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Courant mai 2022 le printemps s'étire et avec lui les pâturages se réveillent d'un hiver prolongé. C'est le moment où les rayons du soleil font leur apparition et réchauffent la nature. Les fleurs animent de leurs espèces, leurs couleurs, les près qui verdissent. Les plus rares d'entre elles poussent dans les rocailles, les parois et contribuent à égayer le paysage des montagnes que seuls quelques privilégiés à cette époque peuvent découvrir et admirer. C'est aussi la période où les troupeaux sortis des granges paissent dans les prés au fond des vallées. Fini le foin séché des longs mois d'hiver poussé dans les étables à heure régulière. Les brebis retrouvent ou découvrent la souplesse, la fraicheur de l'herbe nouvelle et le loisir de manger à leur guise. C'est ainsi que le couple Sabatut emprunte avec son troupeau de 282 brebis le sentier qui depuis Pragnères s'étire le long de l'étroite vallée du Barrada conduisant au petit cirque d'Ets Lits, 1700m. En ce début d'année ce site pastoral n'a rien à envier par sa beauté sauvage, ses pentes abruptes, son côté confidentiel à ses illustres et grandioses voisins de Gavarnie, d'Estaubé et de Troumouse. C'est une étape transitoire. Une reprise de contact en douceur avec la nature avant de se rendre fin mai dans les grands espaces du Cirque de Troumouse, 2300m. Lieu de leur «<span class="ins"><span class="it">résidence d'été</span><span class="ins">»</span></span> qu'un certain nombre d'entre elles connaissent déjà pour y être monté en 2021. Une des particularités des ovins est d'avoir la mémoire des lieux dit-on. Mémoire, instinct allez savoir<span class="ins">?</span> Samedi 21 mai - René et Danièle Sabatut empruntent le chemin qui conduit à leur troupeau et qui longe le torrent du Barrada avec ses nombreuses petites cascades et les tours et détours de l'eau. Paysage merveilleux qui laisse augurer celui du paradis<span class="ins">!</span> Occasion de leur monter du sel et de s'assurer que cette reprise avec la nature se passe au mieux. Le fond du cirque est partiellement recouvert de neige, restes des névés et avalanches descendues au printemps. Il n'y a pas de risque de confusions entre troupeaux c'est le seul à y rester. Tout en marchant ils scrutent le paysage à la recherche de leurs bêtes. Mais où sont-elles<span class="ins">?</span> Quelle n'est pas alors leur surprise, leur inquiétude, leur effroi d'apercevoir au loin des corps de brebis jonchant la neige. Le pas s'accélère bien que glissant mais l'approche est déterminée bien qu'inquiétante, impossible, stupéfiante. Sur la neige gisent les corps de brebis mortes, là, pèle mêle. Inquiets leurs regards cherchent en vain vers le haut mais ne voient rien. Ils cherchent de gauche à droite et découvrent en montant au sommet de l'avalanche que dans la rimaye un amoncellement de brebis sans vie est là, entassé les unes sur les autres entre neige et muraille. Que s'est-il passé<span class="ins">?</span> Comme les années passées cette hécatombe ne peut être dû qu'à l'ours sans hésitations, encore lui<span class="ins">!</span> Rapidement ils comptent et recomptent les bêtes en évitant dans ce tas de laine blanche et marron diffus, de pattes entremêlées de les compter deux fois. Ils comptabilisent celles sur la neige et dans la rimaye, 29 ont perdu la vie lors d'un «<span class="ins"><span class="it">dérochement</span><span class="ins">»</span></span>. Rapidement ils constatent que le nombre n'y est pas. 45 sont en vie mais restées bloquées dans la falaise au-dessus et il faut aller les chercher au risque de sa vie. 34 recherchées jusqu'à midi sont finalement retrouvées. Le reste du troupeau est resté clairsemé en bas. Après un décompte précis sur 282 brebis montées au cirque une manquait à «<span class="ins"><span class="it">l'appel</span><span class="ins">»</span></span>, celle dont l'ours s'est vraisemblablement nourri. Courant mai 2022 le printemps s'étire et avec lui les pâturages se réveillent d'un hiver prolongé. C'est le moment où les rayons du soleil font leur apparition et réchauffent la nature. Les fleurs animent de leurs espèces, leurs couleurs, les près qui verdissent. Les plus rares d'entre elles poussent dans les rocailles, les parois et contribuent à égayer le paysage des montagnes que seuls quelques privilégiés à cette époque peuvent découvrir et admirer. C'est aussi la période où les troupeaux sortis des granges paissent dans les prés au fond des vallées. Fini le foin séché des longs mois d'hiver poussé dans les étables à heure régulière. Les brebis retrouvent ou découvrent la souplesse, la fraicheur de l'herbe nouvelle et le loisir de manger à leur guise. C'est ainsi que le couple Sabatut emprunte avec son troupeau de 282 brebis le sentier qui depuis Pragnères s'étire le long de l'étroite vallée du Barrada conduisant au petit cirque d'Ets Lits, 1700m. En ce début d'année ce site pastoral n'a rien à envier par sa beauté sauvage, ses pentes abruptes, son côté confidentiel à ses illustres et grandioses voisins de Gavarnie, d'Estaubé et de Troumouse. C'est une étape transitoire. Une reprise de contact en douceur avec la nature avant de se rendre fin mai dans les grands espaces du Cirque de Troumouse, 2300m. Lieu de leur «<span class="ins"><span class="it">résidence d'été</span><span class="ins">»</span></span> qu'un certain nombre d'entre elles connaissent déjà pour y être monté en 2021. Une des particularités des ovins est d'avoir la mémoire des lieux dit-on. Mémoire, instinct allez savoir<span class="ins">?</span> Samedi 21 mai - René et Danièle Sabatut empruntent le chemin qui conduit à leur troupeau et qui longe le torrent du Barrada avec ses nombreuses petites cascades et les tours et détours de l'eau. Paysage merveilleux qui laisse augurer celui du paradis<span class="ins">!</span> Occasion de leur monter du sel et de s'assurer que cette reprise avec la nature se passe au mieux. Le fond du cirque est partiellement recouvert de neige, restes des névés et avalanches descendues au printemps. Il n'y a pas de risque de confusions entre troupeaux c'est le seul à y rester. Tout en marchant ils scrutent le paysage à la recherche de leurs bêtes. Mais où sont-elles<span class="ins">?</span> Quelle n'est pas alors leur surprise, leur inquiétude, leur effroi d'apercevoir au loin des corps de brebis jonchant la neige. Le pas s'accélère bien que glissant mais l'approche est déterminée bien qu'inquiétante, impossible, stupéfiante. Sur la neige gisent les corps de brebis mortes, là, pèle mêle. Inquiets leurs regards cherchent en vain vers le haut mais ne voient rien. Ils cherchent de gauche à droite et découvrent en montant au sommet de l'avalanche que dans la rimaye un amoncellement de brebis sans vie est là, entassé les unes sur les autres entre neige et muraille. Que s'est-il passé<span class="ins">?</span> Comme les années passées cette hécatombe ne peut être dû qu'à l'ours sans hésitations, encore lui<span class="ins">!</span> Rapidement ils comptent et recomptent les bêtes en évitant dans ce tas de laine blanche et marron diffus, de pattes entremêlées de les compter deux fois. Ils comptabilisent celles sur la neige et dans la rimaye, 29 ont perdu la vie lors d'un «<span class="ins"><span class="it">dérochement</span><span class="ins">»</span></span>. Rapidement ils constatent que le nombre n'y est pas. 45 sont en vie mais restées bloquées dans la falaise au-dessus et il faut aller les chercher au risque de sa vie. 34 recherchées jusqu'à midi sont finalement retrouvées. Le reste du troupeau est resté clairsemé en bas. Après un décompte précis sur 282 brebis montées au cirque une manquait à «<span class="ins"><span class="it">l'appel</span><span class="ins">»</span></span>, celle dont l'ours s'est vraisemblablement nourri. En pareille situation toutes les hypothèses sont faites. Le troupeau dans la panique semble s'être coupé en deux. Un certain nombre de brebis est resté sur le côté et des jeunes sont parties en courant se réfugier sur une falaise pour vraisemblablement éviter l'agression. Les Sabatut ayant déjà connu dans les années passées des disparitions de brebis ont fini par clôturer à leur risque et péril, la pente très raide d'accès à la falaise. Dans le cas présent poussée par l'assaut de l'ours la clôture a cédée sous la panique et le nombre. L'ours les a suivies et en se sauvant les brebis ont sauté dans le vide et sont tombées sur la neige et dans la rimaye. Il est reconnu qu'au printemps les ours sortent d'hivernation à la recherche de nourriture. Premier bilan de l'hécatombe établi par le couple Sabatut abattu avant de descendre rapidement à Pragnères prévenir les représentants du Parc National. Sitôt René et Danièle ayant quitté les lieux du carnage une nuée de vautours fins connaisseurs de «<span class="ins"><span class="it">viande fraîche</span><span class="ins">»</span></span> s'est abattue sur les lieux. À l'heure des communications avec Internet il est toujours aussi troublant de constater que ces volatiles sans aucun moyens techniques peuvent s'abattre en quelques instants sur des cadavres d'animaux venant de passer de vie à trépas. Une approche naturelle et quasi immédiate défiant toutes les technologies existantes<span class="ins">!</span> Dans le monde animal et dans ces lieux sauvages «<span class="ins"><span class="it">le malheur des uns semble faire le bonheur des autres</span><span class="ins">»</span></span>. Le lendemain deux gardes du Parc prêtent main forte pour retrouver le reste du troupeau et établir le constat de perte de 29 bêtes. Les numéros des brebis mortes sont relevés et transmis à une commission qui statuera sur la suite à donner… Accident imputable à l'ours, indemnisation<span class="ins">?</span> Quand et à quelles conditions<span class="ins">?</span> En pareille situation et dans un espace aussi vaste on se met à regretter de ne pas disposer d'un drone pour accélérer les recherches. Mais là aussi les démarches nécessaires à l'utilisation d'un tel outil sont incompatibles avec l'urgence des recherches. «<span class="ins"><span class="it">Nous avons procédé aux relevés et analyses nécessaires, dont les résultats ne seront connus que dans deux ou trois semaines. Nous savons que trois brebis ont été tuées par un prédateur et que les autres bêtes apeurées sont tombées d'une falaise</span><span class="ins">»</span></span>, précise Yves Haure, secrétaire général du Parc National des Pyrénées.</span><span class="ins">»</span></span> Et en suivant la presse écrite et radio se sont fait l'écho de ce dramatique accident<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Près d'une trentaine de brebis ont été retrouvées mortes dimanche dans le vallon du Barrada à Gavarnie, dans les Hautes-Pyrénées. Si les jeunes agriculteurs soutiennent les éleveurs touchés, certains imputent cette nouvelle attaque à l'ours.</span><span class="ins">»</span></span> «<span class="ins"><span class="it">Nous sommes allés faire le constat dimanche, vingt-sept brebis sont mortes, trois sont blessées et deux ont disparu.</span><span class="ins">»</span></span> Si les agents du Parc National des Pyrénées confirment que le troupeau de Baptiste Sabatut, éleveur de Gèdre, a été victime d'une prédation dans la nuit du vendredi 20 au samedi 21 mai, ils ne peuvent encore confirmer ou infirmer s'il s'agit d'une attaque imputée à l'ours.</span><span class="ins">»</span></span> «<span class="ins"><span class="it">Le troupeau d'un éleveur de brebis de Gèdre a été attaqué par un prédateur dans la nuit su vendredi 20 au samedi 21 mai. DDM LA 65</span><span class="ins">»</span></span> Chaque année les Sabatut perdent entre deux et X bêtes. Le constat est impressionnant voir consternant. 13 mai 2019. Leurs vaches paissent sur le Bué, 1 génisse est tuée sur les pentes de cette vallée. Au Barrada 1 bélier et 4 brebis sont tués, 5 ont disparues. 16 mai 2020, au Barrada 2 brebis sont retrouvées mortes et 4 ont disparues. 26 avril 2021, au Barrada 2 brebis retrouvées mortes sont indemnisées et 5 ont disparues. Chaque année il faut se remotiver et nourrir l'espoir d'être oublié des griffes des prédateurs. L'éleveur exerce ce métier pour son indépendance, pour la relation personnelle qu'il entretient avec ses bêtes, le plaisir de partager des moments de vie<span class="ins">:</span> la naissance, la croissance et la mort, la vie au grand air. L'indemnité n'est qu'un pis-aller à son activité. En 2022 dans la folle poursuite de l'ours, indépendamment des 29 retrouvées mortes quatre autres vont être sauvées la cinquième mourra dans l'incapacité de se déplacer. Bilan<span class="ins">:</span> 251 vivantes, 29 mortes, 1 euthanasiée, 1 disparue Alors la litanie habituelle des experts, et surtout de ceux qui ne le sont pas, est déroulée. «<span class="ins"><span class="it">C'est dû à un chien errant</span><span class="ins">»</span></span>. Chacun sait qu'il n'y en a jamais eu ou il y a très longtemps. Dans toutes les attaques de troupeaux de moutons cette hypothèse n'a jamais pu être confirmée. «<span class="ins"><span class="it">C'est dû à une attaque de loup.</span><span class="ins">»</span></span> Les gardes n'en ont jamais vu dans le Parc. Les premiers signalés seraient sur les versants du Hautacam. À prouver<span class="ins">!</span> <span class="bo">Constats à l'issue de ces attaques</span> À l'issue d'une attaque d'ours les éleveurs constatent chaque fois que le métabolisme des brebis est momentanément perturbé. Durant une quarantaine de jours les brebis ne sont plus en chaleur, certainement traumatisées. Constat étonnant en 2021, à l'issue d'une attaque et de la disparition de X brebis ce traumatisme s'est interrompu brutalement au bout du 41ème jour. Pourquoi<span class="ins">?</span> En 2021 lors de la transhumance entre Pragnères et Troumouse. Arrivées à Héas à la nuit tombée les brebis refusaient de monter plus haut. Elles se montaient les unes sur les autres et semblaient avoir peur de tout, de continuer à rejoindre les prairies du Cirque là ou l'herbe est fine, petite et bonne. Les anciennes devraient pourtant s'en souvenir<span class="ins">!</span> Faut-il ajouter que c'est la quatrième année consécutive que le troupeau de la famille Sabatut est attaqué. À ce rythme-là le pastoralisme en montagne disparaitra avant que ne disparaisse l'ours. Que veut-on, que fait-on pour conserver «<span class="ins"><span class="it">nos jardiniers du paysage</span><span class="ins">»</span></span> et leur rendre la profession un peu moins rude et la vie plus attrayante<span class="ins">?</span> En attendant d'être rapidement indemnisé, il faut encore espérer et disposer de trésorerie. Le 23 mai, à l'issue de cette tragédie, les Sabatut emmenaient leurs 251 brebis dans une transhumance bien méritée pour le Cirque de Troumouse. L'air y est plus frais, l'herbe tendre et abondante et les ours n'y sont pas il n'y a pas d'arbres. Dramatique constat qui vient de nouveau montrer s'il en fallait les difficultés et vicissitudes de l'élevage en montagne. Métier astreignant, physiquement éreintant, souvent angoissant et peu rémunérateur qui sans les subsides de l'État et de l'Europe serait en ce début du XXIème siècle invivable. L'évolution de la Société, du métier prouve que lorsqu'un éleveur disparait il devient difficile de trouver un successeur. L'attrait d'un salaire régulier, le poids de tâches administratives spécifiques, fréquentes et nombreuses, des horaires plus compatibles avec une vie de famille, des vacances l'emportent malheureusement sur toutes autres considérations. Viennent se greffer à ces conditions difficiles de vie les rapports avec la «<span class="ins"><span class="it">nature</span><span class="ins">»</span></span>, tels que certains les conçoivent au titre des équilibres ou de fausses raisons. Rappelons qu'en 2020 la population avoisine les 70 ours sur les 2 versants pyrénéens, principalement dans les Pyrénées centrales. (Première introduction, ZIVA, en mai 1996.) Ce nouvel accident, qui succède à de nombreux autres, ne peut qu'accentuer et expliquer le rejet de cet animal sauvage par les éleveurs. Et ceci depuis plus de quinze ans. Comment continuer à exercer ce métier avec sérénité quand il y a le risque fréquent de perdre en quelques instants le fruit de son travail<span class="ins">?</span> Demain faudra-t-il aussi se battre et se protéger des loups<span class="ins">?</span> Par le passé les marmottes en grand nombre avaient élu domicile dans ce petit paradis. Au dernier recensement il en restait 6 au cirque d'Ets Lits. Les ours ne se nourrissent pas semble-t-il que de brebis ou de «<span class="ins"><span class="it">myrtilles</span><span class="ins">»</span></span> leur présence chasse d'autres espèces<span class="ins">!</span>
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