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Pierre Majesté 12 février 1930 <span class="stb">Le gendarme photographe</span> Soutien de famille, j'ai été dispensé de faire les classes réglementaires en mars 1950. Puis, je m'engage comme volontaire dans le corps de la gendarmerie en octobre 1958. Je deviens gendarme titulaire le 4 mai 1959. <span class="stb">Le départ</span> Puis, le 11 novembre 1958, j'embarque sur un bateau au départ de Marseille (la ville où je suis né) en direction d'Oran. Je ne me souviens pas d'avoir été aussi malade, une horreur. La traversée a duré des heures, la mer devait être mauvaise, je ne sais pas. <span class="stb">L'affectation à Bougie</span> J'ai été affecté pour de longs mois (49 mois) à la brigade de Bougie. C'était devenu mon casernement principal pendant 4 ans. Bougie est aujourd'hui appelée Béjaïa. C'est une commune située au bord de la mer Méditerranée. Elle avait une grande importance car une zone portuaire importante s'y trouvait. Bougie permettait les échanges et la vente des productions régionales de l'arrière-pays de la Kabylie (minerais, vins, figues, prunes et liège), dans les années 1960, un oléoduc a permis d'exporter du pétrole. <span class="stb">Les opérations militaires en Petite Kabylie</span> À partir de la base militaire de Bougie, nous avons effectué plusieurs missions de sécurité. Le plus souvent, il s'agissait de surveiller les abords du port. Nous devions aussi assurer le bon déroulement des transports ferroviaires. Il s'agissait de la ligne reliant Bougie, via Constantine à Alger. À l'intérieur des trains, se trouvaient d'innocents voyageurs. Je n'ai pas assisté à des attaques sur ces transports. Je me souviens vaguement avoir été en poste à Beni Outilane à 1200 mètres d'altitude<span class="ins">:</span> un village à 80 km au nord-ouest de Sétif en Petite Kabylie. Une autre fois, je suis arrivé avec mon unité après un incident violent au casernement de Merissaure (<span class="ins">?</span>) où les baraquements avaient été soufflés par une explosion<span class="ins">:</span> la cabane principale n'avait plus de toiture. J'ai aussi emprunté en convoi motorisé des gorges rocheuses dangereuses<span class="ins">:</span> elles sont nombreuses dans les plateaux de Petite Kabylie. Notamment, les gorges de Kerrata qui relie Bougie à Sétif à travers une région très hostile<span class="ins">:</span> sur 6 kilomètres, des parois abruptes dominent la route nationale sur plusieurs centaines de mètres de hauteur. Dans cette faille, l'homme a construit cinq tunnels et un viaduc. Par chance, sur ce parcours difficile, cela s'est bien passé pour moi. Finalement, je n'ai pas été affecté à des missions pédestres ou alors très peu de temps. J'ai connu, cependant, un incident de parcours, un seul. Une journée, lors d'un convoi motorisé en direction de Constantine, nous avons sauté sur une mine. Je me souviens d'un grand bruit tonitruant<span class="ins">:</span> la voiture s'est soulevée et nous avec. Nous avons été quasiment indemne, j'ai eu une blessure à la jambe, mais je n'ai pas voulu être pris en charge, je n'ai pas cherché à me faire porter pâle. C'est comme cela<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">j'ai eu beaucoup de chance dans ma vie</span><span class="ins">»</span></span>. <span class="stb">Le métier de gendarme photographe</span> Un jour, mon supérieur m'a proposé un stage de gendarme photographe. L'arrivée de la photographie dans la gendarmerie date de l'après-guerre, en 1946, un centre de préparation militaire avait créé en Mayenne. Aujourd'hui, encore de jeunes gens deviennent des photographes officiels du ministère des Armées. Bien-sûr, j'ai accepté. Je suis parti en stage six mois, placé sous le commandement du SCA (le Service cinématographique des armées). À mon retour à Bougie, j'ai été opérationnel immédiatement. J'embarquais quotidiennement à bord d'un hélicoptère pour des zones ciblées et je faisais mon travail<span class="ins">:</span> photographier les objectifs que l'on m'assignait. <span class="stb">La flotte héliportée de Bougie</span> C'est en juillet 1957 que les trois escadrilles d'hélicoptères légers et les trois d'hélicoptères moyens H-21 du G.H. 2 sont dissoutes pour former les cinq D.I.H. composés de deux escadrilles mixtes opérationnelles aux ordres du chef d'escadron Déodat du Puy-Montbrun, d'une escadrille mixte réservée et d'une escadrille d'hélicoptères légers. Les D.I.H. interviendront en divers points du Constantinois<span class="ins">:</span> Sétif, Tébessa, Touggourt, Philippeville, Guelma, Bône, Oued-Hamimin, Bou-Saâda, Béni Messous, Arris, Djidjelli, Biskra, Bougie et Souk-Ahras. Ils sont employés aussi dans le Sud-Algérois à Djelfa, Négrine et Laghouat. Frédéric Bos, «<span class="ins"><span class="it">Les détachements d'intervention héliportés dans la guerre irrégulière</span><span class="ins">»</span></span>, Stratégique 2009/1-2-3-4 (N° 93-94-95-96), pages 445 à 459 De retour au sol, je devais m'occuper du tirage des clichés<span class="ins">:</span> j'effectuais ce travail seul comme on me l'avait appris au cours du stage, mais dans des conditions difficiles liées aux contraintes opérationnelles de la guerre et dans des conditions de production rustiques<span class="ins">:</span> je n'avais pas à proprement parler de laboratoire photo. Mes nouvelles missions évoluaient<span class="ins">:</span> j'étais finalement un gendarme au service du renseignement, un rouage indispensable pour la conduite du conflit militaire. Lors de cette période d'engagement, j'ai croisé Michel Guilhamat qui travaillait également au service du renseignement. <span class="stb">Le renseignement en Algérie</span> Durant la guerre d'Algérie, la gendarmerie mobile ne se contente pas d'exercer ses missions traditionnelles de maintien de l'ordre mais assume de nombreuses charges. Parmi celles-ci, le renseignement fait partie des préoccupations constantes des autorités civiles et militaires. Intégrés au vaste dispositif de quadrillage du territoire algérien, les gendarmes mobiles sont présents à toutes les étapes du cycle de renseignement. Ceux-ci interviennent en unités constituées (pelotons, escadrons) ou par détachement individuel (brigades, commandos de chasse, officier de renseignement). De même, un système de roulement se met en place avec les escadrons de métropole. Au cours du conflit, la nature des renseignements demandés évolue avec l'émergence de menaces nouvelles<span class="ins">:</span> les recherches sur l'OAS s'ajoutent à celles sur le FLN. […] Dans les commandos de chasse, notamment au détachement héliporté d'exploitation de renseignement, ils bénéficient directement des informations recueillies pour infliger des pertes à l'ennemi. Détachés comme adjoints à l'officier de renseignement, ils tendent à se spécialiser dans ce type d'activité. [….] Benoît Haberbusch, «<span class="ins"><span class="it">Renseignement et guerre d'Algérie, le rôle de la gendarmerie mobile</span><span class="ins">»</span></span>, Revue historique des armées , consulté le 06/01/2021 Je me souviens de cette période comme quelque chose de passionnant<span class="ins">:</span> j'adorais voler. En plaisantant, je disais vouloir gagner de l'argent pour pouvoir m'en payer un de ces «<span class="ins"><span class="it">oiseaux</span><span class="ins">»</span></span>. Nous avions de bons pilotes, je n'ai jamais eu peur en vol. Et puis, c'est comme cela, il fallait l'accepter<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Ça va ou ça va pas.</span><span class="ins">»</span></span> <span class="stb">Le retour d'Algérie</span> Je ne me souviens pas avoir eu beaucoup de permissions lors de cette longue période d'engagement militaire (plus de 4 ans au total), il faudrait vérifier dans le livret militaire, je ne me souviens plus. J'ai eu de bons camarades, de toutes façons, il fallait faire avec, nous restions toujours dans la caserne. J'aurais pu avoir de l'avancement dans la hiérarchie militaire, mais ce n'était pas ma préoccupation. Je suis resté et je resterai toujours Pierrot le berger de la famille. Néanmoins, à ma démobilisation, j'ai fait carrière comme gendarme. J'ai été affecté le 1er novembre 1962 à Puy-L'évêque dans le Lot. Cinq ans plus tard, en 1967, j'ai eu un poste à Tarbes à la BT (brigade territoriale). En 1977, un stage militaire de photographie à Paris m'a permis de devenir un photographe enquêteur. Mon travail m'a même mené en Espagne pour solutionner des homicides. En février 1985, j'ai pris ma retraite en Pays Toy à Esterre. <span class="stb">La passion de la photo</span> L'amour de la photographie ne m'a pas quitté. Toute la vie, j'ai photographié la famille, la nature sans relâche. Je grimpais sur les sommets, même à 4 pattes, pour aller voir ce qu'il y avait derrière et je prenais inlassablement des photos. C'est moi qui est fait le portrait de ma mère chérie Laurentine, je l'ai développé et encadré<span class="ins">:</span> j'en ai été très content. Comme un signe du destin, je garde dans mon portefeuille, une photographie de 1939 offerte par un touriste. Il m'avait photographié à la cabane de Croutsilhe, moi le petit Pierre. <span class="sm bo">(photo 3)</span>
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