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Tout le monde dans la vallée a entendu parler, peu ou prou, de François Vignole. Certains même sont convaincus qu'il était Barégeois. De fait, François est né le deux juillet 1914 à Lau Balagnas, troisième enfant de Saturnin Vignole, émigré de la région de Boltana en Aragon pour louer ses services de maçon au moment de la construction de l'usine hydro-électrique de Soulom, devenu «<span class="ins"><span class="it">gendre</span><span class="ins">»</span></span> à Barèges dans la famille de sa femme, Marie Calas, agricultrice au quartier Pourtazous. Il n'est pas certain qu'aux yeux des Barégeois de son époque cette filiation lui ait permis de se revendiquer pleinement comme l'un des leurs… Cependant, Durant son enfance heureuse aux «<span class="ins"><span class="it">près Vignole</span><span class="ins">»</span></span>, quoique rude, à la mesure d'une famille peu fortunée, le jeune François était étranger à ce genre de considérations. Il chaussa très jeune son premier matériel de ski pour aller quotidiennement livrer le lait aux hôteliers Barégeois et son apprentissage du ski fût totalement empirique, alors que cet exercice, qui allait devenir un sport reconnu et enthousiasmant, n'en était qu'à ses balbutiements. François eut l'opportunité d'être pris sous son aile par son instituteur, Urbain Cazaux, ardent promoteur des exercices émergents skis aux pieds, qui n'a pas mis longtemps à percevoir le potentiel hors norme de son élève dans l'abord de la discipline. Celui-ci, en effet, surclassait régulièrement ses copains Barégeois skis aux pieds et, dans les compétitions, faisait souvent jeu égal avec les skieurs plus âgés que lui, en ce compris ceux venus de Cauterets ou du val d'Azun. Une de ses premières victoires régionales date de 1925, à l'occasion du championnat des Pyrénées à Cauterets, où il devait représenter le club de ski Barégeois «<span class="ins"><span class="it">l'Avalanche</span><span class="ins">»</span></span>. Lisez attentivement ce qui va suivre, raconté par François et relaté par Marcelin Bérot dans son ouvrage «<span class="ins"><span class="it">l'épopée du ski aux Pyrénées</span><span class="ins">»</span></span>, c'est à peine croyable<span class="ins">!</span> «<span class="ins"><span class="it">Je me souviens, alors que j'avais onze ans, j'ai voulu me rendre à Cauterets pour participer aux championnats des Pyrénées. Monsieur Urbain Cazaux, qui était mon instituteur à Barèges, aurait aimé m'offrir le billet de tramway, mais il n'avait pas touché sa paye. Je pris donc la décision quand même de partir à deux heures du matin de la ferme où j'habitais au-dessus de Barèges et en ski je suis passé à Luz, puis je suis monté par Sazos, Grust et le col de Riou pour descendre sur Cauterets et m'aligner au départ de la course de fond que j'ai remportée (Pont d'Espagne, aller et retour) sans avoir mangé. L'après-midi, j'ai gagné le saut et le slalom. Je me souviens que le docteur Meillon, président du ski club de Cauterets, m'a demandé comment je comptais remonter à Barèges<span class="ins">:</span> je l'ai rassuré en lui disant que je repartirais très vite par mes propres moyens. J'ai fait dans la soirée le chemin inverse de l'aller et j'ai regagné la ferme Vignole à quatre heures du matin</span><span class="ins">»</span></span> Les exceptionnelles qualités physiques et morale du jeune François et sa passion pour le ski vont déterminer toute sa vie. Ses victoires en compétition vont le propulser au rang des meilleurs champions nationaux dans les quatre disciplines<span class="ins">:</span> fond, saut, descente et slalom. Mais, alors qu'il était pressenti pour participer aux jeux olympiques d'hiver de 1936, à vingt-deux ans, sa carrière de sportif de haut niveau a été stoppée par la maladie. Quand il sortit des hôpitaux, il avait, certes, retrouvé l'usage de ses jambes, mais avec une atrophie de sept centimètres du côté droit, une forte claudication et une jambe un peu folle. A force de volonté et d'entraînement en montagne pour échapper à l'infirmité, François pourra reprendre la compétition avec quelques succès flatteurs, jusqu'en 1950 où il subit une terrible chute dans la descente des championnats de France à La Clusaz, qui mît fin à sa carrière de compétiteur. Diplômé comme moniteur de ski en 1935, il assurera aussi la charge de directeur de l'école de ski de Barèges de 1944 à 1947. Il est manifeste qu'il voulait rester à Barèges, mais certaines circonstances en ont décidé autrement. Il laissera des plumes dans la gérance éphémère du restaurant de la Laquette et beaucoup de ses illusions, après que ses «<span class="ins"><span class="it">amis</span><span class="ins">»</span></span> Barègeois aient fait ce qu'il fallait pour lui compliquer la tâche et verra péricliter son commerce de journaux, souvenirs et magasin de sport qu'il fût obligé de vendre, immeuble et fonds de commerce. Barèges, à qui il avait apporté tant de gloire et de satisfactions sportives l'a, d'une certaine façon, trahi et abandonné au moment où se profilait le véritable essor de la station auquel il n'était pas totalement étranger. C'est en tout cas ce qu'il a toujours pensé. Fort opportunément à un des tournant des plus éprouvant de sa vie, Vincent Mir, maire de Saint -Lary, lui a donné la chance de rebondir, en l'intégrant, en tant que directeur sportif, dans l'organigramme de la nouvelle station de ski de la vallée d'Aure qu'il était en train de promouvoir, où il retrouvera plus tard son ami Walter Jeandel, en même temps qu'il lui mettait le pied à l'étrier pour ouvrir un commerce de bar-restaurant au Plat D'Adet. Évoquer la vie de François Vignole ne peut se résumer pour autant qu'à faire état de ses exploits sportifs. Comme beaucoup de montagnards à son époque issus du terroir, il fût un pêcheur de truites et chasseur d'isards impénitent. Isard<span class="ins">?</span> Il ne se cachait pas pour reconnaître à cet égard une passion excessive qui lui procurait heureusement quelques revenus, alors que le produit de sa pêche de ses poursuites et cueillettes diverses finissait à la table des restaurateurs et hôteliers locaux. Ses aptitudes de montagnard intrépide et sa connaissance du pays Toy et de ses abords lui permirent, pendant la guerre, fait remarquable par ailleurs qui lui valut d'etre promu au rang de chevalier de la légion d'honneur, de faire partie de l'organisation d'évasion vers l'Espagne dirigée par Gaston Heches et il fût un de ces passeurs courageux, téméraires et désintéressés pour conduire les groupes d'évadés et le courrier qui lui étaient confiés. Au crépuscule d'une vie si bien remplie, faute de pouvoir poursuivre ses activités en montagne, sa famille et ses amis étaient devenus ses centres d'intérêt privilégiés et il s'est éteint sereinement chez lui, à Saint-Lary Soulan, le 1er avril 1992, au beau milieu de ses montagnes qu'il avait tant aimées. J'ai connu François Vignole au mois de mars 1968. Cette année-là, les épreuves pour l'obtention de l'examen de capacitaire pour devenir moniteur de ski avaient lieu à La Mongie et la sélection avait été sévère, particulièrement au terme d'une épreuve de descente</span><span class="ins">»</span></span> toute neige tout terrain</span><span class="ins">»</span></span> apocalyptique. Les quinze rescapés devaient participer, peu après , à un stage pédagogique d'une semaine au Plat d'Adet. Lucien Malus assurait la partie théorique et… François Vignole la partie technique. Il avait beaucoup neigé avant notre arrivée et les pentes d'Espiaube n'étaient pas sous leur meilleur abord. Sauf pour François, qui menait le bal à un train d'enfer
!
Manifestement, notre entraîneur ne pratiquait que la ligne droite sauf nécessité de changer de direction. Était-ce de la provocation, de la forfanterie, de l'inconscience<span class="ins">?</span> Sans doute rien de cela. François avait été un fonceur toute sa vie et il nous montrait sa vrai nature en nous incitant à nous dépasser. Il avait été un prodigieux entraîneur pour le club de ski de l'«<span class="ins"><span class="it">Avalanche</span><span class="ins">»</span></span>et il allait être le mentor d'Isabelle Mir. Mais, tout cela, nous ne le savions pas… <span class="sm"><span class="un">Références et iconographies</span>: René Beze (auteur) - Carte postale Alix - Photographies M.Pélégry</span>
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