logo
dossier

SANTÉ EN PAYS TOY

DOSSIER

La tradition des rebouteux modifier

par Philippe LEBLANC, Anne-Marie MARCHAND, Maurice PÉLÉGRY *

* Transcription de Claire RENARD

Philippe Leblanc :
À côté des médecins et pharmaciens, les rebouteux et guérisseurs avaient une grande importance. Ils n'étaient, ni ne sont à l'heure actuelle encore, ni kiné, ni médecin, tout en ayant un sens inné pour réparer les articulations ou os déplacés, un don sans jamais avoir appris.

L'un des plus connus était Jean Marchand, ici connu sous le nom de Sanyou, nom de la maison.
Je me souviens, mais c'était il y a fort longtemps, une jeune femme qui était sur un chantier du service civil international, s'était foulée la cheville en montant au pic de Viscos. Elle a pu en descendre à grand peine sans faire appel aux secours, à l'époque de toutes façons, pas de portable. Le soir même ou peut-être le lendemain, on l'avait emmenée chez Monsieur Marchand qui l'avait « réparée ».

Joueurs de rugby ou de foot venaient d'ailleurs de fort loin le voir, car sa réputation avait dépassé les frontières du pays Toy.

Anne-Marie Marchand :
Labille est le nom de la maison du père de Justin et d'Antoine, donc ici on l'appelait Labille, c'était l'oncle de mon père.
Tous les lundis, jour de marché à Luz, il venait au café que nous avions à l'époque. Quand il s'est senti très fatigué, il a dit à mon père : « tu n'as qu'à continuer, tu as un don puissant » et c'est ainsi que mon père a réellement commencé. Accepter de se servir du don nécessite une très grande force morale, ainsi que de l'endurance.
Un jour, frappant à la porte, une femme ayant une entorse demande à le voir, mon père n'étant pas là à ce moment, elle me demande : « comment il soigne, avec des prières ? » Je lui dis de revenir, elle verrait bien.
Elle revient, mon père s'occupe de cette entorse et à son départ elle me dit : « je me souviendrai des prières !!! »

Une autre fois, toujours jour de marché, un homme avec un pouce abîmé vient se faire soigner. Il paraît que le pouce, c'est particulièrement douloureux, aussi il tourne de l'œil pendant la manipulation, par chance dans un café il y a toujours un petit sucre avec l'armagnac et le voilà reparti tout requinqué.

Les gens dès qu'ils avaient besoin, pour eux ou pour leurs bêtes, savaient toujours où trouver mon père, même quand il était au pré pour faucher ou faire du bois. Ils le hélaient depuis le chemin du bas ; lui descendait, faisait ce qu'il fallait et remonter continuer l'autre travail en cours malgré la fatigue éprouvée ; je vous l'ai dit, certaines manipulations demandent une grande force physique et sont éprouvantes pour qui pratique.

Confié à Philippe Leblanc par Jean-Claude Mondon :
Antoine Broueilh-Nogué à Cabadur a exercé ses talents jusqu'à sa mort vers 1985. Il y avait un monde fou qui venait le voir, surtout en hiver, car il s'agissait souvent d'accidentés du ski. Il savait tout de suite si c'était une foulure ou un déplacement. Il arrivait même que ce soient des médecins qui envoient le patient chez lui, car eux n'y pouvaient pas grand-chose. S'il ne se faisait pas payer, comme tous les rebouteux, il n'était pas rare qu'on lui donne un beau billet qu'il conservait, si bien qu'il ne touchait pas à sa retraite, qui de toute façon devait être assez modeste. Il avait acquis sa réputation, car il était bon, par le bouche à oreilles « Va voir Antoine à Cabadur, tu verras, il va te soigner ». Il a eu notamment parmi ses clientes une riche américaine, originaire du pays Toy, en cure à Barèges, qui venait le voir, car il avait aussi de grands talents de masseur sans jamais avoir appris. Elle lui avait proposé de lui offrir un voyage en Amérique pour la soigner.
En dehors de son rôle de rebouteux, les voisins paysans faisaient appel à lui pour tuer le cochon, ce que tout le monde ne savait pas faire.
Il était originaire de Betpouey et ce don de guérison est dans la lignée familiale.

Confié à Philippe Leblanc par Maurice Pélégry :
Vers 1972, je crois, j'ai attrapé un genre de brucellose. À l'époque on parlait de fièvre de Malte ou de fièvre aphteuse, j'avais il est vrai une fièvre très élevée et délirante. J'étouffais à cause d'un énorme phlegmon à la gorge et je ne pouvais m'hydrater. J'adorais la viande crue, c'était le début de la mode du steak tartare.
L'histoire de la « vieille », certain dirait « brouche ou sorcière », me faisant avaler une mixture infame composée d'herbes ramassées en montagne (pas sûr qu'elle ne comportait pas de la bave de crapaud) est authentique. La fièvre est tombée. Le docteur Cazaux, notre médecin de famille était absent et mon père, originaire de Betpouey, avait fait appel à une guérisseuse. Cette vieille dame m'a sauvé. J'ignore toujours qui elle est.

Ce dont je me souviens :
Quand le Dr. Cazaux est rentré de vacances, mon état était encore très sérieux et je l'entends dire à mes parents : « infection sévère et très rare chez les humains. À ce jour, je n'ai vu qu'un seul cas, et je n'ai pu le sauver ! ».

Philippe Leblanc :
On fait encore souvent appel aux guérisseurs, en particulier pour soigner le feu des zonas, un domaine où la médecine, même encore maintenant, a du mal à trouver solution pour calmer. Quelqu'un à Luz, mais pas originaire de la vallée, a ce don et beaucoup font appel à lui, même si ce n'est pas toujours couronné de succès. Il y a des personnes plus réceptives que d'autres ; peutêtre faut-il y croire ?
Souvent aujourd'hui on encombre les urgences…

Légendes complètes:
1 - Jean Marchand, connu en Pays Toy sous le nom de Sanyou, soin prodigué à un agneau
2 - Le père d'Anne-Marie tenait à ce que la provision de bois soit abondante

Jean Marchand, connu au pays toy sous le nom de Sanyou...

Jean Marchand, connu au pays toy sous le nom de Sanyou...

Jean Marchand, connu au pays toy sous le nom de Sanyou... fermer

Le père d’Anne-Marie tenait à ce que la provision de bois...

Le père d’Anne-Marie tenait à ce que la provision de bois...

Le père d’Anne-Marie tenait à ce que la provision de bois... fermer


Avis

Laisser un avis sur cet article... (vous devez avoir un compte et être connecté )

Derniers avis reçus :
Aucun avis n'a encore été soumis sur cet article jusqu'à aujourd'hui.
Infos
Tous droits de reproduction et de diffusion réservés aux auteurs - En Baredyo : siège social : Mairie de Luz-Saint-Sauveur