Arbres remarquables en pays toy
par Michel BARTOLI
Les livres sur «les plus beaux arbres» ou «les arbres remarquables» se vendent bien. Ces bêtes de concours doivent être gros, que dis-je?, très gros. En fait très vieux, même si 99 % des âges annoncés ne sont qu'estimés. Ils ne devraient pas rester longtemps remarquables, pas longtemps en temps d'arbre, c'est quelques dizaines d'années. Et après, redevenir du gaz carbonique…. Avoir été un top model dans les magazines, être devenu «le plus bel arbre de France» n'y changera rien.
Si, en Pays Toy, il n'y a pas d'arbres estampillés «remarquables», il y en a pourtant de très remarquables. Pas par leurs belles tailles mais pour des raisons qui, elles, sont remarquables.
Mais montrons d'abord qu'il y a de très gros arbres entre Chèze et Gavarnie comme ce sapin de la vallée du Barrada.
Que fait-il là, tout seul au milieu de bien maigres autres sapins? Il y a eu un grand coup de vent, la forêt s'est écroulée sauf un arbre qui a pu grossir tout seul, c'est plus facile. Et une fois les arbres tombés pourris, le gros a semé ses graines et il peut trôner au milieu de ses enfants.
Changeons notre regard sur le fait d'être remarquable et allons voir un de gros blocs calcaires tombés de falaises sur Estaubé ou Coumély par exemple. Certains sont couverts par un… arbre! Un arbre nain, tout tordu, poussant sur le caillou donc très très lentement! Il ne fait que 5 cm de haut, que 5cm de diamètre mais, oui, il est plus que centenaire. Et, celui de la photo est couvert de fleurs!
Vous êtes en train d'admirer le… remarquable Nerprun nain (Rhamnus pumilus pour les botanistes). Ce bonsaï n'est pas le seul arbre nain de la vallée de Barèges. Les autres sont des saules, souvent bien plus petits. Les mêmes saules que ceux qui poussent au-delà du cercle arctique. Les «nôtres», durant la dernière glaciation, sont restées sur les îles de terre qui surnageaient des Pyrénées et ils sont restés là.
Faites attention, n'écrasez pas une forêt en marchant, par exemple, entre Boucharo et la Brèche de Roland.
Remontons au Barrada à partir du Pont de la Crabiou ; à mi-chemin du cirque du Lits, un hêtre remarquable vous attend, parfois gardé par un isard. Attention, sur la photo, il parait géant, il est d'une taille normale. Il s'agit d'un seul et même hêtre, d'abord un jeune taillis avec des brins issus de la même souche. Une ou plusieurs coulées de neige ont successivement renversé deux d'entre eux. Couchés, ils ont continué à prospérer, la neige en cassant des cimes, voilà comment se forme un arbre, à mon avis, remarquable.
Notre dernier arbre toy remarquable est celui que l'on trouve, tout seul, tout au bout du lac des Gloriettes, en vallée d'Estaubé. Mais il est petit, n'a pas les qualités dimensionnelles qu'il faut pour être labellisé… pourtant il est plus que remarquable. Approchez-vous: c'est un pin sylvestre, ces pins au tronc rouge d'ailleurs autrefois appelés «pin rouge». Et alors?
Ramond de Carbonnières (1755-1827), excellent botaniste et écrivain qui fit connaitre Pays Toy, avait repéré que par Tuquerouye, on devait pouvoir accéder au Mont Perdu qu'il vaincra en 1802. Le 25 thermidor an V (11 août 1797), en explorant la vallée d'Estaubé, il observait que «sur tous les ressauts des montagne latérales, on voit le Pin rouge qui y défie la cognée». Il y avait donc des pins sylvestres partout … enfin, les derniers, la cognée ayant fini par gagner. Celui montré est le seul, même aujourd'hui le seul arbre, de la vallée. Comment est-il arrivé là?
Il reste, sur la grande falaise au sud-ouest du lac, quelques pins à crochets qui ont essaimé sur l'éboulis qui est à son pied.
Or, pin à crochets et pin sylvestre s'hybrident… Quand il y avait beaucoup de pin sylvestre à Estaubé, le taux de gènes de sylvestre dans tous les pins y était élevé. Il est resté de ces gènes dans les pins de la falaise et, au hasard des combinaisons génétiques, il y a eu création d'un individu «très» pin sylvestre… N'est-il pas remarquable? Tout seul, avec des parents que les botanistes ne classent pas dans la même espèce que lui!