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Le vacher devenu ministre (1ère partie)

par Maurice PÉLÉGRY

Dans notre précédent numéro de juin 2024, un de nos fidèles contributeurs, Dominique Henri Laffont, nous avait présenté, à l'occasion de sa sortie, un travail collectif consacré aux légionnaires, originaires ou non du département. (voir photo 2: "La légion d'honneur dans les Hautes-Pyrénées") Cent personnalités, soit natives de celui-ci, soit ayant un lien direct avec le pays, avaient été honorées. Nous avons pour l'occasion découvert les portraits de: Urbain Cazaux, Antoine-Marianne Castille, le Colonel Bernard Druène, Achille Jubinal, Jean-Pierre Rondou et François Vignole. Cette magnifique réalisation permettait de célébrer le centenaire de la Société des Membres de la Légion d'Honneur, née en 1921. Dans la préface de ce livre, le Président de la section des Hautes-Pyrénées, le Général Guillermin rappelait que la date de la création de la Légion d'honneur, par l'empereur Napoléon 1er, est 1802. C'est le 15 juillet 1804 que l'empereur procéda à la première distribution de la Légion d'honneur, dans la chapelle des Invalides au cours d'une fastueuse cérémonie officielle.



Le Général Guillermin précisait également, que la section 65 avait dû se limiter symboliquement à cent notices, de légionnaires décédés, ce qui a obligé le groupe de travail à faire des choix, nous le concevons bien volontiers. Cependant, quelques nominés n'affichent malgré tout, qu'un lien très lointain avec la Bigorre. Le Général ajoute aussi que bien d'autres auraient mérité d'y figurer. Un homme, bigourdan de naissance, mais Toy par alliance, car marié à Betpouey, a été cependant oublié. Cet homme, qui a fait honneur à la Bigorre, est Maurice, Elie Compagnet, dont l'action et le parcours de vie ont été extraordinaires. Il figure de plus dans la grande lignée de tous ces Bigourdans qui avaient choisi l'immigration. À la fin du XIXème et début du XXème siècle, certains Basques, Béarnais ou Bigourdans avaient choisi préférentiellement les Caraïbes, l'Amérique du Sud ou l'Amérique Centrale, comme terre d'exil. On retrouve de nombreuses familles originaires du Sud-Ouest, installées en Argentine, en Uruguay, au Chili, à Haïti. Très peu avait opté pour l'Afrique, et notamment l'Afrique occidentale de l'Ouest, ancienne AOF. C'est pourtant ce vaste territoire qu'avait choisi Maurice Compagnet. Cet homme a toujours été présent et actif dans trois de ses patries, son cher Louron, la vallée de Labatsus et l'Afrique. En dehors du fait qu'il a accédé à l'ordre des «Mérites éminents», car nommé aux trois grades de la Légion d'honneur, Chevalier en 1947, puis Officier en 1955 et enfin Commandeur en 1965, il a exercé aussi les fonctions de ministre des Finances de la toute jeune République de Mauritanie, de 1957 à 1961.

Maurice Compagnet est né à Génos, dans la vallée du Louron, le 9 février 1906, fils de François Compagnet, cultivateur et de Thérésia Trésarrieu-Anduran, native d'Ayzac-Ost. Après une scolarité effectuée dans son Louron natal, il part très tôt en Afrique, dès 1928. Comme sa mère étant originaire du Lavedan, on le retrouve souvent à Betpouey, chez Soulé, maison dans laquelle, il avait une tante, Marie Eulalie Tresarrieu, épouse de Jacques, Urbain Destrade, et sœur de sa mère. Le 9 janvier 1932, il épouse à Betpouey, Louise Henriette Pélégry, née à Betpouey, le 26 septembre 1909, fille de Henri Pélégry, cultivateur et d'Amélie, Anna, Henriette Destrade, tous deux nés et domiciliés à Betpouey. Il se sent chez lui dans cette maison, à la vocation identique de celle de ses parents, à Génos. Quand il est sur les flancs du Bolou, au-delà du Néouvielle, seulement deux vallées le séparent du Louron. Passionné de chasse à l'isard, les vallons au-dessus de Loudenvielle, comme Clarabide, la Soula ou ceux du pont du Prat étaient ses endroits familiers. Mais, entre deux séjours africains, il était aussi assidu en pays Toy, lors des fêtes du village, du pèle-port, et même pendant le temps des foins et celui du regain.
Après son mariage, il repart alors en Afrique avec son épouse. Il figure parmi les premiers Français à s'être installés en AOF, qui était un gouvernement général regroupant au sein d'une même fédération, huit colonies françaises. De 1895 à 1958, cette fédération a réuni: la Mauritanie, le Sénégal, le Soudan français (aujourd'hui Mali), la Guinée, la Côte d'Ivoire, le Togo, le Niger, la Haute-Volta (aujourd'hui le Burkina Faso), et le Dahomey (aujourd'hui Bénin). Jusqu'en 1902, son chef-lieu était Saint-Louis du Sénégal, puis Dakar. Une organisation comparable, l'Afrique Équatoriale Française (AEF), est instaurée en Afrique centrale en 1910.

Fonctionnaire du mois de juillet 1928 au mois de mai 1939, en Mauritanie, il occupe différents postes à la direction du personnel et au matériel. Par la suite, il est nommé agent spécial au chef-lieu, puis adjoint au Commandant de Cercle pour effectuer toutes les fonctions administratives en brousse, notamment dans le cercle du Trarza. Il donne sa démission en 1939 pour reporter son activité sur une entreprise, celle des Transports Lacombe Frères, dont il devient Directeur. Cette société, fondée par Joanny et Justin Lacombe, effectue depuis 1934, tous les transports pour l'Administration civile et militaire sur les lignes Rosso-Fort Trinquet-Agadir et dans l'Est Mauritanien: Kayes-Hodh-Assaba et Guidimaka. Elle assure également de 1942 à 1944, le ravitaillement en carburant à Atar, pour tous les nombreux avions alliés pour les campagnes de Tunisie, d'Italie et de France. il est promu Conseiller Général, puis Territorial de la Mauritanie (1947-1959), puis Président du Conseil général de 1948 à 1949. Il est nommé par la suite, Grand Conseiller de l'AOF (1947-1952) et membre du Conseil des Notables de l'Inchiri (région administrative de Mauritanie). Il est aussi, Conseiller Municipal de Rosso, alors plaque tournante du commerce sur le fleuve Sénégal, Président de la Chambre de Commerce de Mauritanie, Député à l'Assemblée nationale et enfin ministre des Finances du premier gouvernement de Mauritanie de 1957 à 1961.
Sa carrière autant comme fonctionnaire, que dans le commerce et secteur privé, et enfin en politique fut remarquable. Après avoir été haut dirigeant de l'AOF, il fut coopté par les Sénégalais dans un premier temps, et par les Mauritaniens dans un second temps, pour être ministre des Finances, lors de la célébration de l'indépendance de la Mauritanie, le 28 novembre 1960.

Légendes complètes:
7 - 1935. En violet, l'Afrique occidentale française. En lilas, les autres dominations françaises.
8 - 21 mai 1957 – Premier Conseil des ministres. Maurice Compagnet, seul Européen, à la droite du président de la République élu, Moktar Ould Daddah.


La 2e partie est ici: Maurice compagnet - Le vacher devenu ministre (2e partie)
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21 mai 1957 – Premier Conseil des ministres...

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