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Le recensement des granges d'Arméntiu sur le plan napoléonien de 1835 ne doit pas faire illusion
:
le peuplement pastoral de ce plateau est bien antérieur à cette date. Nous repérons la date "1678" burinée sur une large pierre soutenant le mur du chemin communal. Marcel Lavedan nous explique dans son ouvrage «
Les vallées du Barège. Monographie des origines à 1940
»
qu'il ne s'agissait pas d'une date anodine. En effet, après un hiver rigoureux, le mois de juillet 1678 fut marqué par des pluies torrentielles qui ravagèrent Labatsus. Un article de la revue «
Lavedan et Pays Toy
»
souligne l'étendue des dégâts causés par le torrent qui emporta «
trente-cinq maisons ou bordes, onze molins et les predz champs inapresiables (…).
»
La même année, à Arméntiu, des hommes gravèrent leurs initiales aux côtés de cette date
:
"C G R P Y". Quels hommes prirent le temps de graver ces lettres sur un mur de soutènement
?
Les consuls du vic de Darrelaigue pour marquer cette funeste année, peu vraissemblable
?
On pense plutôt aux paysans ayant acheté les facultés d'essarter les terrains et prenant le temps de construire des murets pour façonner un chemin muletier. Les Rabau, Clousère dont on trouve la trace au début du XVIII° siècle, les Crampedebat ou les Caussilet Palu pourraient être les signataires. Enfin, nous faisons l'hypothèse d'une trace laissée par la famille de Pinogué ou Pénogué. Annie Brives, dans l'ouvrage «
Pyrénées sans Frontières
»
, identifie la fratrie «
Jean Pinogué, natif de Sazos, résidant à St-Gavens en Espagne
»
et son frère aîné «
Ignace Pinogué
»
demeurant lui au village paternel. Pour notre part, nous retrouvons en 1845 le nom de Bernard Marque Pénogué, héritier à Sazos, comme propriétaire d'un abri primitif appelé Ayoudisse, ainsi que de la grange dite Garriel au plateau d'Arméntiu. Cette famille de cultivateurs originaires de Sazos désignés par le nom de Pinogué, puis, plus tard, par Pénogué put selon toute vraisemblance avoir souhaité laissé un témoignage de leur passage. Tout au moins, ont-ils délégué l'inscription à l'un d'entre eux sachant utiliser le poinçon et connaissant des rudiments d'écriture. Enfin, l'emplacement de choix de ces initiales semblait connu des usagers d'Arméntiu. A tel point que la date de "1718" semble y avoir été adjointe. Cependant, quelles raisons ont décidé ces hommes de Sazos ou de Sassis à défricher ces pans de montagne
?
Tout d'abord, la nécessité de se nourrir, d'entretenir du bétail imposaient de gagner des arpents de terre sur la montagne. En 1708 Guilhem Loubère de Luz, et François Lapene de Sazos essartaient un journal de terre labourable dans le bois de Horgues près du rocher des Aguileres. Nous trouvons également une vente «
au territoire de Armentieu
»
contractée en 1704 entre Jeanne de Clousere d'une part et d'autre part «
Marie et Dominique d'Arrabau mère et fils paisans de Luz
»
(sic). Il s'agit de «
quatre journaux de terre (…) presque inculte
»
. Il jouxte un terrain appartenant à la famille Crampedebat. La pression pastorale semble avoir atteint son summum au XVIII siècle. Le secteur d'Arméntiu constituait un endroit propice pour plusieurs raisons. Tout d'abord, le plateau pouvait fournir une récolte de foin non négligeable. En effet, une exposition ensoleillée favorisait le séchage des brassées d'herbe. D'autre part, la présence du Mensounyè permettait de mettre en place un réseau d'irrigation en s'appuyant sur les courbes de terrain. Les paysans commencèrent par bâtir des abris rudimentaires. Progressivement, ces cahutes se muèrent en cabanes. La construction des granges proprement dite pourrait dater du XVIIIe siècle. Celle de Jacques Caube, Maison Garriel, porte deux mentions dont "1731". Pour alimenter le plateau en eau, les paysans canalisèrent la source à proximité. Conjointement, ils réalisèrent des murets pour délimiter les zones de travail, retenir la terre dans les prés et ainsi prévenir l'érosion des sols. Ils endiguèrent les mouvements du bétail en bâtissant des chemins bornés de murs en pierres sèches. Ils protégeaient ainsi les champs des intrusions animales. En outre, les nombreux pâturages d'altitude rendaient cette montagne accueillante et définitivement favorable à l'activité pastorale avec un maillage d'abris primitifs. Finalement, un réseau de sentiers se mit en place prenant en compte les différents déplacements des hommes et des troupeaux. Un chemin communal menait, au Nord, à Sazos par Bernazaou. En contrebas des granges, il descendait à l'Agnouéde et Sassis. Au Sud, un autre desservait la propriété Palu. Plus loin, une bifurcation gagnait de l'altitude pour rejoindre la Hougarouze. Enfin, le long du Mensounyè, on accédait par un pré communal à la propriété Puyo et au pont du même nom. C'étaient alors les paysans du plateau d'Arméntiu.
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