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J'ai rencontré Fernande Pourré et son mari Jean-Marie en août 2016 à Esquièze pour parler de son frère le guide Georges Adagas. Mme Pourré s'est gentiment prêté aux questions réponses concernant son enfance et celle de son frère. <span class="st">La vie à Gavarnie</span> Fernande me détailla la vie rude de paysans à Gavarnie avec le petit cheptel de quatre chevaux et trois ou quatre ânes. Alors que son père Louis Adagas (1890-1970) surnommé Escouret, guide breveté de 1er classe du Club alpin, courrait la montagne avec ses clients, la famille suivait la cadence notamment l'été. Après la coupe de l'herbe le matin, Louis revenait le soir en fin de journée pour enchaîner la rentrée des foins le soir après que l'herbe ait été tourné et retourné par ses enfants. De Pâques au mois de septembre, Georges et Fernande étaient aussi chargés de ramener les montures parties pacager la nuit avant l'arrivée des touristes et de les conduisent au cirque avec les touristes de passage. Fernande, se souvient, avec humour, combien ce travail pesait à Georges. Tous deux partageaient l'amour de la montagne et Fernande attendait avec impatience les rares moments de liberté où Georges l'initiait à l'escalade. Des photographies la montrent encordée avec Georges en montagne au cœur du Cirque. Car Fernande n'avait qu'un regret à quatre-vingt-huit ans<span class="ins">:</span> celui de n'avoir pu suivre son frère dans la voie de gauche de la cascade, la «<span class="ins"><span class="it">Difficile</span><span class="ins">»</span></span> comme elle la surnommait alors. Fernande évoquait aussi sa sœur Angèle âgée de 17 ans décédée prématurément d'une pneumonie dont elle me montre le portrait souriant. Elle insistait sur l'importance du souvenir de ce tombeau à gauche avant d'entrer dans l'église refusant tout remaniement du cimetière. À 14 ans, elle s'engageait aussi dans la résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale. Dans un entretien avec la journaliste Jenny Cuffe pour la revue Pyrénées, elle évoquait ce passé agité au service de la Liberté. Nous transcrivons ici l'intégralité de l'entretien. <span class="bo">Jenny Cuffe</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">En 1942, vous aviez 14 ans. Comment se fait-il que vous soyez impliquée dans ces évènements-là<span class="ins">?</span></span><span class="ins">»</span></span></span> <span class="bo">Fernande</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Celui qui était impliqué était mon frère Georges Adagas car il faisait les passages. Maman et moi faisions un peu les «<span class="ins"><span class="it">éclaireurs</span><span class="ins">»</span></span> pour essayer de savoir où se trouvaient les patrouilles allemandes afin que les passeurs puissent se rendre dans les endroits de rendez-vous. À la maison nous recevions souvent les gens qui voulaient aller en Espagne. Maman leur donnait à manger et puis ils partaient.</span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Jenny Cuff</span>e<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Vous apportiez des vivres<span class="ins">?</span></span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Fernande</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Nous ne portions pas de la nourriture, mais, souvent, des munitions et certaines autres choses, avec un âne. C'était le moyen de transport à ce moment-là. Nous faisions semblant d'aller moudre du grain, dans un moulin, à un kilomètre de la maison, et il nous arrivait de trouver la patrouille allemande. Je tricotais derrière l'âne qui suivait son chemin et j'amenais la marchandise du côté de Coumély où les passeurs m'attendaient.</span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Jenny Cuffe</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Les Allemands vous posaient des questions et vous demandaient ce qu'il y avait sur l'âne<span class="ins">?</span></span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Fernande</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Non, ils nous connaissaient et savaient qu'on allait moudre du grain. Dans les sacs, avec le grain, on mettait du matériel, etc. lls touchaient les sacs et trouvaient le grain. Ils étaient assez sympathiques. Ils nous disaient<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Bonjour Madame, bonjour Monsieur</span><span class="ins">»</span></span>. Nous avions tout de même les «<span class="ins"><span class="it">chocottes</span><span class="ins">»</span></span>. Nous savions qu'il y avait un danger<span class="ins">:</span> celui de se faire prendre.</span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Jenny Cuffe</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Qu'est-ce qui vous serait arrivé<span class="ins">?</span></span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Fernande</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Cela pouvait être grave<span class="ins">:</span> on nous aurait menottés et on nous aurait envoyés dans un camp de concentration. Nous le faisions parce qu‘il fallait le faire, mais cela comportait un risque.</span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Jenny Cuffe</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Vous étiez bien jeune, vous n'aviez pas peur<span class="ins">?</span> Beaucoup de jeunes filles n'auraient jamais osé faire cela<span class="ins">!</span></span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Fernande</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">J'étais effectivement la seule, à le faire parce que mon frère Georges s'occupait des passeurs. Je le faisais sans penser quoi que ce soit. On avait peur, mais maman et moi parlions souvent, avant la nuit, pour aller voir où se trouvaient les patrouilles allemandes et on revenait ensuite, en disant à mon frère<span class="ins">:</span>On ne les voit pas, vous pouvez y aller<span class="ins">!</span></span><span class="ins">»</span></span>. <span class="bo">Jenny Cuffe</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Est-ce que les autres personnes, dans le village, soupçonnaient ce qui se passait<span class="ins">?</span></span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Fernande</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Non, elles l'ont su plus tard et elles ont dénoncé mon frère qui a dû se cacher et faire le maquis. Nous faisions cela secrètement. Il fallait se méfier de ceux qui étaient un peu pour les Allemands, et puis, il y avait la milice. Il fallait donc être très discret.</span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Jenny Cuffe</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Est-ce qu'il y avait un risque que les voisins vous dénoncent aux Allemands<span class="ins">?</span></span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Fernande</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">C'est certain<span class="ins">!</span> Il y avait les pro-Allemands et ceux qui auraient agi par méchanceté<span class="ins">!</span></span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Jenny Cuffe</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Pourquoi votre famille a décidé ne pas être de côté des Allemands, mais de résister<span class="ins">?</span></span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Fernande</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Notre famille n'a jamais été avec les Allemands. . . on était évidemment Français<span class="ins">!</span> Gérard de Clarens, très ami avec mon frère, avait organisé tout cela. Il appâtait les Allemands et, en même temps, il faisait des passages pour que ce soit un peu «<span class="ins"><span class="it">troublé</span><span class="ins">»</span></span>. Il jouait un double jeu<span class="ins">:</span> le jour, cordial, affichant sa pratique pyrénéiste d'aspect anodine et, la nuit, agissant sur la filière d'évasion...</span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Jenny Cuffe</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Dans le village, il n'y avait pas beaucoup de personnes qui auraient fait cela<span class="ins">?</span></span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Fernande</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Il n'y en avait, effectivement, pas beaucoup. Nous faisions cela à cause de Georges qui était avec les passeurs. Gérard et Rémi Lohse venaient souvent manger chez nous.</span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Jenny Cuffe</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Vous étiez courageuse et c'était, peut-être, parce que vous étiez si Jeune<span class="ins">!</span> On ne pense pas trop à la mort à cet âge-là<span class="ins">!</span></span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Fernande</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Non, on n'y pensait pas trop. Cela comportait des risques, mais on le savait<span class="ins">!</span></span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Jenny Cuffe</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Aviez -vous préparé quelque chose au cas où vous auriez été arrêtée<span class="ins">?</span></span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Fernande</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Je ne sais pas, on n'y pensait pas. Si j'avais été arrêtée, il y avait un risque que la famille soit prise en otage<span class="ins">!</span> C'est possible. Ma mère aussi était courageuse. Mais, vous savez, on peut prendre pour du courage ce qui est de l'inconscience<span class="ins">!</span></span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Jenny Cuffe</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Elle n'avait pas peur pour vous<span class="ins">?</span></span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Fernande</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Non, je partais tôt le matin (vers 5 ou 6 heures) en tricotant, avec l'âne devant, tranquille. Ensuite, je revenais à l'entrée de la nuit, mais personne ne se doutait de rien ; j'allais moudre du grain.</span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Jenny Cuffe</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Qui fournissait ce qu'il y avait à manger pour les évadés<span class="ins">?</span></span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Fernande</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Gérard de Clarens, ainsi que Rémi Lohse, s'en occupaient. Je ne sais pas comment ils se sont débrouillés. Personnellement, je faisais ce travail mais je ne les accompagnais pas. Je sais que des jeunes ont souffert, même des passeurs, car ils n'étaient pas trop habitués à la montagne, souvent mal chaussés.</span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Jenny Cuffe</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Les évadés étaient toujours de la région<span class="ins">?</span></span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Fernande</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Non. Certains venaient de loin, de Bordeaux, d'un peu partout. Ils ne voulaient pas partir en Allemagne. Ils s'évadaient en Espagne. Ont-ils réussi après<span class="ins">?</span> Je ne sais pas. On voyait passer des ombres, ce n'est qu'après que l'on a compris la cohérence de la filière d'évasion.</span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Jenny Cuffe</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Vous êtes montée dans les cabanes avec le ravitaillement<span class="ins">?</span></span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Fernande</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Non. On se donnait rendez-vous à un endroit précis (ou à peu près). Ensuite, il y avait quelqu'un qui m'attendait là. On déchargeait la marchandise et puis je repartais tranquillement sans me préoccuper de quoi que ce soit. Eux faisaient le reste. Je n'avais pas intérêt à connaitre tout ce qui se passait dans les cabanes. C'était mieux de cloisonner ainsi les actions pour le bénéfice de la filière.</span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Jenny Cuffe</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Cela s'est passé pendant combien de temps<span class="ins">?</span></span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Fernande</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Je ne me le rappelle pas exactement<span class="ins">:</span> une année à peu près (de 1942 à 1943). En 1944, les Allemands sont partis. Je sais que Georges a pris le maquis… en 1943-1944<span class="ins">?</span> En 1944, il est resté caché dans une grange ici.</span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Jenny Cuffe</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Après la guerre combien de temps vous a-t-il- fallu pour parler de tout cela<span class="ins">?</span></span><span class="ins">»</span></span> <span class="bo">Fernande</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Nous en avons parlé après la Libération, dès que mon frère est revenu du maquis.</span><span class="ins">»</span></span> Fernande va laisser son frère Georges dans la maison Andréou pour s'établir à Gèdre dans le hameau de Ayrues. <span class="st">La vie de famille à Ayrues</span> À 20 ans, en 1948, Fernande quitte son village pour se marier avec Jean-Marie Pourré dont la famille est allée s'établir à Ayrues après avoir vendu sa propriété de Gèdre-Dessus. Une nouvelle vie de labeur commence avec pour Jean-Marie l'entretien du cheptel et pour Fernande celui de la maisonnée. Cinq filles viennent agrandir la famille. Fernande saura s'occuper de chacune d'elle avec un grand dévouement. Allant jusqu'à prendre des cours pour s'occuper au mieux d'une de ces filles souffrantes. Fernande Pourré était courageuse et aimante. Elle dut bien à contrecœur quitter Ayrues il y a sept ans pour préserver sa santé et s'établir à Esquièze. Ensemble, avec Jean-Marie, ils ont parcouru cette dernière période. Au soir de leurs vies, comme s'ils ne voulaient pas se quitter, Fernande s'endormit suivie de 48 heures par Jean-Marie qui ne pouvait assurément pas la laisser seule sur le chemin de l'éternité. Nous sommes heureux de leur rendre hommage aujourd'hui. <span class="sm"><span class="un">Sources</span><span class="ins">:</span> CUFFE Jenny, Gavarnie 1943 (Entretien avec Gérard de Clarens et Rémi Lohse sur l'organisation des évasions vers l'Espagne pendant la guerre), tiré à part, 53 p. (Pyrénées, 2012, n° 249, p. 56-73 et n° 251, p. 48-63.)</span>
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