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<p class="pb">Médaille de bronze de l'Education Physique Médaille d'argent des Belles actions et du dévouement du CAF et de la FFME Membre du GDJ, du G.P.H.M/Président du Club de ski de Gèdre Moniteur de ski FFS/Chevalier de l'Ordre National du Mérite</p> Pierre Vergez (Lacoste) est le fils de l'hôtelier Benjamin Vergez-Bellou, gendre de la famille Lacoste de l'Hôtel de la Grotte, à Gèdre. L'auberge familiale (de la famille Lacoste) est devenue «<span class="ins"><span class="it">l'hôtel de la Curieuse Grotte</span><span class="ins">»</span></span>. Elle est encore baptisée au début du siècle du nom de l'attraction disparue en 1650 après l'effondrement de la montagne de Pouey Bocou et la vidange du lac qui impacta tout le bassin de Gèdre. Auparavant, la grotte était une «<span class="ins"><span class="it">curiosité naturelle. (…) Un bassin (…) autrefois voûté.</span><span class="ins">»</span></span>. Comme l'auberge Périssère au temps de Ramond, l'établissement reçoit des hôtes prestigieux. A partir de 1889, notamment Lucien Briet s'installe à demeure pour des séjours qui peuvent durer jusqu'à un mois. Tout le petit monde de Gèdre est honoré de sa présence. En 1904, Jacques Paget Chapelle et Benjamin Vergez-Bellou se rendent à Pau pour assister à une des toutes premières conférences que donne Lucien Briet. Des liens indéfectibles se créent dès lors. Cet environnement propice aux rencontres, cette sensibilité à la montagne et aux Pyrénéistes va durablement marquer Pierre Vergez Lacoste, le fils. Il va, toute sa vie durant, être au service de la cause montagnarde, en liaison étroite avec les cadres du Club Alpin et participer de façon active à la mise en place des formations de secours en montagne. Pierre va, ainsi, tisser des liens avec les guides de Gèdre et de Gavarnie. Il a, par exemple, une relation privilégiée avec Henri Castagné, le petit-fils de Célestin Passet. Après le premier conflit mondial, Pierre Vergez rentre dans ses foyers pour travailler à l'hôtel comme cuisinier. Meillon, de retour, d'une campagne de triangulation donne un aperçu des menus alléchants proposés autour de 1921. «<span class="ins"><span class="it">Déjeuner à Gèdre, à l'hôtel de la Grotte, où l'ami Vergez qui tient en été l'hôtellerie du Cirque de Gavarnie nous a servi des truites péchées dans le torrent ( …)et un poulet sauté aux morilles</span><span class="ins">»</span></span>. Désormais, l'été, Pierre Vergez s'occupe de la «<span class="ins"><span class="it">barraque</span><span class="ins">»</span></span> du cirque disparue au profit d'un bel hôtel construit par son père Benjamin et qui s'appellera «<span class="ins"><span class="it">Hôtel du Cirque et de la Cascade</span><span class="ins">»</span></span>. Il est ainsi toute la saison à pied d'œuvre pour loger, renseigner, aiguiller les montagnards, mais aussi pour veiller à leur retour et au besoin déclencher une caravane de secours. Il vit ainsi toute la saison au rythme des courses des guides et au service de sa clientèle. Il côtoie les figures montantes de l'escalade pyrénéenne. Jean Santé témoigne de l'accueil qui lui est réservé le 14 octobre 1934. Organisant une collective paloise du Club Pyrénéen, au Mur du Cirque , il montre combien l'hôtel est une étape incontournable, ne serait-ce que pour vérifier le matériel d'escalade. Jean Santé évoque les «<span class="ins"><span class="it">300 mètres de corde sur la terrasse de l'ami Pierre Vergez-Bellou</span><span class="ins">»</span></span>. Robert Ollivier, lors de l'ascension du glacier Nord du Mont Perdu, en juin 1935, souligne le dévouement de Pierre Vergez pour les alpinistes, mais, aussi sa participation à la course susdite. Ce jour-là, Pierre Vergez devance les montagnards Roger Mailly, François Cazalet et Jean Senmartin pour leur porter le matériel. Il restera avec eux pour faire l'ascension. «<span class="ins"><span class="it">Le 17 juin, par un éclatant soleil, Lourdais et Palois débarquèrent à Gavarnie. Pierre Vergez, parti de son hôtel du cirque, avait pris la direction de la Hourquette d'Alans. Pour nous souhaiter la bienvenue, il nous avait envoyé – heureuse inspiration - un solide mulet, sur le dos duquel s'accumula en un clin d'œil une avalanche de sacs, de cordes et de crampons à glace […]</span><span class="ins">»</span></span>. Le groupe passe une nuit courte et humide au refuge de Tuquerouye. Le lendemain, le départ est donné à 4h30 après un prompt réveil. L'ascension commence. «<span class="ins"><span class="it">Mailly, Senmartin et moi sommes les premiers parés (…) Une laborieuse taille de marches commence alors, sous un soleil déjà chaud, qui nous fait lever les yeux avec inquiétude vers les séracs suspendus sur nos têtes. A peine le leader a-t-il franchi une dizaine de mètres, qu'un coup de tonnerre bien connu nous immobilise. Le glacier commence son bombardement. (…) Et je frappe la glace avec vigueur, n'ayant qu'une préoccupation<span class="ins">:</span> aller vite. (…) La deuxième cordée (…) commence à ramper lentement au-dessous de nous. Au même moment, je sors de la niche vers la gauche et mon piolet se met à détacher d'énormes écailles qui bondissent dans l'espace avec une vitesse accélérée. Lamathe, qui a un chapeau de feutre, se contente de baisser la tête. Cazalet se réfugie sous son sac. Vergez, lui, se voit gratifier d'une belle estafilade à la joue par un morceau de glace particulièrement tranchant. (…)</span><span class="ins">»</span></span>. Finalement, le sommet sera atteint, non sans encombres, à seize heures<span class="ins">!</span> Grâce à ses relations, Pierre Vergez rentre dès 1930 dans le groupe de montagne très fermé du GPHM, Groupe pyrénéen de haute montagne, initié par Robert Ollivier. Etonnant, quand Pierre Vergez avouera avoir fait sa première ascension du Mur en 1932. Il faut dire que Pierre Vergez est au cœur de la cause montagnarde. En avril 1934, c'est lui qui suggère l'édification d'un monument (aujourd'hui, on dirait d'une plaque commémorative) pour le souvenir et la reconnaissance du Club à François Bernat-Salles, le vieux guide venant de décéder. Amateur de ski, le 20 avril 1936, il est à l'origine de la création du Ski-Club de Gavarnie. L'association dont le siège est au café de l'Astazou l'élit président; Baptiste Bernat-Salles en sera le vice-président, Célestin Castagné, le secrétaire. Le Club reçoit le concours et l'aide du Club Alpin et du Ski club Bordelais pour organiser des rencontres. Pierre Vergez Lacoste est désormais aux côtés d'Urbain Cazaux président de l'Avalanche, autre club de ski de Barèges et de M. Baget pour le Ski Club Toy. Il devient également moniteur de la Fédération Française de Ski qui a été fondée en 1924. Le 7 mars 1937, un concours de moniteurs est organisé à Luchon-Superbagnères. Il s'agit de passer des épreuves en vue de l'obtention du titre de moniteur diplômé de la Fédération Française de Ski. Pour se préparer, une semaine de stage a été proposé aux volontaires. Onze candidats réussissent sur les vingt-huit personnes engagées. Parmi les lauréats, on compte Pierre Vergez Lacoste qui est dixième, mais, également les futurs guides de Haute Montagne Robert Ollivier quatrième, François Boyrie de Cauterets huitième. Interrogé par le colonel Massie, Jean-Pierre Rondou témoigne du succès relatif du Club de Ski de Gavarnie. «<span class="ins"><span class="it">À Gèdre, mon petit neveu Pierre Vergez de l'hôtel de la Grotte avait créé une petite société affiliée à l'Avalanche de Barèges. Cela marcha bien quelque temps, c'est tombé tout à fait, et mon petit neveu, un gars bien que j'aime beaucoup fait de la graisse</span><span class="ins">»</span></span>. En avril 1937, les délégués du Club Alpin décident de remettre des récompenses pour souligner la valeur des hommes au service de la Montagne. Au nombre d'entre eux, sont Pierre Vergez Lacoste et Baptiste Bernat-Salles. Ces derniers reçoivent la Médaille de bronze de l'Education Physique en décembre 1937 des mains du président du Club Alpin, le professeur bordelais René Girard. À la même époque, Pierre Vergez Lacoste va prêter main forte à son beau-frère Jean Marcou et sa sœur Catherine Vergez pour tenir l'hôtel du Refuge à Gourette, près de Laruns. Tout naturellement, Pierre Vergez est bien évidement présent lors du premier stage d'alpinisme organisé à Gavarnie par le Club Alpin avec le guide alpin Frison-Roche. Les cours ont lieu au cœur du Cirque au mois de septembre 1938. La formation dure quatre jours au départ de l'Hôtel du Cirque. Les stagiaires sont au nombre de dix<span class="ins">:</span> Henri Castagné, Grégoire Trescazes, Georges Adagas pour Gavarnie, Jacques Fourtine, Joseph Vignole pour Barèges, Louis Batan, François Boyrie, Léopold Pont Joseph Laplagne, Michel Pouts pour Cauterets. En 1946, un nouveau stage sera organisé à Cauterets avec des chamoniards dont Armand Charlet. Armand Charlet semble être déjà venu à Gavarnie avant le premier stage animé par Frison-Roche. Assurément, les deux hommes auront sympathisé. «<span class="ins"><span class="it">À Pierre Vergez montagnard de "gardien du cirque de Gavarnie" avec toute mon amitié. Armand Charlet. 9 juillet 1938</span><span class="ins">»</span></span> En juillet 1939, le Club Alpin organise «<span class="ins"><span class="it">les journées de Baysselance</span><span class="ins">»</span></span>, des manifestations à caractère scientifique se succèdent avec des sorties in-situ. On préside également à l'inauguration de l'agrandissement du refuge susdit. Entre autres professeurs, on trouve le président et professeur Girard, le professeur de géologie toulousain Maingot, le bordelais Daguin, le parisien Chouard … Au soir du premier jour, un repas est donné chez Vergez-Lacoste, à l'hôtel du Cirque. Pierre Vergez-Lacoste y présente un plat de sa composition «<span class="ins"><span class="it">couverte de la très rare Androsace cylindrique</span><span class="ins">»</span></span>, l'un des sujets d'études des botanistes présents. Depuis 1995, cette plante est désormais classée sur la liste rouge des espèces menacées en France. À l'époque, sa rareté n'empêchait pas sa cueillette en plein cœur du Cirque sous les falaises des Espugues. Pierre Vergez rédige, un article, à propos de la voie «<span class="ins"><span class="it">Castagné-Vergez</span><span class="ins">»</span></span> et rétablit le mérite de l'ouverture de la voie en évoquant le guide Henri Castagné (1905-1971). «<span class="ins"><span class="it">Depuis le cours organisé à Gavarnie en 1938 (…) dirigé par Frison-Roche, nous avions l'intention Henri Castagné et moi de chercher une nouvelle voie d'escalade du mur de la cascade, pour éviter, en particulier, les chutes d'eau glacée si désagréable dans la voie normale. Nous étions animés tous les deux d'un même esprit de conquête et du désir de renouveler, cinquante-quatre ans après, la tentative de Célestin Passet en 1888. (…). On attaque le mur à une cinquantaine de mètres à droite de la voie normale. Henri Castagné part avec une facilité à la fois déconcertante et rassurante; la montée se fait presque en ligne directe par une succession de cheminées et quelques vires (…). [Puis], la difficulté de la journée, une grande dalle lisse. Pour la franchir, il faut faire une courte échelle, et Henri Castagné m'invite à offrir mon crane comme nouvelle plate-forme de départ. Il passe, pose un crampon<span class="ins">:</span> ce sera le seul utilisé dans cette course…Après cette dalle, on oblique à gauche, et la partie terminale est bien telle que nous l'avions prévue<span class="ins">:</span> elle nécessite un ensemble de mouvements, de contorsion, de tractions, et de poussées, des vrais jeux de cirque. (…). 4h au total. Cette course depuis longtemps convoitée, nous a donné entière satisfaction, et le mérite en revient principalement à notre chef de cordée Henri Castagné, montagnard émérite. Notre dernière escalade avec Henri Castagné datait du 29 août 1939 et j'ai fait ma première escalade du mur en 1932 avec J. Senmartin, Henri Lamathe et Henri Lebreton (…)</span><span class="ins">»</span></span>. Pierre de la Cascade comme il se surnomme a désormais son nom dans une voie du Cirque. Pendant le second conflit mondial, Pierre Vergez soutient au mieux le réseau Andalousie dirigé par Gérard de Clarens et son ami Rémi Lohse. Les Allemands ont réquisitionné trois hôtels dans la vallée, l'Univers à Luz, l'hôtel de la Grotte à Gèdre et l'hôtel des Voyageurs à Gavarnie. Lors d'un contrôle inopiné, avec trois candidats à l'évasion, Gérard de Clarens témoigne comment il a pu subtiliser les vrais pièces d'identité avec l'aide de Pierre Vergez. J'ai appelé l'hôtelier (…) et je lui ai dit<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Porte à boire à tout le monde<span class="ins">!</span></span><span class="ins">»</span></span> Il est arrivé avec un joli plateau. Je les ai mis sur le plateau en lui disant<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Tu te paieras<span class="ins">!</span></span><span class="ins">»</span></span> Comme si c'était de l'argent. Il est reparti et la sentinelle n'a rien vu. Pierre Vergez est en liaison étroite avec les guides passeurs de Gèdre<span class="ins">:</span> Edouard et Marc Culouscou, Abel Nogué, Jean-Louis et Laurent Sabatut. Pierre Pujo a également consigné dans ses notes un épisode concernant le fondateur de la société Turboméca Joseph Szydlowski que Pierre Vergez aura accompagné vers la frontière. «<span class="ins"><span class="it">Szydlowski voulait baptiser son premier réacteur "Makalu" en l'honneur des français qui avaient vaincu ce sommet en 1955 mais Pierre Vergez lui a suggéré les sommets des Pyrénées ce qui fut fait avec les turbines Pimené, Astazou, Marboré, Ardiden, Artouste...</span><span class="ins">»</span></span> À l'issue du conflit, une manifestation patriotique au sommet du Vignemale a lieu. Pierre Vergez-Lacoste est au nombre des participants. Il fait, d'ailleurs, un court discours suivi d'une messe au refuge de Baysselance. «<span class="ins"><span class="it">Les 8 et 9 octobre 1944 une délégation s'est rendue à Cauterets (…) avec l'intention de planter le drapeau tricolore au sommet du Vignemale. (…). M. Pasquier, F. Ravier avec M. Pierre Vergez de Gavarnie, Michel Pouts et François Boyrie guides brevetés du CAF à Cauterets; Adagas et Sabatut guides brevetés du CAF à Gavarnie et Gèdre (…) Désormais, Pierre Vergez va voir la fréquentation du Cirque et du Mur de la Cascade augmenter. Avec l'ouverture du centre UNCM hérité des mouvements Jeunesse et Montagne, de nombreux stagiaires sous la conduite entre autre de Georges Adagas vont se succéder. Depuis l'Hôtel de la Cascade, Pierre Vergez est attentif, sur le qui-vive, il répond de manière pragmatique aux urgences comme lors du sauvetage nocturne du 15 aout 1946. Deux jeunes gens A. Dupouy âgé de 21 ans et de sa sœur Annie âgée de 19 ans s'étaient aventurés seuls dans la paroi au Cirque. Plusieurs heures vont s'écouler avant l'arrivée de la caravane de secours des guides de Gavarnie et du centre UNCM. Georges Adagas, Jean Vergez (le frère de Pierre), Lucien Malus et Henri Gasset partent à la recherche des jeunes gens. Au second groupe qui cherche le long de la rimaye, Pierre Vergez donne des indications<span class="ins">:</span> "après la voie Ouest a dit l'hôtelier, sous un grand surplomb de neige." Dans l'hôtel, la mère des jeunes attend dans l'angoisse. Mais, on finit par les retrouver morts. De retour, en proie au découragement, Pierre Vergez accueille les sauveteurs désemparés dans la salle commune et reste à leurs côtés. En octobre 1947, tous les guides de Gavarnie dont leur doyen Germain Castagné sont réunis pour adresser leur sympathie au président du Club Alpin le docteur Girard, à l'occasion de sa nomination dans la légion d'honneur. La réception a lieu dans la salle du café Trescazes. Pierre Vergez-Lacoste a rédigé un discours à son adresse. Groupés autour de leur drapeau porté par leur doyen Germain Castagné, les guides de Gavarnie en tenue avec la veste brune à boutons de nacre ont accueilli le docteur Girard vice-président du CAF et lui ont remis par une délicate attention une adresse de sympathie portant les signatures de tous les guides et personnalités de Gavarnie M Pierre Vergez-Lacoste dans une allocation à laquelle il avait mis tout son cœur exprima la reconnaissance de Gavarnie au docteur Girard qui depuis 37 ans est resté fidèle au pays et à ses habitants après avoir exploré toutes les crêtes du massif calcaire</span><span class="ins">»</span></span>. Pierre Vergez est décoré en septembre 1950 par le Club Alpin de la Médaille d'Argent des Belles actions et du dévouement pour ses nombreux sauvetages en montagnes. Quarante-six aux dires du rapporteur du Club Alpin<span class="ins">!</span> Peter Steele, qui aura le poste de médecin lors de l'expédition internationale de 1971 à l'Everest, dresse un portrait de Pierre Vergez qu'il rencontre lors de son séjour. Cet article paraît dans l'Alpine Journal en 1976, soit quelques années après le décès de Pierre Vergez. «<span class="ins"><span class="it">Le premier jour nous avons grimpé à la Brèche de Roland, une entaille (…) de 300 pieds de haut et de 100 pieds de large (...). Nous descendîmes rapidement et arrivâmes très fatigués à l'hôtel. Les touristes étaient partis, seule l'odeur de fumier qui gisait épaisse sur le chemin nous a rappelé la mêlée de l'après-midi. Nous étions juste un groupe de grimpeurs hirsutes (…) l'accueil que nous avons reçu de Pierre Vergez nous a fait sentir comme des héros. Pierre était le patron de l'hôtel et un montagnard qui connaissait les pics environnants, chassait le chamois dans leurs cachettes de printemps et gardait jalousement les lieux secrets où l'edelweiss et la gentiane grandissaient. Il tolérait les touristes qui frayaient dans ses chères montagnes et lui permettaient de vivre. Entrez, montagnards, dit Pierre, nous menant vers la salle commune où la famille vivait pendant les mois d'été. Il était de hauteur moyenne et sous ses vêtements nous pouvions voir ses muscles saillants qui avaient fait de lui le meilleur grimpeur dans la région avec une connaissance hors-pair de la frontière pyrénéenne. Il avait dépassé la soixantaine et son robuste visage hâlé rougeoyait comme un phare quand le vin rouge fort de sa cave dilatait les vaisseaux sanguins de ses joues. Il souriait malicieusement, sa sympathique personne irradiait. Il versa un verre pour chacun de nous, faisant un signe avec sa bouche pour indiquer la qualité du raisin. Alors, mes amis, vous grimperez la Voie Castagnez-Vergez demain, non<span class="ins">?</span></span><span class="ins">»</span></span> Peter Steele souligne cette référence à la voie d'escalade ouverte en 1942 par «<span class="ins"><span class="it">Pierre et son ami Castagné(…) qui avait la réputation comme l'une des voies les plus dures de la région.</span><span class="ins">»</span></span>. Puis, il décrit Marguerite née Souberbielle-Bordère, la femme de Pierre<span class="ins">:</span> Mme Vergez est apparue vêtue de noir, une dame petite et ronde avec de la dentelle aux poignets et couverte d'un châle noir autour des épaules. Elle nous avait pris sous son aile comme si nous étions ses propres fils et nous a présenté sa nièce qui travaillait avec eux pendant l'été, une jeune fille ravissante (…).</span><span class="ins">»</span></span> Peter Steele interroge Pierre Vergez-Lacoste en vue de préparer l'ascension de la fameuse Castagné-Vergez. «<span class="ins"><span class="it">Nous avons discuté de la montée avec Pierre et nous sommes devenus très excités à l'idée de devenir les premiers alpinistes britanniques à faire cette voie sensationnelle</span><span class="ins">»</span></span>. Le lendemain, le départ est très matinal. «<span class="ins"><span class="it">Dans la lumière froide de l'aube, les torches brillent, nous avons quitté le camp à la file indienne, les restes de petit-déjeuner de bouillie épaisse sur nos lèvres. Le soleil a touché la crête du Marboré lorsque nous dépassons l'hôtel couché niché dans l'ombre endormie, pas même un âne hennissant. Nos bottes crissent sur le gravier, nous espérons ne pas réveiller la famille endormie. Une lucarne s'ouvre et le visage de Pierre apparaît<span class="ins">:</span> Un moment Attendez, mes amis, j'ai une idée. Nous l'attendons sur la terrasse tapant nos pieds pour nous réchauffer dans le matin glacial. Bientôt Pierre parait encore vêtu de sa chemise de nuit avec un fusil de chasse au bras et sa longue-vue autour du cou, comme s'il avait confondu notre expédition avec une chasse à l'isard. Écoutez mes amis, j'ai une idée. Vous allez avoir du mal à trouver l'amorce de la voie sur la paroi rocheuse. Je vais vous regarder et si vous allez trop sur la gauche, je vais vous tirer deux coups de fusil ; si vous manquez le chemin sur la droite, un seul. Allez, bonne chance<span class="ins">!</span></span><span class="ins">»</span></span>. Le scénario est prêt, les alpinistes britanniques sur le départ. Nous avons grimpé pendant deux heures sur une surface de granit ferme avec le sentiment extatique de marcher dans l'espace. Ensuite, le projet de voie, à la fin de la longueur de la corde appelée vers le bas, «<span class="ins"><span class="it">Tenez bon, je suis coincé ici et je peux tomber</span><span class="ins">»</span></span>. Je le voyais tenir sur ses orteils avec beaucoup de ciel entre lui et la paroi rocheuse. Son béret rouge tiré sur son oreille et son visage crispé tendu par son prochain mouvement. Je voyais sa cheville et ses tendons trembler de fatigue. Puis, soudain deux coups de feu retentirent. Nous regardâmes en arrière vers l'Hôtel du Cirque à plus d'un mile de distance, on pouvait voir Pierre sur le balcon, ses jumelles visées sur nous et le fusil de chasse reposant dans le creux de son bras. Nul n'eût besoin de rien dire. Bill redescendit prit une goulotte sur la droite le long d'une étroite corniche dans un coin où nous avions remarqué que l'angle du rocher escarpé s'assouplissait. Il lança sa corde de façon à atteindre une saillie du rocher. De cette façon, dit-il, Je t‘attache. Viens<span class="ins">!</span> Escalade<span class="ins">!</span> lui criais-je en retour, en me déplaçant vers lui. Dix heures plus tard, après avoir gravi les trois grands étages du Mur par la droite du Cirque, nous atteignîmes le sommet et regardâmes en direction des canyons du versant espagnol des Pyrénées. Nous courûmes jusqu'à la Brèche de Roland et deux heures plus tard, nous frappions à la porte de la salle à manger, après que le dernier touriste et son âne soient rentrés chez lui. Pierre ouvrit la porte rayonnant de plaisir. Il nous serra les mains d'une poignée ferme et nous embrassa avec effusion. Sa femme nous embrassa sur les deux joues, ils tirèrent leur meilleur vin de la cave, et puis, ils allèrent préparer des artichauts frais pour célébrer d'un repas de fête notre réussite. «<span class="ins"><span class="it">Ce doit être la première ascension alpine qui a été dirigé par des tirs de fusil montagnards</span><span class="ins">»</span></span>, dit Pierre. À partir de 1954, les témoignages d'amitié à celui que l'on désigne, désormais, comme «<span class="ins"><span class="it">l'ami Pierre</span><span class="ins">»</span></span> trouvent sur les murs de la salle des guides un lieu propice à leurs expressions. Disséminés de part et d'autre de la fresque peinte par un artiste, le peintre Amalvy qui réalisera les grands tableaux de la salle du bar, esquissera à gros traits de pinceau noir les principaux motifs représentés<span class="ins">:</span> l'Oule du Cirque, un montagnard sac au dos, un fanion à la date de 1954, le piolet en main. Pierre Vergez décède en 1976 laissant à sa famille un hôtel à dimension humaine et montagnarde. <span class="sm"><span class="un">Légendes et photos</span>
:
Pierre Vergez</span> <span class="sm"><span class="un">Légendes complètes</span>
:
1
:
Benjamin Vergez Bellou et son épouse Marie Lacoste avec les 2 premiers enfants (Pierre Vergez et Catherine, future épouse Marcou) 2
:
Dans le petit cadre, Benjamin Vergez Bellou, le père des trois enfants peints. De gauche à droite
:
Henri (celui qui est décédé en 1964) au centre,"tonton" Pierre, et, à droite, Jean Vergez, décédé en 1996.</span>
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