNAU Apothicaire ou pharmacien & Angèle Lepault-Rinuy sur les pas de son oncle

La famille Vignau fut une grande famille au XIX° et au début du XX° siècle à Esquièze.
J'aurai l'occasion de vous en relater l'histoire dans une future publication.
Parmi les nombreux enfants de Marcel Vignau (1828-1894) et de son épouse Maria Coméra-Lamarque, Grégoire dit « Victor » (1867-1912) fut un des premiers si ce n'est le premier pharmacien de Luz pendant une douzaine d'années de 1898 à 1910. Il laissera comme nous allons le voir, une empreinte de son activité professionnelle débordante.
À cette époque cette profession était en pleine évolution. Entre l'apothicaire herboriste d'antan, les dernières découvertes médicales comme la théorie des germes de Pasteur et l'industrie pharmaceutique qui pointait son nez, les pratiques officinales étaient peu à peu marginalisées. Néanmoins, entrepreneur visionnaire et opportuniste, il se lance dans la fabrication et la vente de produits à base de plantes de montagne conscient de l'impact positif que pouvaient avoir sur les touristes des préparations issues d'une nature si belle et généreuse.
Il élabore ainsi plusieurs produits « pharmaceutiques » et « hygiéniques » s'appuyant sur les vertus des plantes poussant dans le cadre somptueux de Gavarnie et de ses environs (Vallée d'Ossoue).
- Une poudre et une pâte dentifrice.
- Des pastilles énergisantes pour les touristes sportifs à base de café et de Kola (la noix de kola a la propriété d'augmenter le rythme cardiaque).
- Une eau de toilette la « Lavandine ».
Ces produits étaient vendus dans son officine de Luz qui se situait avenue de Saint Sauveur à l'emplacement de celle de Denise Planté que beaucoup d'entre nous ont connue (magasin Oxygène actuel) et dans les principaux hôtels de la vallée, à l'exception des pastilles à la kola disponibles exclusivement en pharmacie.
Un peu plus éloigné du monde médical, quoique l'alcool avait à l'époque des vertus thérapeutiques et sportives qui nous échappent aujourd'hui, il élabora une liqueur nommée « Amer Barégeois aux plantes de Gavarnie ». Cette boisson était concoctée à base de kola et de gentiane infusée ou macérée dans l'alcool et probablement quelques autres végétaux ou écorces glanées dans la montagne. Il proposait aussi « l'Élixir de Gavarnie » macération de plantes dans de l'armagnac et non dans de l'alcool « ordinaire » comme il était formellement précisé dans la notice.
Son « Moka-Kina » était un vin qui contenait du café, de la coca et du quinquina.
La recherche pharmaceutique à l'époque n'avait pas encore tiré les principes actifs des composants de ses préparations, comme la quinine du quinquina qui fut découverte quelques années plus-tard. En revanche les vertus balsamiques, stimulantes, antiseptiques et toniques de la plupart de ces extraits de végétaux étaient connues et indéniables. Toutefois la présence d'alcool et surtout sa recommandation pour l'usage sportif est beaucoup plus contestable vous en conviendrez.
Mais c'était une autre époque.
Témoignage d'une conception moderne de la publicité s'appuyant sur l'image d'un pays authentique et sain, cette affiche avec cette mise en scène de paysans descendants du cirque de Gavarnie, tirée d'une photographie, œuvre de Jean Sempé son beau-frère ou de son neveu Bernard.
Je possède encore le négatif sur plaque de verre de ce tirage. Victor avait mis le paquet sur la publicité: une carte postale et une affiche en carton épais pour l'Amer Barégeois (dont il me reste un exemplaire de chaque) plus un petit dépliant résumant ses préparations, illustré de gravures en noir et blanc.

Avec grandiloquence Victor Vignau décrit ses parois abruptes, ses glaciers et sa cascade, cette dernière qualifiée en bon gascon de « la plus haute du monde ». Au risque de blesser la fierté des Toys, notre belle cascade avec ses 422 mètres n'arrive qu'en quatre-vingt huitième position, la plus haute étant celle du « Salto Angel » au Venezuela (979 mètres plus du double). Il voulait sûrement dire « de France » ! (si on excepte l'Outremer). Nous pardonnerons cette exagération qui avait pour but à juste titre, de convaincre les touristes que des produits puisés dans cette nature puissante leurs procureraient santé et vigueur.
Toute bonne idée étant enclin à être imitée, comme en témoigne une affichette, un rival Couple de paysans ayant servi de modèle toulousain sans vergogne pour l'affiche « Amer Barégeois » vint sur les terres Toyes concurrencer les produits Vignau en se servant pour image publicitaire de ces chers Templiers, qui toutefois n'ont rien à voir comme nous le savons avec l'histoire de Luz ou de Gavarnie. Nul doute que notre pharmacien a dû voir rouge, mais les affaires sont les affaires.

Victor Vignau décédera en 1912 (à 55 ans) prés de Bordeaux. Avait-il cédé son affaire et les formules de ses préparations ? Quelques décennies plus tard Mademoiselle Flore puis Denise Planté reprendront l'emplacement jusqu'en 2016 quand François Héche y installera son magasin Oxygène.

Le 20 janvier 1921, presque un an après son mariage Octavie Rinuy-Vignau, une des sœurs de Victor, donna le jour chez son beau-frère Jean « en la maison Sempé » à Luz, à de vraies jumelles: Angèle et Gisèle. L'histoire ne dit pas précisément pourquoi en ce lieu alors que la famille habitait Esquièze, mais nous pouvons supposer que l'accouchement s'annonçait difficile, la future maman a d'ailleurs failli perdre la vie. Le docteur (Sabail, Macrez... ?) ou la sage-femme (Audréou, Dupré ?) auront préféré l'endroit plus proche de chez eux pour intervenir au plus vite. A noter que ce mois de janvier fut relativement doux et sec, donc pas de neige dans les rues de Luz, ce qui aurait pu perturber les déplacements (source archives Météo France).
Cette naissance fut un tel événement que tout Luz en a parlé, même le curé en chaire durant son sermon le dimanche suivant !

Angèle s'engagea plus tard en pharmacie sur les pas de son oncle Victor. Pendant ses études à Toulouse elle rencontra son futur mari Robert Lepault. Mariés en 1945, ils s'installeront dans la région parisienne où ils participèrent à la création d'un laboratoire pharmaceutique français important (Laboratoire Charles Roux devenu Jouveinal: avec les produits Debridat, Pivalone, Eau Précieuse, tisanes Herbesan).
Hasard et coïncidence de la vie, notre président Maurice Pélégry eut l'occasion pendant son parcours professionnel de vendre les produits de ce laboratoire qui fut racheté plus tard par le groupe « Pfizer » chez qui il fit carrière.

Angèle et Victor sont donc deux personnalités de plus à rajouter au Panthéon des praticiens disciples de Galien nés en Pays Toy.

Avec le concours précieux de Geneviève (fille d'Angèle Lepault) et de Gilles Laurent.

Sources : Archives photographiques et souvenirs Geneviève Laurent - Documents et Photographies Carrére / Sempé - Geneviève Laurent et M.Pélégry.

Légendes complètes :
3 - Boites métalliques joliment décorées aux noms évocateurs de nos Montagnes (Photos Geneviève Laurent)
4 - Très belle famille Vignau de Luz. On distingue sur la gauche, seul sur le porche, Victor Vignau, le pharmacien.

Victor VIGNAU

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Boite métallique joliment décorée au nom évocateur...

Boite métallique joliment décorée au nom évocateur...

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Très belle famille Vignau de Luz...

Très belle famille Vignau de Luz...

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Angèle Lepault-Rinuy

Angèle Lepault-Rinuy

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