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En août 1949 mes parents, une amie et leurs six enfants sont obligés de quitter précipitamment la maison familiale en haut de Barèges, sise en face de feu l'hôtel Igloo, une de mes sœurs ayant déclaré la coqueluche. J'ignore toujours comment mon père rencontra en 1949 Jacques Andiole, curé des paroisses d'Esquièze-Sère et Vizos. Voyant notre détresse celui-ci trouva en quelques heures une famille prête à nous accueillir. Maison «<span class="ins"><span class="it">So de Paris</span><span class="ins">»</span></span> à Vizos chez M et Mme H. Labit. Famille charmante dont nous sommes restés très amis. À l'issue de cette rencontre et du «<span class="ins"><span class="it">miracle</span><span class="ins">»</span></span> accompli par ce curé la relation entre J. Andiole et Paul Lacombe fut indéfectible. La rencontre de la Science et de l'Église. Ne pouvant rester en août à Vizos, absence de route, les années suivantes J. Andiole continua à chercher et à nous trouver des maisons chez des familles qu'il connaissait à Viella, Esterre, etc... C'est ainsi que chaque année la première et dernière personne que nous rencontrions au Pays Toy était la personnalité locale que mon père avait révérencieusement surnommé «<span class="ins"><span class="it">le chanoine Andiole</span><span class="ins">»</span></span>. La famille Lacombe au complet allait présenter «<span class="ins"><span class="it">ses lettres de créance</span><span class="ins">»</span></span> à l'homme providentiel. Celui-ci parcourait la montagne par tous les temps, en charge de ses âmes, et contribua grandement à notre enracinement au Pays Toy et à notre amour des Pyrénées. S'en suivit entre eux un échange de courriers qui dura onze ans. Une admiration réciproque entre le monde scientifique et celui de la foi et de l'entretien de l'âme. Ci-après quelques lettres de J. Andiole reproduites intégralement. Quelques blancs avec des points de suspension, correspondent à des mots que je ne sus déchiffrer. Afin de s'imprégner du style et du lyrisme de l'auteur un fac-similé de l'une d'entre elles a été extrait du recueil. <span class="bo">Lettre de Jacques Andiole à Paul</span><span class="ins">:</span> <p class="pbc">Esquièze-Sère, lundi 19 septembre 1949 Cher Monsieur, Bonne nouvelle<span class="ins">!</span> Le collier est retrouvé<span class="ins">!</span> Je vous l'expédie par ce même courrier. Mon frère, le Père Blanc, recteur pour l'instant de Vizos, ce qui me décharge un peu le dimanche, me l'a rapporté hier. (Notre mère avait perdu un collier durant le séjour à Vizos). Un petit bonhomme l'avait retrouvé dans une des petites ruelles de Vizos et, le prenant pour une chaînette, dont il ne soupçonnait pas l'usage, le gardait chez lui et s'en amusait. Et sa famille n'en faisait guère plus de cas que lui. À l'annonce du «<span class="ins"><span class="it">collier perdu</span><span class="ins">»</span></span>, de sa description et de la récompense promise à qui pourrait bien être le collier en question et on l'a apporté au Père Blanc. Elle répond bien à ce que vous m'en aviez dit. Ainsi rien ne se perd à Vizos, et les consciences y sont claires comme l'eau des purs sommets. Et si le retour du précieux bijou de famille fait votre joie à tous et particulièrement celle de Madame Lacombe, il fait aussi celle du Pasteur qui aime bien le ciel de Vizos sans nuages. La famille du petit bonhomme est la famille "Beillacou-Herret". La maison se trouve tout au-dessus de la petite église, en allant à gauche ; elle s'accote contre les soubassements de celle-ci. Le cher Monsieur Labit ne désespérait pas de le retrouver, mais il pensait que les enfants en jouant, les tous petits, l'avaient fait glisser par le trou d'une porte dans une sorte de réduit où il met sa réserve de laine et il comptait, un jour ou l'autre, l'y rechercher. Vous voyez qu'on ne vous oubliait pas et qu'on y partageait vos préoccupations. Mais peut-on vous oublier à Vizos<span class="ins">?</span> Je compte un de ces jours prochains, aller faire ma retraite annuelle dans la Trappe de Ste Marie du Désert près de Toulouse, pour tâcher de me ……(<span class="ins">?</span>) un peu, cependant que vous allez bientôt reprendre vos analyses et vos cornues et que les "odeurs de Paris" vont remplacer l'air pur de nos montagnes. Mais je vous emmène un peu dans ma solitude, je ne vous y oublierai pas ainsi que tous les vôtres, dans mes pauvres prières. Veuillez agréer, cher Monsieur, et me permettre de le dire à Madame Lacombe, l'expression respectueuse de mon fidèle et affectueux souvenir. Jacques Andiole</p> <span class="bo">Lettre de Jacques Andiole à Paul</span><span class="ins">:</span> <p class="pbc">Esquièze - Sère, jeudi 17 novembre 1949 † A. G. P (Ave Gratia Plena) Cher Monsieur, je suis bien en retard pour vous accuser réception de votre chèque postal, envoyé à l'occasion du retour du collier à Madame Lacombe, presque deux mois<span class="ins">!</span> Mais j'ai voulu que la réception de la récompense promise à la petite Beillacou fut, de sa part, suivie d'un remerciement écrit, et cet écrit a mis bien du temps à sortir de la plume. Comme on me le portait, je partais en vacances et en retraite, et j'ai dû attendre mon retour pour écrire à mon tour. Mes vacances ont été longues, mon frère le Père Blanc, pouvant ici me remplacer et me trouvant par ailleurs dans une clôture, où les heures, les journées et les semaines passaient rapides. Quand on a le bonheur rare de se trouver dans le contact d'une âme privilégiée, on n'est pas pressé de finir sa retraite. Enfin me revoici dans ma montagne, qui est en train de prendre ses quartiers d'hiver. Déjà la première neige est passée, mais sans se lier au sol la gelée a croûté toutes les flaques d'eau d'une mince couche de glace. Vizos n'a qu'à lever les yeux pour voir la belle couche blanche qui moutonne toute proche. Ses granges haut perchées en sont bloquées d'une épaisseur d'environ quatre-vingt bons centimètres. Toute la vallée est maintenant ceinturée de blancheur et on revoit avec plaisir la vieille amie, qui nous a un peu faussé compagnie ces années passées. Elle fait du bon travail, elle nous dénicroche de pas mal de vermine… et fume la terre, disent les anciens, mais je n'ose trop l'affirmer… (<span class="ins">?</span>) à la porte de vos laboratoires. Elle rend en tout cas le bon vieux foyer plus intime et cette douceur des soirs d'hiver vaut bien les brillantes soirées de la ville. Mais apprécient-ils leur bonheur, mes Vizotins<span class="ins">?</span> Je ne sais. Je …(<span class="ins">?</span>) doublement, et pour eux et pour moi, vous écrivant le soir, sur mes genoux, dans le silence absolu, et dans une douce température qui me défend du gel sous lequel tout doit craquer dehors. Ce sont des heures de grâce. Mais ne suis-je pas cruel à vous parler de cette paix des choses, ici, songeant que vous avez repris le grand travail et que vous êtes dans le tumulte de la Babylone qui vous prend tout entier sans vous laisser de repos<span class="ins">?</span> Peut-être pourtant que vous vous évadez un peu vers nous et vers Vizos, plus loin peut-être, vers les vallées hautes de Gavarnie, entourées tout à l'heure et pour tout l'hiver, selon le mot de Russell, de blancheur, de silence et d'azur. Je vous laisse un instant dans ce coin qui vous reposera de vos laboratoires et de vos amphithéâtres. Vous ne m'en voudrez pas de vous y avoir ramené. J'achève en mettant à côté du merci de "Noémie Beillacou" (comment la Noémie biblique est-elle montée à Vizos, mystère<span class="ins">!</span>) mon très vif merci pour la part que vous avez faite à mes œuvres paroissiales dans votre chèque. L'emploi en est déjà fait. Mais je ne puis clore ces quelques lignes sans vous prier de dire à Madame Lacombe et à la belle couronne de vos enfants mes respectueux et meilleurs souvenirs. Les heures les plus douces sont bien celles-là, passées à connaître leurs travaux et leurs jeux de la journée, dès votre rentrée du laboratoire. Et Vizos et nos belles montagnes n'ont qu'à prendre rang, bien après la douceur que vous donne ce petit peuple qui vous attend le soir et à qui vous apportez, vous, tant de joie. Veuillez agréer, cher Monsieur, l'expression respectueuse de mes meilleurs et bien fidèles souvenirs. J. Andiole</p> <span class="bo">Lettre de Jacques Andiole à Paul</span><span class="ins">:</span> <p class="pbc">Esquièze – Sère, vendredi 27 janvier 1950 † A G P Cher Monsieur, merci de vos vœux et des bonnes nouvelles que vous me donnez de tous, et laissez-moi aussi partager votre joie de l'acquisition de la maison. (NDGL<span class="ins">:</span> Paul et Milou viennent d'acheter une maison de Bourg-la-Reine 92000) Voici le second miracle que je constate, fait par vous, après Vizos<span class="ins">!</span> Trouver une maison à sa convenance, à cette heure, où les logements sont la lune à prendre, mais ce n'est pas chose possible en ce bas monde<span class="ins">!</span> Vous faites ce que vous voulez avec le bon Dieu<span class="ins">!</span> Il vous aidera encore pour la solution de la seconde donnée du problème, la vente de la maison de Lille. Il achève ce qu'il nous donne de commencer. Je vous promets de vous aider de mes pauvres prières. Merci aussi pour la photographie de la famille Labit, parfaitement réussie. Aimable souvenir de vacances prises aux sources même de la paix<span class="ins">!</span> Quitter Paris fin juillet, et ce surplus le laboratoire chimique et se trouver dans l'air pur de Vizos, au-dessus de tous les relents de toutes les cuisines syndicales, nationales et internationales, sans oublier ceux de tous les jurys d'honneur, mais c'est retrouver un peu le Paradis terrestre perdu<span class="ins">!</span> Comment dès lors ne ferais-je pas le vœu, après celui qui demande pour vous et pour Madame Lacombe et pour tous vos enfants, tous les bonheurs et toutes les réussites, de vous y voir revenir à la fin de cette année scolaire. Ces vacances n'en seront que meilleures, après les brillants succès de vos élèves, après la solution de la question de la maison de Lille…(<span class="ins">?</span>), et que Vizos restera encore sans route carrossable et sans urbanisme<span class="ins">!</span> Mais j'ai à m'excuser d'être en retard pour mes vœux du nouvel an et pour répondre à votre aimable lettre. La raison<span class="ins">?</span> Un voyage dans la plaine qui m'a permis de toucher la terre, car nous sommes ici, en "igloo". Il y a longtemps que nous n'avons vu autant de neige. Je la souhaitais pour la terre, pour refaire nos glaciers qui disparaissaient, pour nos lacs qui devenaient des cuvettes sans eau et pour bien démicrober (…) cet air pur que vous venez demander l'été à la montagne. Nous sommes comblés<span class="ins">!</span> Je n'avais pas vu depuis Gavarnie, des tempêtes de cette sorte, et les magnifiques cascades glacées qui tombent de partout, mais se garde bien de fondre pour la joie de nos yeux. On peut faire du ski dès la porte franchie. Les sports d'hiver ont pu se réaliser dans leur plénitude, qui suppose, hélas, des accidents. Mais le moyen de discipliner les jeunes, dont les forces sont, ils le croient du moins, au-dessus de toutes les tempêtes<span class="ins">?</span> Un jeune homme a été pris dans la tourmente avec un de ses camarades par une petite avalanche, qui les a ensevelis tous les deux. L'on a pu par miracle en tirer un d'affaire et être secouru, mais l'autre n'est pas encore retrouvé sous l'énorme masse de neige. On les avait dissuadés de se mettre en route par ce temps d'enfer, qui balayait de ses tornades des collines mouvantes de neige, ils avaient voulu tout braver. Et le pauvre disparu est fils unique, 23 ans, et allait se marier un de ces jours prochains<span class="ins">!</span> Mais je ne vous ai rien dit de Vizos, où j'ai du reste un vicaire, mon frère, le Père Blanc, qui en a fait son territoire de mission. Ils sont à cette période de l'année dans la plénitude, qui dépasse et de beaucoup la poule au pot du dimanche d'Henri IV. C‘est le moment des pèle porc. Tous "saigneurs et grands saigneurs", car ils ont, tous, leurs deux ou trois animaux à mettre au saloir. Et vous devinez les festins pantagruéliques de ces journées, qui ont les octaves complètes. A Gavarnie, je me souviens que l'on était une vingtaine d'hommes à table, jamais les femmes n'y étaient admises, et le festin durait et perdurait le jour, la nuit et après le café, c'était le thé, ou mieux le punch, et après le vin chaud, et après on pouvait affronter 20° en dessous de zéro, tous se défendaient de toutes les congestions. Jamais la Faculté n'aurait trouvé pareil remède préventif contre le froid<span class="ins">!</span> Je n'ai jamais pu savoir quel était le génial inventeur de ce traitement contre les congestions, à Gavarnie, car ces ripailles les ………. (<span class="ins">?</span>) quasi infailliblement, mais probablement qu'ils n'ont besoin de personne pour cela<span class="ins">!</span> Vous conclurez qu'on n'a jamais fait le tour complet des magnificences de la montagne et de ses montagnards. Il vous reste encore bien des découvertes à faire, mais n'est-ce pas un peu dans l'ordre de vos recherches scientifiques<span class="ins">?</span> Veuillez agréer, cher Monsieur et me permettre de le dire à Madame Lacombe et à tous vos enfants, l'expression respectueuse de mes meilleurs et bien fidèles sentiments. J. Andiole</p>
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