Accueil
Rechercher
Revues
Articles récents
Les plus lus
Tous les articles
Livre d'or
Participer
Qui sommes nous?
Nous contacter
Abonnements
Ils ont aimé ♥
Cookies et données personnelles
Mentions légales
C.G.U.
Ouvrir un compte
Mon compte
Administration
Se connecter
Se déconnecter
menu
Editer le texte
La création de congés payés, deux semaines dès 1936, a largement contribué au développement du tourisme d'été puis d'hiver. Ces nouvelles lois sociales bénéficièrent assez rapidement au plus grand nombre. L'automobile en tira partie un peu plus tard l'investissement d'un véhicule n'étant pas immédiatement accessible au commun des mortels. La SNCF sut rapidement proposer des offres attractives notamment pour les familles nombreuses désireuses de se rendre pour la première fois sur les plages du littoral et dans les villages de montagne. Cette dernière destination devint au fil des ans un lieu de villégiature, d'évasion, d'exploits sportifs et d'activités multiples. Nul besoin pour certains observateurs d'avoir recours à des cabinets d'études ou de statistiques nationales pour imaginer ce que ce progrès social allait engendrer. Opportunités pour de nouveaux acteurs du tourisme naissant de capter les bénéficiaires de congés en quête de lieux méconnus, de grands espaces, de calme et de distractions. C'est ainsi qu'éclorent les pensions de famille, les hôtels en demi-pension, les campings sous la tente et les premières locations chez l'habitant. Dans les Pyrénées, le Pays Toy enclave montagneuse du Lavedan, riche de sites exceptionnels, bénéficia rapidement de cet engouement pour la montagne. En 1925 nait à Betpouey, quartier du Houyet, dans la famille Abadie une petite fille prénommée Laurentine, quatrième du nom dans une fratrie de six enfants. Ses parents bien que paysans manifestaient semble-t-il un certain sens du commerce. Laurentine n'en était pas démunie puisque très tôt, il y avait huit bouches à nourrir, elle fut placée à l'hôtel Richelieu à Barèges et entretint rapidement de bonnes relations avec son employeur. Plusieurs fois par semaine elle montait à Barèges, assise sur le bat de son âne, emportant les produits de la ferme<span class="ins">:</span> beurre, lait et œufs. Son physique de jeune fille lui permis de jouer de ses formes et de son charme et elle arrivait à l'hôtel en proposant des œufs encore chauds donc du jour. Elle avait trouvé l'astuce de mettre quelques œufs dans un soutien-gorge un peu lâche et de les vendre encore tièdes à sa patronne. En dehors de son activité à l'hôtel/café et de sa présence à l'école, elle participait aux travaux de la ferme au même titre que ses frères et sœurs. Fenaison, traites des vaches, entretien et surveillance des moutons, participation aux tâches ménagères. Sans doute en guise de récompense la laissait-on sortir de temps à autre dans les bals de village du canton. Histoire de se distraire et de s'émanciper. C'est lors de l'un d'entre eux qu'elle croisa «<span class="ins"><span class="it">l'âme sœur</span><span class="ins">»</span></span>. Difficile de dire qui des deux fut le moins timide ou le plus conquérant mais il s'avère que le dénommé Benjamin Nogué, beau garçon, d'approche réservée lui fit la cour et elle lui ouvrit son cœur. C'est ainsi qu'un jour voyant les relations de leurs enfants s'affermir les parents respectifs donnèrent leur accord aux jeunes tourtereaux de convoler en justes noces. Mariage à 24 ans, c'est le bon âge. Cette alliance et la tradition de l'époque imposaient qu'elle suive son aimé lui-même éleveur, et descende habiter chez lui à Esterre. Elle échangeait des parents contre des beaux-parents. Elle s'installa assez rapidement dans sa nouvelle famille et su se faire apprécier en proposant quelques aménagements domestiques afin d'améliorer la vie dans sa nouvelle demeure. Benjamin surveillant d'un œil inquiet mais néanmoins solidaire les travaux de sa jeune épouse. Révolution non pas, mais ils disposèrent enfin de l'eau courante à l'évier et de l'électricité dans le couloir et l'escalier. Façon originale et personnelle d'assoir sa présence dans sa nouvelle famille. Rapidement elle assuma un rôle de maitresse de maison, de paysanne en assistant son mari dans les travaux liés à l'élevage en montagne, et de mère. C'est ainsi que trois têtes blondes vinrent bercer leurs nuits. Trois filles très différentes les unes des autres<span class="ins">:</span> Bernadette, Marie-Christine et Monique. Pas de descendants du nom. Situation pas idéal pour un éleveur dans la perspective de transmettre l'exploitation à ses descendants. Métier agricole nécessitant force physique et une grande disponibilité. Mais la vie est ainsi on ne choisit pas. C'est sans doute assez tôt en voyant les premiers touristes se promener dans les villages et sur les sentiers de montagne qu'elle prit conscience de la difficulté pour une famille de vivre avec pour seul revenu, l'élevage. Elle ruminait déjà en silence une idée qu'elle avait en tête depuis longtemps «<span class="ins"><span class="it">La paysannerie de montagne en cette fin du XXème siècle ne permettrait pas à une famille de vivre décemment. Il faut faire autre chose.</span><span class="ins">»</span></span> Dotée de cette intuition elle imagina assez tôt que le tourisme était une opportunité pour améliorer leur cadre de vie. Financer les études des enfants, mécaniser progressivement l'exploitation. Et pourquoi pas un jour posséder une voiture et abandonner, le mulet, oh combien pratique mais devenant un «<span class="ins"><span class="it">moyen de circulation ancestral.</span><span class="ins">»</span></span> En fait de mieux vivre. Dans cette perspective elle continua à aménager sobrement son environnement. Entreprit de nouveaux travaux dans la maison de son mari afin d'y accueillir des vacanciers en recherche d'authenticité. La maison est grande mais on se serre. Le rez-de-chaussée et le premier étage sont partagés en deux. Moitié pour le propriétaire, moitié pour l'estivant. Dés 1947 mes parents et leur tribu de six enfants, furent dans les premiers, à chercher une maison pour passer les vacances d'été. Camping sauvage, maison familiale, ferme, grange aménagée avaient été expérimentés. C'est ainsi qu'à la suite de divers lieux et villages d'accueil, dans lesquels nous gardons des souvenirs éternels et des amitiés inaliénables, les parents posèrent en 1959 malles et valises à Esterre - Quartier du Pont. En ce lieu habitait la famille Nogué, Benjamin et Laurentine surnommée par tous Titine. Elle n'était connue que de ce surnom et identifiable à distance par la tonalité aigue de sa voix. Un réel passeport… Très vite elle trouva les moyens d'aménager la petite maison mitoyenne à la leur pour y accueillir une famille. Dans ce contexte la promotion des lieux tenait du bouche à oreilles. Sa personnalité accueillante était une seconde nature<span class="ins">:</span> prévenante, chaleureuse et disponible. Au-delà de ces aptitudes elle maniait l'humour avec facilité. Un jour recevant à dormir un jeune couple connu, elle avait placé sur le lit un baigneur en celluloïd le pouce dans la bouche… Ces qualités résumaient son caractère. C'est ainsi que les touristes revenaient et devenaient souvent des amis. Le jour du seigneur la famille Nogué descendait des prés, journée de détente. Après la messe et le déjeuner elle organisait parfois l'après-midi des jeux dans le pré devant sa maison. En fin de journée sa convivialité naturelle l'entrainait à récompenser les participants aux jeux par une soirée beignets. Un tour de main exceptionnel en «<span class="ins"><span class="it">cuisine</span><span class="ins">»</span></span> laissait de ces moments des souvenirs inoubliables. Sans parler plus tard de pique-niques géants le dimanche à plusieurs familles dans leurs prés en altitude. Que de merveilleux souvenirs. Puis elle accueillit les premiers campeurs en quête de silence, dans un pré ombragé derrière la maison, quitte à perdre un peu de fourrage et de tranquillité. Un petit ruisseau passait le long du pré offrant la possibilité d'y maintenir au frais quelques denrées et aux enfants de s'éclabousser, de courir pour tenter de rattraper le bateau de fortune construit avec un cageot. En dehors des randonnées en montagne des vacanciers elle proposait «<span class="ins"><span class="it">aux locataires</span><span class="ins">»</span></span> de découvrir la fenaison. Dans ceux du Bolou, au dessus de Betpouey ils se familiarisait aux râteaux en bois, à la mise en forme des andins, et au chargement de la saoumette ou de la paillère. Quel touriste un peu costaud et bravache n'a pas tenté sous les conseils de Benjamin de monter la saoumette sur ses épaules<span class="ins">?</span> Combien ont-ils réussi à soulever et à porter à travers pentes et rigoles cette masse de foin. Poids moyen d'une saoumette chargée<span class="ins">:</span> 80kg. Un tour de force à défaut d'un tour de rein. Le partage de sa maison durant l'été et l'accueil des campeurs sur leurs terrains étaient une première étape. Un tour de rodage dans la compréhension des besoins et attentes des vacanciers. Puis avec l'aide soutenue de Mme Betbèze, vice-présidente de la Chambre d'Agriculture des Hautes Pyrénées, elle reçut l'homologation de «<span class="ins"><span class="it">Gîte de France</span><span class="ins">»</span></span>. Le premier dans la vallée, elle fit école. Désormais elle existait officiellement et pouvait bénéficier de l'expérience d'un réseau national créé en 1955. Ensuite vint «<span class="ins"><span class="it">le Camping à la Ferme</span><span class="ins">»</span></span> prolongement de l'idée de favoriser la découverte du mode de vie rural à base d'une structure légère et mobile. C'est ainsi qu'elle accueillit des jeunes de 15 à 20 ans, en vacances au Manoir d'Esterre, sous des tentes dans son pré. L'exploitation familiale était petite<span class="ins">:</span> 60 moutons, 10 vaches. Trois filles dont il fallait financer les études et la pension imposaient de multiplier les ressources si petites soient-elles. C'est ainsi qu'un jour au printemps elle diminua drastiquement la surface de son potager pour tenter d'en tirer parti. Elle remplaça les légumes par des fraisiers. Récolte pour le moins saisonnière qu'elle vendait au pâtissier de la vallée, la maison Fourcade et sans doute ailleurs. La durée d'une journée comprenant toujours 24h Titine trouva le temps et les moyens de créer un «<span class="ins"><span class="it">Gîte d'Étapes</span><span class="ins">»</span></span> sur le GR10 passant aux pieds de leur grange du Bolou. Projet à l'époque qui consistait à «<span class="ins"><span class="it">soulever des montagnes</span><span class="ins">»</span></span> cette propriété n'étant accessible que par un sentier muletier. Ne pouvant attendre la réalisation, dates inconnues, d'une piste carrossable prévue depuis Betpouey-Viella les matériaux destinés à l'aménagement du Gite furent héliportés. Une fois terminé le Gîte fut homologué officiellement et resta ouvert de 1980 à 1996. L'agence «<span class="ins"><span class="it">La Balaguère</span><span class="ins">»</span></span> en fit une étape dans l'organisation de randonnées et de treks. Elle participa en même temps à la campagne en cours pour la construction de la piste Betpouey-Le Bolou qui fut prolongée ultérieurement jusqu'au Plateau de Lumière. Désenclavement qui profita à tous les propriétaires de maisons et granges foraines sur ce magnifique versant de la montagne en face du village de Sers. Entre l'éducation de leurs filles, le soutien à l'activité rurale de son mari elle trouvait le temps de se rendre à Paris au Ministère de l'Agriculture pour défendre et soutenir la paysannerie de montagne. Localement Urbain Cazeaux engagé dans la vie locale et politique la soutint dans tous ses projets. Dans le canton des femmes convaincues de la nécessité de bouger, d'entreprendre, s'engagèrent avec elle<span class="ins">:</span> Mesdames Rivière/Arconero de Luz-Esquièze, Agnès de Chèze et Bérangère Labit de Héas. Par l'intermédiaire de la Chambre d'Agriculture Départementale elle se lança ensuite dans un nouveau projet. Entra en relation à Tarbes avec «<span class="ins"><span class="it">Canvas Holydays</span><span class="ins">»</span></span> agence anglaise désireuse de promouvoir un concept d'hôtellerie de plein air en zone rurale. On imagine les contacts «<span class="ins"><span class="it">exotiques et hauts en couleur</span><span class="ins">»</span></span> l'une parlant en patois, l'autre en anglais. Ils se comprirent et un accord fut conclus. Rien ne semblait l'arrêter pour promouvoir les trésors et beautés du Pays Toy. Montage original pour l'époque «<span class="ins"><span class="it">Canvas Holydays</span><span class="ins">»</span></span> livrait chez l'éleveur sélectionné 8 ou 9 tentes contenant deux chambres, des lits, de quoi préparer les repas et éclairer les tentes. Concept étendu à d'autres régions en France. À ce titre elle reçut dans ses prés des touristes anglais pendant plus de dix ans. À leur arrivée l'accueil en «<span class="ins"><span class="it">franglais</span><span class="ins">»</span></span> commençait par le verre de l'amitié, vin blanc et fromages de la région. Elle savait se faire comprendre. Hébergeant les camps de «<span class="ins"><span class="it">Canvas Holydays</span><span class="ins">»</span></span> elle fut solliciter à rencontrer en Irlande, en Écosse et en Angleterre les cadres de l'organisme. Désireuse de faciliter ses déplacements dans la région elle s'inscrivit à des cours de conduite dans une auto-école durant six mois mais subit son premier échec. Benjamin son mari au pied levé fut reçu. En 1976 son engagement dans le développement du tourisme en zone rurale de montagne fut reconnu et honoré par la remise à Esterre des insignes de Chevalier de l'Ordre National du Mérite par M. Étienne Achille-Fould, Conseiller Général et Président de la Fédération Départementale du Tourisme. Malgré toutes ses activités, ses déplacements, elle soignait discrètement un diabète qui l'obligea à se rendre plusieurs années en cure à Royat. Maladie impliquant un traitement régulier pour vivre à peu près normalement. Le sort s'acharna sur elle puisque à l'occasion d'un déplacement de Tarbes à Toulouse en train, le feu prit dans un wagon l'obligeant à sauter sur le ballaste ce qui lui déclencha une crise aigüe de la maladie. Le verdict médical tomba comme un coup de gong seule l'amputation d'une jambe pouvait la sauver. Elle décéda six mois plus tard. Ainsi s'éteignait à 71 ans Laurentine dite Titine. Benjamin disparaissait à son tour cinq ans plus tard en 2001. Cette femme pensa toute sa vie au bonheur de sa famille et voua son énergie au développement touristique de la vallée. L'ayant bien connu je garde une admiration infinie pour cette femme d'action, courageuse, discrète et enjouée. Déterminée à mener ses projets à bien sans recherche des lumières de la réussite. Elle n'avait rien de Tintin sauf l'instinct d'entreprendre et de se battre contre l'adversité.
Plus petit
Espace insécable
Séparation
• Puce
Titre parag.
Titre parag.
Pavé bleu
Pavé orange
Pavé blanc
Publié FB
Voir le résultat (les modifications seront enregistrées)
Liens
Loucrup65
Patrimoine-Lourdes-Gavarnie
Archives 65
O.T. de Luz-Saint-Sauveur
Vallées de Gavarnie
Société d'études des 7 vallées
Infos
Actualités
Infos légales
Les cookies
et données personnelles
Mentions légales et crédits
CGU
Nous soutenir
Participer
Livre d'or
Nous contacter
Ils ont aimé ♥
Nous trouver
La revue papier
Abonnements à la revue
Qui sommes-nous ?
Facebook
Tous droits de reproduction et de diffusion réservés aux auteurs - En Baredyo : siège social : Mairie de Luz-Saint-Sauveur