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L'ÉMIGRATION DES TOYS

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L'émigration haut-pyrénéenne modifier

par Gabriel REULET - Président d'ABAU

L'émigration haut pyrénéenne au XIXe siècle: éléments de contexte et exemples
L'émigration pyrénéenne du 19ème siècle est intimement mêlée à l'histoire et au développement de l'Amérique du Sud et des États-Unis, nouveaux Eldorados. L'indépendance des états de l'Amérique du Sud va lancer un mouvement migratoire européen au bénéfice de territoires qui bénéficiaient auparavant principalement d'un peuplement de la part des pays colonisateurs Espagne et Portugal.

Les causes de ce mouvement sont à rechercher des deux côtés de l'Atlantique. Il a fallu d'une part qu'il y ait un appel puissant de main d'œuvre de la part des nouveaux états sud-américains et des États-Unis, et d'autre part, au pied des Pyrénées, des conditions économiques et sociales qui rendent disponibles pour l'exil une population en quête de meilleures conditions d'existence. Des structures vont se mettre en place des deux côtés de l'Océan pour organiser ces déplacements de population.

En France, le docteur Lagneau, (1827-1896), évalue l'émigration de 1854 à 1882 à 207 000 migrants. Mais de l'aveu même de l'auteur de cette étude, les chiffres officiels issus du décompte des passeports sont largement inférieurs à la réalité. En effet le contrôle de l'émigration ne s'exerçait que sur les bateaux emportant plus de 40 migrants et de plus les navires de la Compagnie Générale Maritime étaient exemptés de tout contrôle. Lors de nos recherches, nous avons en effet constaté que les passages des femmes et des enfants étaient généralement difficiles à identifier. Les départements du Sud-ouest seront les pourvoyeurs des plus gros contingents, avec par ordre les Basses-Pyrénées, la Gironde et les Hautes-Pyrénées.

De 1846 à 1911 notre département a perdu 45 000 habitants et ce n'est pas dû à un déficit des naissances par rapport aux décès si l'on se réfère à l'analyse du docteur Lagneau. Le chiffre de 25 000 migrants, avancé par les historiens, est certainement la fourchette basse.

Dans les développements qui suivent, nous aborderons seulement le cas des Hautes-Pyrénées, mais la situation est à peu près semblable dans les Basses-Pyrénées.

L'origine géographique des migrants peut être appréhendée à partir de la base des données (environ 11 000 noms) de l'Association Bigorre Argentine Uruguay (ABAU). Les villes fournissent en nombre le plus gros contingent: Tarbes 877, Vic-en-Bigorre 309, Bagnères-de-Bigorre 266, mais en pourcentage de la population le classement est très différent: de gros villages comme Andrest, Oursbellile et Marseillan voient entre 15 et 24 % de leur population émigrer alors que seulement 2 % des Lourdais, 3 % des Bagnérais et 7 % des Tarbais choisissent l'exil, (chiffres à multiplier par trois pour avoir une idée du volume réel des partants). Outre les villes ci-dessus, les zones les plus touchées sont le piémont pyrénéen, cantons de Nestier (150 habitants quittent Nestier en 40 ans) et Saint-Laurent de Neste, les coteaux, cantons de Trie et Galan, le Nord du département, mais il semble que peu de villages aient échappé à la vague migratoire. Dans le Pays Toy, l'ABAU a recensé une centaine de départs (en réalité sans doute 2 à 3 fois plus), aucun village n'a été épargné.

Les pays de destination
Pour déterminer la destination des Hauts-Pyrénéens, faute d'étude exhaustive récente, les travaux du Docteur Lagneau portant sur les années 1854 à 1882, mais surtout ceux de Christiane Pinède (L'émigration dans le Sud-ouest au milieu du 19ème siècle (Persée) donnent des indications précieuses: ils partent à parts égales vers l'Amérique du Sud (Uruguay et Argentine principalement) et les Etats-Unis (Louisiane et Californie). Pour répondre complètement à cette question, il faut se replonger dans l'Histoire du Nouveau Monde.

De 1840 à 1860, 147 000 français arrivent aux Etats-Unis, dont 40 % à La Nouvelle-Orléans. De nombreux Pyrénéens choisissent cette destination, car les descendants des Acadiens y parlent encore français. De nombreux Bigourdans originaires du canton de Trie s'établirent à La Nouvelle- Orléans, tels Guillaume Tujague et Marie Abadie de Mazerolles, qui fondèrent en 1856 le restaurant Tujague toujours en activité. D'autres, tels les frères Baudéan de Louit dans le canton de Pouyastruc, remontèrent le Mississipi pour s'établir à Cape Girardeau au sud-est de l'état du Missouri. Ils y fondèrent une fabrique de chariots qu'ils vendaient aux aventuriers qui partaient à la conquête de l'Ouest. D'autres poussent jusqu'en Californie, tel Laurent Bonahon, chevrier, qui en 1894 va rejoindre, avec son jeune frère Jules, un groupe de compatriotes d'Arbéost blanchisseurs à San Francisco. Ils traversent la France jusqu'au Havre avec leur troupeau, qu'ils vendront pour payer leur passage.

En Amérique du Sud, c'est l'Uruguay qui lança à partir de 1830 le premier l'appel à la main d'œuvre européenne et principalement du Sud-ouest. En effet en Argentine, le général Rosas, au pouvoir de 1835 à 1852 était profondément antifrançais, et la plupart des migrants s'établirent en Uruguay pendant cette période. La donne changea à l'issue de la Guerra Grande. L'Uruguay était ravagé et le successeur du général Rosas, lança en Argentine une politique d'immigration offensive, offrant aux migrants des conditions d'installation très favorables. Dès lors Basques, Béarnais, Bigourdans et Aveyronnais affluèrent à Buenos Aires de 1851 à la fin du siècle. L'émigration des Pyrénéens vers le Chili, le Pérou et le Venezuela fut plus confidentielle, les documents pour la retracer sont rares.

Les causes locales du mouvement migratoire sont multiples. Bien que le droit d'aînesse ait été définitivement aboli en 1849, il subsista dans les faits pour éviter de morceler des propriétés qui déjà étaient modestes surtout dans les zones montagneuses. Les cadets n'avaient d'autre issue que de se louer auprès des propriétaires plus fortunés ou d'aller grossir le prolétariat naissant des villes, ou encore tenter l'aventure du Nouveau Monde.

Concomitamment, la pression démographique conduisait à l'appauvrissement continu de la population paysanne ainsi que le relevait le Docteur Brougnes dans son ouvrage, paru en 1854, «Extinction du paupérisme agricole par la colonisation des provinces de La Plata». Enfin, les lois de conscription imposaient à ceux qui avaient tiré le mauvais numéro, un service militaire de sept puis de cinq ans. Nombreux sont les jeunes gens qui choisissent d'échapper au tirage au sort et de s'embarquer à 17 ou 18 ans.

Enfin, le regroupement familial, au sens large, conduisait les frères, sœurs, neveux, à rejoindre le membre de la famille qui rapidement avait trouvé une amélioration de sa situation par rapport à celle qu'il avait connue au pied des Pyrénées.

Si la majeure partie des émigrés sont célibataires, souvent du fait de leur jeune âge, nombreux sont les couples qui partent avec toute leur progéniture pour l'Argentine, telles les familles Solans et Dejeane d'Asté en 1854 et 1855 ou la famille Castéran de Bize en 1854.

La question se pose enfin de savoir comment les futurs migrants avaient eu connaissance des possibilités qui s'ouvraient à eux outre Atlantique. Dès 1835 Samuel Lafone, un Anglais d'origine française organisa la venue de Basques et Béarnais à l'aide d'un réseau d'agents recruteurs locaux dans les Pyrénées Atlantiques. Certains de ceux-ci s'installèrent progressivement à leur compte et disposèrent de sous-agents qui vraisemblablement vinrent en Bigorre pour compléter leurs contingents de candidats au départ. De même que les compagnies maritimes et les agences d'émigration bordelaises firent paraître de nombreux encarts dans la presse locale. Certaines, telle la Compagnie Transatlantique, avaient des agents locaux. Ainsi Bertrand Castéran, chapelier de son état à Nestier, fut certainement à l'origine du départ de nombre de ses compatriotes, dont ses trois fils aînés. La monographie de Nestier dressée par l'instituteur Barrère en 1887 fait état du départ de 150 migrants de Nestier de 1847 à 1887 (le village comptait 648 habitants en 1846). De même Jean Védère, expatrié en Urugay pendant 30 ans, demanda en 1900 une licence de sous-agent d'émigration de l'agence bordelaise Colson.

Ministère de l'Intérieur - Direction de la Sûreté Générale-Émigration, sous-Agents. Paris, le 7 juillet 1899. (voir image 3)
Monsieur le Préfet, l'agence d'émigration Colson et compagnie, établie à Bordeaux a manifesté l'intention de donner procuration, pour les opérations relatives à son industrie, à Monsieur Jean Védère, propriétaire à Bagnères-de-Bigorre. Je vous prie de me mettre en mesure de donner à ladite agence, tels avis qu'il y aura lieu, au sujet du susnommé, en me renvoyant après l'avoir rempli, le bulletin de renseignements ci-joint.



Bulletin - Service de l'Émigration (voir image 4)
Védère Jean, né à Bagnères-de-Bigorre, le 5 juillet 1850, propriétaire demeurant à Bagnères. Il n'exerce pas de fonction publique. Situation de fortune: il a des intérêts à Montevideo et à Buenos Ayres, où il a été commerçant pendant 30 ans environ. A-t-il subi des condamnations?: Non. Opinions politiques: Vient de rentrer en France, il y a deux mois. Il est issu de parents Républicains. Observations générales: Monsieur Védère Jean a une bonne instruction. Il est le frère de Monsieur Védère, Receveur principal des Postes à Tarbes. Nom des maisons qui lui ont donné une procuration: il a été à Montevideo pendant plus de vingt ans, courtier des Messageries Maritimes de Bordeaux. Signé: le Sous-préfet Bagnères le 24 août 1899.



L'entreprise du Docteur Brougnes est relativement connue grâce aux travaux de Christiane Pinède, Jeannette Legendre et Robert Vié (membres de l'ABAU), Pierre Accoce. Natif de Caixon près de Vic-en-Bigorre, Auguste Brougnes revient s'installer après ses études de médecine dans son village natal. Pétri d'idées sociales, désireux de participer à l'éradication de la misère paysanne, il part en 1850 en Uruguay et Argentine. Y ayant rencontré Samuel Lafone, il obtient du gouverneur de la Province de Corrientes un contrat de colonisation lui permettant d'envoyer 1000 familles (5000 personnes) dans les anciennes missions jésuites à des conditions particulièrement avantageuses pour les colons: pour une famille, 40 ha de bonne terre, une maison d'une pièce, du bétail, des semences, de quoi subsister en attendant la première récolte. En 1854, il publie l'ouvrage cité plus haut et se lance dans une campagne de recrutement par voie de presse, sur les marchés et avec l'aide de rabatteurs certainement fournis par Lafone, tels les agents d'assurance de La Paternelle, Sicard assureur à Pau, Cabarrou commis greffier à Bagnères, Encausse receveur municipal à Saint-Gaudens. De novembre 1854 à février 1857, il constitue 4 convois, environ un millier de colons, dont une faible partie s'installera en définitive à l'endroit prévu, les autres se dispersant en Uruguay ou dans la région de Corrientes. Douze familles, la plupart d'Asté s'installeront à Yapeyu, une mission jésuite à la frontière du Brésil, où leur souvenir est toujours vivace.

Mais l'entreprise du docteur Brougnes tourna court du fait des incidents dus au non-respect de leurs engagements par les autorités argentines, des tracasseries des autorités françaises hostiles au mouvement migratoire qui privait de main d'œuvre bon marché les notables locaux et enfin du naufrage du dernier navire où se trouvait son dernier contingent. En définitive, seulement 1000 colons partirent par son entremise.

Mais le mouvement était lancé et allait se perpétuer jusqu'au début de la Première Guerre mondiale. La plupart des migrants se sont intégrés dans leur pays d'adoption participant à l'essor de ces jeunes nations. Certains sont revenus dans leurs chères Pyrénées fortune faite, et sont devenus des notables dans leur patrie de naissance, souvent des bienfaiteurs comme Léon Estevenet généreux donateur à de nombreuses institutions de la ville de Tarbes. D'autres reviennent au bout de 10 ans et reprennent leur vie antérieure telle la famille Barrère de Cantaous partie en 1862: Jean-François et Dominiquette ont sept enfants en Argentine, quatre autres après leur retour à Cantaous vers 1872. Quatre d'entre eux prendront le chemin de l'exil: Augustin sera évêque de Tucuman de 1830 à 1952, Jeanne religieuse mourra en 1893 de la fièvre typhoïde au Venezuela à l'âge de 20 ans, Jean-Baptiste frère de la doctrine Chrétienne est à Médellin en Colombie en 1899 et décédera à Bogota, Jean-Louis émigra en Argentine en 1898. Il revient en France pour faire son service militaire et s'installera définitivement en Amérique du Sud en 1911.

Sources:
- Archives Départementales des Hautes-Pyrénées
- Archives privées, famille docteur Brougnes.

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Ministère de l'Intérieur - Direction de la Sûreté Générale

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Bordeaux 1835 - Vue du quai des Chartrons - Louis Burgade...

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