
L'ÉNERGIE HYDRAULIQUE
DOSSIER
Lacs et barrages
par Philippe LEBLANC
Les lacs en général sont des lieux qui attirent les randonneurs et c'est le cas pour le petit lac de Cestrède. Celui-ci s'atteint en deux heures, deux heures trente depuis le parking de Bué, souvent insuffisant en période de forte fréquentation. Pour le rejoindre, prendre la petite route de Trimbareille en face de l'usine de Pragnères ou à la sortie de Gèdre par Ayrués.
Le lac de Cestrède n'occupe plus aujourd'hui qu'une toute petite place de la vaste plaine qu'il devait recouvrir jadis, zone humide maintenant. D'ici 10 à 15 ans, il aura peut-être même complètement disparu car peu profond, il s'envase considérablement. C'est le sort de tout lac. À plus ou moins long terme, ils disparaissent. Fait en plein gave, avec une digue de retenue sans chasse d'eau, le lac des gaves à Argelès n'existe plus par exemple. Et il serait bien difficile, sauf à supprimer ou ouvrir cette digue, de le rétablir aujourd'hui, car outre la vase, il y a probablement au fond beaucoup de contenu de poubelles, des plastiques et surtout des métaux lourds provenant des mines de la Pennaroya au dessus de Pierrefitte ou des anciennes usines de nitrates.
Le lac de Cestrède, pour y revenir, aurait pu connaître un autre sort. On a fêté en 2024 les 70 ans de l'usine de Pragnères et de ses installations. Il était prévu à la construction de celle-ci un troisième groupe de turbines de grande puissance qui aurait été alimenté par un lac de barrage à Cestrède. Pour bien remplir toutefois celui-ci, on avait envisagé de détourner les eaux de Cauterets, qui a lutté pour ne pas donner ses eaux, et puis il y a eu le Parc National, et ce projet de barrage est «tombé à l'eau», du moins «mis sous le coude». Seul un petit bout de tunnel a été commencé. La plupart des chantiers de Pragnères, et la quarantaine de km de galeries qu'ils comportent, ont été réalisés à l'aide de téléphériques qui ont été démontés quand tout a été terminé. Celui de Cestrède est resté «au cas où» bien plus longtemps que les autres pour n'être enlevé qu'en 1990 en même temps que d'autres «verrues» en ferraille.
Ne reste plus, oublié, que le pluviomètre que l'on peut voir entre Cestrède et Le lac d'Antarouye. Le projet de barrage, sans les eaux de Cauterets, a été réactivé une fois, avant le démontage du téléphérique, et c'est pour cela que vous pouvez apercevoir ces tuyaux métalliques en arc de cercle, sortis des carottages de terrains et études faites en 1987.
Pour le construire, une route était cette fois prévue depuis Bué et on aurait eu alors un site un peu semblable au lac des Gloriettes. La vallée comme Gèdre voyait cela d'un très bon œil et un numéro de «En Baredyo» a été consacré à ce sujet (si quelqu'un a ce numéro, merci de le communiquer pour pouvoir le scanner). Jugé sans doute peu rentable, trop coûteux ou en terrain peu propice, rien n'a été finalement fait. Les eaux du lac de Cestrède sont néanmoins récupérées, comme beaucoup d'autres, un peu plus bas que celui-ci, pour faire tourner le groupe numéro 2 de Pragnères et alimenter Cap de Long. Une visite de l'usine l'explique très bien et, avec des casques virtuels comme aujourd'hui, c'est encore mieux. La Commission Syndicale de la Vallée du Barège (CSVB) a aussi installé dans un ancien transfo au dessus du parking de Bué une intéressante exposition de photos Alix faites lors des chantiers sur Cestrède. Le syndicat d'énergie du pays toy (SEPT) envisage de capter, au niveau du parking de Bué, les eaux du gave pour réaliser une microcentrale à Trimbareille, projet à l'étude depuis maintenant huit ans, mais qui va peut-être finir par aboutir? Outre que c'est de l'énergie verte, une microcentrale comme celle que Luz a faite sur l'Yse est aussi d'un bon rapport financier.
Après Cestrède, vous pouvez gagner le lac d'Antarouye, qui est sans doute un des plus clairs si ce n'est le plus clair des Pyrénées. Il s'agit sans doute, à voir le volume d'eau qui s'en échappe par une belle cascade surtout en fortes eaux au printemps, d'une sorte de résurgence des eaux du ravin du lac noir, un autre lac à découvrir dans le secteur mais assez éloigné.
Le lac Noir est dominé par le pic du même nom et si la plupart des sommets ont des voies normales accessibles, ce n'est pas le cas de celui-ci, très difficile. D'autres petits lacs comme celui de Traoulet, une curiosité géologique selon le guide Louis Audoubert, existent dans le secteur, mais sont peu intéressants et difficiles d'accès. Par le col de Culaus, vous pouvez passer versant Cauterets, mais le ravin est un énorme éboulis où l'on saute sans arrêt d'un rocher à l'autre. Le lac d'Antarouye est prolongé par l'ancien canal de Caubarole. L'herbe était jadis le bien le plus précieux des éleveurs pour nourrir le bétail et ceux ci ont creusé tout un tas de canaux d'irrigation nécessaire pour une seconde coupe, dont certains font plusieurs km.
À Madère les canaux, sans lesquels il n'y aurait pas d'agriculture, ni de population sur l'ile, sont classés au patrimoine mondial de l'UNESCO et en Suisse, on commence même à les remettre en service. Ici, ils sont peu à peu délaissés, car cela demande beaucoup d'entretien et puis la construction de Pragnères et des usines font que ceux-ci ne sont parfois plus alimentés, sans compter la crue de 2013 qui elle aussi a fait du dégât en la matière. Au passage, avec un peu de chance, mais surtout avant l'été et l'affluence estivale ou l'arrivée de troupeaux, vous aurez peut-être la chance d'apercevoir des bouquetins. Ceux-ci font partie de la population de Cauterets introduite il y a dix ans, un autre anniversaire important, car l'animal, trop chassé pour son trophée avait complètement disparu. Il est vrai aussi que contrairement à l'isard qui s'échappe dès qu'il aperçoit quelqu'un, le bouquetin, magnifique grimpeur peu farouche est assez facile à observer quand on tombe sur une troupe, attention à ne pas les déranger quand même.
Légende complète:
2 - Article nouvelle république du 26/12/1990, apparemment c'était une année sans neige.