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Rencontre avec Dominique Henri LAFFONT modifier

docte d’Esquièze-Sère

par Maurice PÉLÉGRY

Selon un acte d'état civil de 1932, le maire d'Esquièze, A.Rivière fait porter au registre de la commune, la naissance de Dominique, Jean, Henri dans la maison de ses parents.
Il est le fils de Jean Laffont, cultivateur né à Esquièze et de Catherine, Angèle Trescazes (So de Gardot), native de Saligos. Il précise que le nom de Gardot est rare, et même s'il existe encore en Lavedan, cette branche est éteinte en pays Toy. Nous avons donc affaire ici à un véritable enfant du pays, qui d'emblée, avec une humilité évidente, ne souhaite pas que l'on parle de lui. Pourtant, il est l'une des dernières références du pays, à la fois omniscient et conteur, témoin éclairé depuis ses années de retraite et passionné par l'histoire de nos vallées. Comme tout le monde peut s'en douter, le patronyme de Laffont (Houn en patois) rappelle la fontaine, la source. Il suffit alors de prononcer le nom Esquièze ou celui de Sère pour constater que cette source regorge de connaissance.
Il fait deux années de primaire, à Luz, dont il ne garde aucun souvenir. À l'âge de huit ans, il quitte son beau village, et n'y reviendra qu'après ses études secondaires et universitaires et aussi après quarante ans de carrière à Paris. Son oncle Boyrie, corrézien, marié à sa tante, était directeur du groupe scolaire de Luz. C'est lui qui conseille à ses parents de l'envoyer dans un collège. C'est finalement St Pé qui sera choisi. Il rentre en 6ème et effectuera sa scolarité jusqu'à la Philo, comme on disait à l'époque. Le baccalauréat en poche, il part quatre ans en faculté de droit à Toulouse et ressort avec une maîtrise. Il passe alors un certain nombre de concours, comme les finances et la poste: «Mais à l'époque, les finances, c'était mal vu».
Brillamment reçu, il entre alors aux PTT et rejoint le ministère concerné, en tant qu'inspecteur, mais surtout comme rédacteur dans le service juridique du ministère. Quand on évoque son nom au pays, beaucoup pensent qu'il est historien. Que nenni! Dominique Henri est avant tout un juriste et il a effectué toute sa carrière comme tel.
«Dès mon arrivée à Paris, je suis reçu par le patron, un grand seigneur, Monsieur Jean Davezac, issu d'une illustre famille des Hautes-Pyrénées, qui me dit: je vois que vous êtes originaire d'Esquièze, mon oncle a été curé d'Esquièze-Esterre. Je me suis empressé de vérifier et j'avoue avoir été très content de trouver à Paris, quelqu'un qui connaissait Esquièze. Il était mon patron, mais nous avions une certaine complicité. Il m'aidait pour mes présentations. Je suis donc resté comme rédacteur juridique dans ce ministère. Cela me plaisait. Je faisais beaucoup de consultations et j'étais souvent interrogé sur la légalité de tous les projets de textes. Petit à petit, j'ai gravi les différents échelons, pour devenir à terme, chef du service juridique et du contentieux du ministère des Postes, avec une trentaine de juristes pour m'accompagner. J'avais une action nationale, et j'aimais les contacts avec les avocats et je plaidais devant les juridictions administratives comme commissaire représentant les PTT. À ce titre, je me déplaçais souvent. Par exemple, quand j'allais à Pau, et que je devais rester pour la nuit, je venais directement à Esquièze».
On peut donc bien comprendre que très tôt, il allait afficher une certaine propension pour l'écriture.
«Pendant toutes ces années, j'ai fait en sorte de ne jamais oublier le patois. J'ai une anecdote à ce sujet. Je me suis retrouvé une fois au quartier Saint-Germain, à Paris et je rencontre un monsieur qu'il me semblait connaître. Je lui dis, on se connaît? Moi, je suis originaire de la vallée de Luz. Il me répond, moi aussi et il ajoute: Asi que poudém parlàt patouès, persoùno nou counéch. Comme moi, il avait la nostalgie du patois. Il y avait d'ailleurs dans la capitale une association énergique du nom des Bigourdans de Paris, qui m'avait demandé lors d'une fin de semaine à Luz, de leur présenter l'église. Cet amoureux de l'écriture a rédigé de nombreux mémoires. Il crée même un journal, Juris PTT, revue juridique relative à la poste, aux télécommunications et aux technologies de l'information»: «Cette revue, qui représentait un travail très lourd, n'a duré que le temps de ma présence. J'aimais écrire, notamment sur le droit des Postes, qui par ailleurs, n'intéressait personne. Il est vrai que pendant les quarante années passées à Paris, je me suis très peu occupé du pays»
Aujourd'hui, Dominique Henri, fait partie des quelques sachants du pays Toy.
Il aime à rappeler ses référents locaux, comme Vincent Raymond Rivière-Chalan, le colonel Bernard Druenne et ses extraordinaires archives disparues, l'historienne Annie Brives, il rappelle aussi l'archiviste et historien Jean-François Le Nail et enfin Jean-Louis Massoure. Pour ce dernier, il ajoute»: « C'est un technicien de la langue. Je consulte souvent son dictionnaire. Mais lui s'occupe avant tout de la partie scientifique, de la syntaxe. Moi, je connais surtout le patois de tous les jours et c'est l'histoire qui m'intéresse »
Ses domaines de prédilection sont le droit et l'histoire locale: «Je me cantonne avant tout à ce que je connais, je suis intéressé par les parties oubliées. Je pense que sur Esquièze-Sère, je suis imbattable, j'ai beaucoup écrit.»
Je constate effectivement qu'il est intarissable sur le sujet. La discussion arrive très vite sur le château, juste au-dessus, il lui suffit de lever les yeux depuis sa fenêtre. J'apprends qu'historiquement, c'est Esquièze qui a dominé. Dans l'Ancien Régime Esquièze et Esterre constituaient la même paroisse. La grande famille Montblanc était originaire d'Esterre. Par la suite, elle est venue s'installer à Esquièze. Jusqu'à la Révolution, il y avait un même curé pour ces deux paroisses. D'après lui, la frontière entre ces deux communes, passe entre les tours du château. Au XVIIème siècle, il y a même eu des gens qui allaient se marier au château. Il cite pour appuyer ses dires, des actes d'état-civil que lui a procuré Céline Bonnal.
« Jusqu'à la Révolution, le lieu était tenu par les pères de Saint-Savin, et le curé d'Esquièze devait s'acquitter de la dîme. Avant le château, il y avait un oratoire qui s'appelait Sainte Marie des Castets, ou de la Batsus. À l'époque, on utilisait les promontoires comme Saint-Orens, Saint-Savin ou Sère. Cet oratoire siégeait sur la colline où se trouve le château, qui n'existait pas. Sère date du 11ème, Luz du 12ème. La construction du château se déroula, au XIème siècle, sous le règne de Centot, comte de Bigorre, et par la suite, le nom de Sainte-Marie fut conservé. C'est étonnant qu'Esquièze ne se soit pas davantage mobilisé pour conserver le château, aujourd'hui acquis par la commune d'Esterre, pour le franc symbolique.
Il y avait d'ailleurs à Esquièze la légende de la danse de Baîard qu'il était interdit de danser si on n'était pas d'Esquièze, même le gendre, qui n'était pas né à Esquièze, n'avait pas le droit de danser. Or, cette danse était liée au château. Et puis, il y a eu les Anglais, venus prendre possession de la Bigorre, après les défaites françaises de la guerre de Cent Ans et la signature du traité de Brétigny, conclu en 1360, entre l'Anglais Edouard III et le roi de France Jean II le Bon. D'après Rivière-Chalan et Druenne, les Anglais étaient bien là, et certains résidents locaux ont même coopéré. Les Anglais furent par la suite chassés. Le château et Esquièze, c'est donc une longue et importante histoire commune, et Esquièze devrait ériger une stèle pour rappeler cette mémoire.
»

Après donc près de cinquante années d'exil, Dominique, Jean, Henri Laffont est de retour dans sa maison familiale, tout près de la place de l'Arole. Après avoir longtemps voyagé, il est alors rattrapé par l'atavisme Toy. La Société d'Etudes des Sept Vallées du Lavedan a publié régulièrement notre Toy dans ses numéros annuels. Celui de 2023 (Lavedan et Pays toy n° 54) traite longuement du village d'Esquièze et de la vallée du Barège au XVIIIème siècle.

En ce qui concerne le dernier thème traité, celui de 2024 (Lavedan et Pays toy n° 55), un ami poète l'avait alerté au sujet d'un article concernant la ville de Luz et la poésie. Il propose alors à cette association, un écrit sur la rencontre à Luz-Saint-Sauveur, de St John Perse et d'Alain-Fournier, auteur du Grand Meaulnes. À l'évocation du premier nom, il lui fut d'ailleurs répondu: «Qui dé aquét»
Ces différents documents sont remarquables de précision et de connaissances historiques. En Baredyo n'a pas voulu être en reste et vous propose dans ce numéro d'hiver, un dossier de notre érudit Toy, sur la chapelle et l'oratoire du château Sainte-Marie.

Notre rencontre avec Dominique Henri Laffont fut exquise, guidée par sa grande gentillesse, une humeur égale et un discours sur un ton mesuré. Je me hasarde à lui demander une conclusion: «Tu sais, je suis parti de zéro et je suis parti longtemps. Grâce à l'amour que j'ai pour ce pays, j'ai pu laisser tous ces témoignages. Néanmoins, j'ai un seul regret, celui de n'avoir pas interrogé mon père».
Dominique Henri LAFFONT

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Blason d’Esquièze-Sère

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