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Émile Labit né le 15 mars 1938. Carte du Combattant. Médaille commémorative AFN. Certificat d'élite. Brevet militaire de Parachutiste. Titre de reconnaissance de la nation (opérations de maintien de l'ordre en Afrique du Nord). <span class="st">Le conducteur parachutiste</span> <span class="bo">Les classes dans le Gers</span> Le 3 mai 1958, je suis parti à Auch pour faire les classes au Groupe de transport aéroporté (GT 505 Régiment Du Train). Je me souviens des grèves qui, à l'époque, ont retardé mon arrivée au camp. Là-bas, il m'a été proposé de me spécialiser en faisant un stage de trois semaines pour apprendre à sauter en parachute. J'ai accepté, immédiatement, cela reculait d'autant mon départ en Algérie. N'étant pas encore incorporé, j'ai pu bénéficier d'une permission de deux ou trois jours à Vizos. <span class="bo">Les parachutistes à Pau</span> Devenu élève parachutiste à l'École des troupes aéroportées (ETAP), j'ai appris à sauter en parachute en trois phases. Tout d'abord, un apprentissage à terre, puis une série de manipulations du parachute, l'horrible épreuve de sauts fictifs à la tour métallique et enfin l'épreuve du saut à l'air libre. <span class="bo">Départ pour Alger</span> Après 5 mois d'entraînement, nous avons été incorporés et sommes partis pour la Méditerranée. Un train d'Auch à Toulouse nous a mené jusqu'à Port Vendres, le 11 octobre 1958. Puis, nous avons embarqué sur le bateau Le Président Cazalet. Le soir même, j'ai croisé François Ramounoulou de Gavarnie, nous étions heureux de nous rencontrer avant de partir. Sur le quai, j'entendais des mères, des épouses qui souhaiter Bon courage aux incorporés<span class="ins">:</span> un vrai déchirement, déjà<span class="ins">!</span> Je ne parlerai pas du voyage en cale qui été exécrable. Sitôt arrivés, à Alger, nous avons été séparés avec mes camarades et envoyés, non loin d'Alger, à Staoueli, au groupe de transport 507. Pendant huit jours, nous avons attendu les ordres<span class="ins">:</span> le gros de la compagnie était parti en opérations. C'était la saison de récolte des oranges. <span class="bo">Les opérations en Kabylie</span> Par la suite, j'ai été affecté comme chauffeur GMC (je conduisais aussi un véhicule Citroën). J'étais chargé de jour comme de nuit de conduire les militaires sur les lieux de combats, au départ des opérations. Avec mon régiment, le GT 505, j'ai parcouru la Kabylie jusqu'à Bira, par exemple. Mon travail en opération consistait à suivre l'officier en jeep responsable du déplacement, accompagné de la radio. Moi, je venais en seconde position et je devais guider les camions qui transportaient les soldats. Nous les déposions à l'endroit désigné, puis nous restions en position sur une piste ou sur un piton, affectés à l'observation. Nous étions en totale autonomie avec une radio, nos rations réglementaires (les opérations duraient plusieurs jours consécutifs). Nous montions la garde, à tour de rôle, et nous attendions l'ordre pour aller rechercher les soldats. <span class="bo">Noël 1958 à Tizi Ouzou</span> Devenu responsable de 4 ou 5 chauffeurs, j'ai été envoyé dans la région de Tizi Ouzou, dont l'altitude avoisine les 2300 mètres. Nous étions vraiment isolés dans un endroit appelé Ait Hichem, où nous avons passé Noël 1958. Pour améliorer l'ordinaire de ce soir si particulier, j'ai négocié avec un berger kabyle six œufs de poule contre un paquet de cigarettes<span class="ins">:</span> nous nous sommes régalés de cette omelette improvisée. Nous étions cinq à la déguster. <span class="bo">La prime aux sauts à Blida</span> Même si je n'ai pas fait d'opérations avec des sauts en parachute, je continuais à pratiquer en base arrière, à Blida exactement. Mon numéro matricule était le 151547. C'était un numéro compliqué à se rappeler ; nous devions l'énoncer à chaque appel. En s'exerçant nous assurions nos missions militaires qui étaient de protéger les populations, mais aussi et surtout d'assurer les ravitaillements. Pour les sauts proprement dits, les plus difficiles étaient les sauts de 3 ou 4 mètres à bord des hélicoptères militaires qui bougeaient énormément en vol stationnaire. Depuis l'avion, nous étions 40 soldats à sauter, c'était autrement plus stable. Pour la réception, cela dépendait comment nous tombions, les terrains très secs favorisaient l'atterrissage en douceur, nous roulions, puis nous nous relevions. J'ai conservé une photo de mon 16e saut<span class="ins">:</span> c'était le 28 juin 1959. Entretemps, j'ai obtenu mon brevet de parachutiste militaire. Je devais effectuer 6 sauts par mois, ce qui me permettait de toucher un petit pécule sur ma solde appelée «<span class="ins"><span class="it">prime aux sauts</span><span class="ins">»</span></span>. Finalement j'ai eu, à mon actif, pas moins de 24 sauts. À la fin de mon service militaire, l'armée m'a proposé de continuer un entraînement de parachutiste gratuitement. J'aurais bien aimé, malheureusement, je ne disposais pas d'une voiture pour me rendre de Vizos à Pau. C'est ainsi que ma carrière de parachutiste s'est terminée<span class="ins">:</span> c'était une bonne expérience. <span class="bo">Staoueli, au Domaine de la Trappe</span> En octobre 1959, j'ai été envoyé au Domaine de la Trappe qui, pour l'occasion, avait été réquisitionné (il appartenait au sénateur Parisien Borgeaud). Nous logions dans les écuries ; nous n'avions aucun contact avec l'extérieur. Nous faisions des tours de garde à l'entrée du domaine et d'autres tâches militaires. Un jour, l'adjudant nous a convoqués (nous étions six) pour nous rendre à Alger, à l'hôpital Maillot. La tenue militaire était de rigueur, les chaussures cirées et nous portions notre arme en bandoulière (MA36). Nous n'en savions pas davantage. Arrivés dans la cour de l'hôpital, le drapeau était en berne, six cercueils métalliques étant posés par terre avec un petit drapeau et une plaque d'identification pour chacun d'eux. Placés devant les cercueils, nous avons présenté les armes pendant qu'un officier épelait les noms et les grades des jeunes militaires avec la mention «<span class="ins"><span class="it">Mort pour la France</span><span class="ins">»</span></span>. Notre émotion était intense en réalisant qu'il s'agissait de nos amis qui repartaient en France en cercueil… Après la cérémonie, en cachette, nous nous sommes effondrés en larmes. <span class="bo">Les retrouvailles entre Toys</span> À Staoueli, où le bataillon de parachutiste s'entraînait, nous recevions des stagiaires pour la conduite des jeeps des futurs radios. Un jour, un camarade m'a prévenu qu'il y avait deux Pyrénéens nouvellement incorporés, de Luz qui plus est. J'étais très heureux de retrouver là-bas, Tutut Pierrot Haurine de Luz et Marc Marcou Martinez. Quand je suis rentré quinze jours, en permission, en 1959, leurs mères m'ont accueilli chaleureusement, avec un goûter copieux. Mme Martinez m'a même confié 5 francs pour Marc Marcou, une vraie somme, pour l'époque. <span class="bo">La famille, l'éloignement</span> L'isolement était dur, je recevais du courrier de Vizos<span class="ins">:</span> ma mère, ma sœur Marinette m'écrivaient, mais, avec plus de 15 jours de décalage. Ma mère en souffrait, et gardait, dans la poche de son tablier, ma dernière lettre. L'éloignement, également, était difficile à supporter<span class="ins">:</span> je suis resté plus d'un an et demi, sans rentrer. Au retour d'une permission, ma mère appréhendait, déjà, mon départ<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Tu vas repartir<span class="ins">!</span></span><span class="ins">»</span></span> me disait-elle en pleurant (cf. note). À Marseille, j'ai été bloqué au camp de St Marthe, à cause des grèves. Nous y avons dépensé notre maigre solde en attendant le départ pour l'Algérie. Nous y avons été convoyés en avion le 8 septembre 1959. <span class="bo">Le putsch d'Alger en janvier 1960</span> Puis nous avons vécu le putsch d'Alger<span class="ins">:</span> une semaine de barricade du 24 janvier au 1er février 1960. Nous étions en position au numéro 12 de la rue Michelet, sans recevoir aucun ordre, en position d'attente, nos camions empêchaient toute circulation. Nous y sommes restés huit jours, les colons nous proposaient du café. Ils avaient peur, bien évidemment. À leurs questions, nous leur répondions que nous n'attendions qu'une chose<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">La quille, […] le plus tôt possible<span class="ins">!</span></span><span class="ins">»</span></span> Des fusillades ont eu lieu dans la rue d'Isly<span class="ins">:</span> une hécatombe, elle fit 80 morts et 200 blessés. Le 24 juin 1960, nous sommes envoyés à Bir el Ater pour surveiller la frontière Tunisienne. En juillet 1960, mes camarades soldats disposent d'une permission à la plage de Joaoueli comme on le voit sur une photographie où je les attends près du camion. <span class="bo">La quille</span> Le 6 septembre 1960, j'ai reçu l'ordre de démobilisation. J'ai embarqué le 11 à Alger à destination de Marseille. En partant, j'ai emporté avec moi une carte du pays, dans laquelle, j'ai noté tous mes déplacements. Aujourd'hui encore, je me souviens avec précision, de tous ces longs mois de service militaire. <span class="bo">Le retour au village à Vizos</span> À Marseille, j'ai rejoint Pierrefitte par le train (et oui, le train arrivait jusqu'à Pierrefitte à ce moment-là). Ensuite, j'ai pris le bus, et de Luz, j'ai rejoint Vizos à pied avec mon frère qui était venu me retrouver. En arrivant à la croix de la Magdino, quelle joie et quelle émotion<span class="ins">!</span> Ma mère, ma nièce Pierrette et d'autres enfants du village étaient venus à ma rencontre. Nous étions tous très émus. Ma mère portait dans ses bras un bébé que je ne connaissais pas. Etonné, je lui demandais<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Dans las tirat aquet maynat<span class="ins">?</span> (D'où vient cet enfant<span class="ins">?</span>)</span><span class="ins">»</span></span> Elle répondit en désignant Guy mon jeune neveu<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Qué dé Guy et pétit de Marcel<span class="ins">!</span></span><span class="ins">»</span></span>. Je ne l'avais jamais vu<span class="ins">:</span> il était né pendant mon absence. Comme nous étions émus et heureux de nous retrouver<span class="ins">!</span> Par la suite, mon retour à la vie normale a été très difficile. Je n'avais plus de repères, je m'isolais car c'était dur d'évoquer les souvenirs de cette période que chacun souhaitait connaître. Je pensais avec tristesse à mes amis du Pays Toy entre autres, tombés loin de leur pays<span class="ins">:</span> Henri Caube de Sassis (1935-Mort pour la France le 18 février 1957), Jean Lhaa de Sère (1936- Mort pour la France le 13-11-1957) et René Fourtine de Gèdre (1938- Mort pour la France le 09-12-1959), comme aux 30000 morts du conflit. Au printemps 1961, je me suis engagé aux Ponts et Chaussées, puis à La «<span class="ins"><span class="it">Fédé</span><span class="ins">»</span></span>, c'est-à-dire à l'Office National pour la chasse et la faune sauvage. J'ai rencontré Paulette en 1962, nous nous sommes mariés l'année suivante. Puis, j'ai passé le test pour intégrer le Parc National, c'était en 1963. Je suis devenu garde du Parc National, mais, c'est une autre histoire. <span class="sm"><span class="un">Note</span> (rajoutée à la demande expresse d'Émile)<span class="ins">:</span> Pendant la guerre d'Algérie, entre 1954 et 1962, après la durée légale de 18 mois, certaines classes furent rappelées, d'autres furent maintenues sous les drapeaux jusqu'à 30, puis 28 mois. Céline Bonnal 25 avril 2020</span>
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