Le mot du président
par Maurice PÉLÉGRY
Le pays Toy est avant tout un pays de tradition orale. Pour de nombreuses générations, la parole et la langue, vecteurs du patrimoine, étaient avant tout une façon de préserver et surtout de transmettre l'histoire. Les veillées, qui ont disparu, permettaient de partager des anecdotes, des récits et des enseignements importants avec les nouvelles générations. On entend, ici et là, que c'est normal, ces merveilleux moments ont été remplacés par les réseaux sociaux.
On appelle cela le progrès. Tout ce qui n'est pas tradition est d'ailleurs progrès. Mais les réseaux sociaux ont une seule vertu, celle d'abrutir le débat public. Ce que l'on appelait, avant, les réseaux sociaux, c'étaient les bistrots de nos villages. En plus de la transmission familiale, c'est dans ces lieux merveilleux que se confortait la tradition orale. Les bistrots étaient un creuset culturel qui favorisait des débats fructueux, un cadre favorable et bienveillant, mais aussi des lieux de mobilisation, parfois de résistance, des gardiens du souvenir. Ils étaient l'expression d'un art de vivre, le lieu sacré du lien. Depuis les années confinées, 500 établissements disparaissent chaque année. Au début des années 1900, la France recensait 500 000 bars-cafés. On en dénombre aujourd'hui, moins de 30 000! Qui se souvient de Denise de Grust, «So de Cazalé» ou de «chez Thomas» à Betpouey? En-dehors du temple de la chopine, ils faisaient aussi office de dépôt de pain et de gaz. Ils étaient le centre névralgique incontournable du village. Pour être le porte-voix de cette mémoire, la dénomination, un peu étriquée, portant le nom d'Économie Montagnarde a désormais épaulé sa parution vedette, «En Baredyo» de deux autres bulletins annuels intitulés «Atau s'apere». À l'inverse de l'oral, ces deux publications se limitent à rapporter un patrimoine écrit, celui enfoui dans les tiroirs de chaque famille. «En Baredyo» se veut le gardien du patrimoine vernaculaire, c'est-à-dire propre au pays et uniquement au pays. Pour cela, il s'appuie sur l'identité, les histoires, les racines, les souvenirs et la vie de nos villages. Chaque numéro est un hommage aux générations précédentes qui nous ont laissé tout ce qu'il y a de plus durable. Ainsi, rapporter le passé nous permet peut-être de nous projeter dans l'avenir, de faire les bons choix. Sans pour autant sombrer dans la nostalgie, ni d'être un obsessionnel du «C'était mieux avant», il n'est pas question dans notre projet, d'avoir les pensées récurrentes et répétitives de la rumination mentale passéiste. Chaque famille a très certainement des archives à faire partager. Notre prochain site pourra permettre de conserver cette mémoire. Dans ce numéro de fin d'année, vous trouverez de nombreux sujets. Nous traitons d'hydraulique et de la ressource eau. Vous trouverez aussi des sujets passionnants, traités par Michel Bartoli, Guy Lacombe ou François Pujo. Nous rapporterons également l'histoire d'un grand cuisinier, très attaché à Gavarnie et à Troumouse, Gérard Bor. Souvent arc-bouté dans ses cartons, Philippe Carrère vous dévoilera les dernières trouvailles des archives Sempé. Nous rendons également hommage à l'un de nos derniers grands connaisseurs du pays, enfant d'Esquièze-Sère, Dominique-Henri Laffont.
Bonne lecture avant tout et bonnes fêtes de fin d'année.
* Verba volant, scripta manent: locution latine, qui pourrait se traduire par «les paroles s'envolent, les écrits restent.»