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<p class="po"><span class="bo">1822. Comment Jean Marie, Raymond Baradère, natif de Luz, a-t-il échappé à la guillotine<span class="ins">?</span></span> La famille Baradère a été très influente à Luz-Saint-Sauveur au début du XIXe, quand Henri Baradere était maire de la commune. Son fils aîné, Jean-Marie, Raymond, avocat, a eu une carrière incroyable et pour le moins originale. Son parcours et celui de sa famille sont rapportés dans notre site enbaredyo.fr. Avec ses proches, il est enterré à Luz. Mais qui se souvient que cet homme après avoir été un brillant avocat et consul de France dans de nombreux pays, a échappé à la guillotine en 1822<span class="ins">?</span></p> <span class="st">Contexte historique</span> En 1820, la lutte qui oppose libéraux et partisans de l'Ancien Régime a pris en France une violence nouvelle. L'Europe est secouée par une vague révolutionnaire. En Espagne, le pronunciamento du général Riego prouve qu'un changement libéral peut advenir avec l'aide de l'armée. À Naples, une révolution éclate également, provoquée par une société secrète, la Charbonnerie. En prenant exemple sur l'Italie, une charbonnerie spécifiquement française voit le jour et les adhésions se multiplient, notamment dans l'armée. Des cellules désignées sous le terme de «<span class="ins"><span class="it">ventes</span><span class="ins">»</span></span> se créent dans le 45ème régiment de ligne en garnison à Paris. L'autorité veille et les arrestations se multiplient dont celle de quatre militaires du 45ème, déplacé depuis à La Rochelle. Le 22 septembre 1822, accusés de complot, quatre sergents sont guillotinés à Paris. Trois d'entre eux avaient appartenu à la Grande Armée de Napoléon. Déçus par la monarchie restaurée de Louis XVIII, ils s'étaient laissé séduire par un projet d'insurrection fomentée par la Charbonnerie, société secrète où on retrouve les libéraux, et à la tête de laquelle est le célèbre général La Fayette. Découverte à La Rochelle en mars 1822, la conspiration donne lieu à un procès auquel échappent les chefs de file. Seuls, sont condamnés des seconds couteaux. Les royalistes ultras, considérés comme «<span class="ins"><span class="it">plus royalistes que le roi..</span><span class="ins">»</span></span>, désormais à la tête du pays, ont voulu faire un exemple. L'indignation est générale. Pendant un siècle et demi, du jour de l'exécution à la Seconde Guerre mondiale, le martyr des quatre sergents de La Rochelle sera utilisé comme un argument définitif contre une monarchie abusive, par les bonapartistes, bien sûr, mais aussi par les républicains de toutes les sortes. Les projets de conspiration fleurissent en France dans les premières années de la Restauration (1814-1830). Le complot de La Rochelle n'y échappe pas. Il est aussi l'un des plus durement réprimés, manifestant la reprise en mains du pays par les ultras depuis les débuts de l'année 1820. S'intéresser aux sergents de La Rochelle, c'est aussi entrer de plain-pied dans l'histoire de la Charbonnerie, cette société secrète venue d'Italie, qui séduit nombre d'opposants à la monarchie au point de faire trembler cette dernière. Elle s'implante en France à partir du printemps 1821, séduit l'élite des libéraux du temps, Lafayette en tête, et réunit plusieurs milliers de partisans, prêts à s'engager dans des mouvements insurrectionnels avec l'espoir de renverser la monarchie. La conspiration de La Rochelle est la dernière de ces tentatives. Pourtant, aucun des hauts responsables de l'organisation ne fut inquiété alors que leurs noms étaient connus. La France est donc en Restauration. Deux semaines après l‘abdication de Napoléon, Louis XVIII a fait son retour à Paris, le 8 juillet 1815. La seconde Restauration débute alors dans un climat d'extrême tension, les pays étant occupés par les armées colonisées et soumis à une quasi-guerre civile dans le Sud, avec le déclenchement de la Terreur blanche. La volonté de rupture avec la période napoléonienne est totale. Quasiment absente de la Chambre en 1815-1816, la gauche réapparaît lors des élections de 1817 et se renforce à chaque consultation suivante. Parmi ces nouveaux élus, figure le banquier Laffitte, gestionnaire des biens de Napoléon, le général La Fayette, héros de la guerre d'indépendance américaine et des premières années de la Révolution, avant d'avoir manifesté son opposition à l'Empire. La charbonnerie fédère la mouvance libérale, et s'affirme comme «<span class="ins"><span class="it">la grande milice secrète libérale</span><span class="ins">»</span></span>. Elle recrute dans les milieux étudiants, dans la presse, chez les avocats, puis dans les «<span class="ins"><span class="it">notabilités</span><span class="ins">»</span></span> qui vont servir de caution, comme Lafayette où le célèbre avocat devenu ministre de la justice Joseph Merilhou Le milieu estudiantin est un terreau propice au développement des idées libérales. Après 1815, les facultés restent des foyers d'opposition. Des réunions sont organisées pour collecter des fonds. Finalement, c'est dans le cadre de la franc-maçonnerie que les étudiants se regroupent. Au printemps 1820, des manifestations se déroulent autour de la chambre à l'occasion du débat sur la loi électorale. L'assassinat du duc de Berry, le 13 février 1820, provoque une très vive réaction et met fin à l'expérience libérale de la Charte. Le duc de Berry, fils du comte d'Artois, était l'héritier présomptif de la couronne, son frère aîné, le duc d'Angoulême, n'ayant pas d'enfant. C'est pour abattre la monarchie qu'il est assassiné par un ouvrier nommé Louvel, alors qu'il sort de l'Opéra. Les compagnonnages charbonniers existaient dès le XIème siècle. La Charbonnerie tire son nom des rites d'initiation des forestiers fabriquant le charbon de bois à l'origine dans le Jura et en Franche-Comté. Ces sociétés de «<span class="ins"><span class="it">bons cousins charbonniers</span><span class="ins">»</span></span> sont très antérieures au phénomène politique du carbonarisme. Issues de l'ancienne corporation du métier de charbonnier, ces associations usaient de signes secrets de reconnaissance et favorisaient l'hospitalité et l'entraide. Chaque section locale d'une société des «<span class="ins"><span class="it">bons cousins</span><span class="ins">»</span></span> s'appelle une «<span class="ins"><span class="it">vente</span><span class="ins">»</span></span> (vendita en italien) - une vente est le nom donné au contrat de coupe de bois, par extension à la parcelle de forêt concernée par cette coupe réglée. Beaucoup plus tard, apparaissent le carbonarisme (pour l'Italie) ou charbonnerie (pour la France). C'est un mouvement initiatique et secret, dérivé de la franc-maçonnerie, à forte connotation politique, présent en Italie, en France, au Portugal et en Espagne au début et au milieu du XIX e siècle. Il lutte contre le despotisme en quête des libertés fondamentales de l'homme. En Italie, cette société secrète se forma pour lutter contre la domination napoléonienne dans le royaume de Naples (1806-1815) puis contre les souverains italiens restaurés après 1815. Ce mouvement a contribué au processus de l'unification de l'Italie. La charbonnerie s'organise en France à partir du mois de mai 1821. Le repli dans la clandestinité est la conséquence directe de la répression de l'opposition libérale, consécutive à l'assassinat du duc de Berry, qui a été particulièrement vive en juillet 1820 au moment de la conspiration dite du Bazar français. Elle prospère notamment dans l'armée, et en particulier au sein du 45ème régiment d'infanterie. Venue de Naples, où elle s'est organisée à l'époque de Murat, la charbonnerie est connue par plusieurs Français, impliqués dans la conspiration du 19 août 1820. Crée à Paris, le 1er mai 1821. L'échelon le plus élevé de l'organisation est la vente suprême. Elle est dirigée par Bazard. La charbonnerie rencontre un vif succès dans l'armée. Les membres communient dans une idéologue héritière des principes de la Révolution française. Son organisation est clandestine et hiérarchisée. Chaque vente, cellule de base de l'organisation, compte dix à vingt membres. Chaque carbonaro doit disposer d'un fusil et de 25 cartouches. La question qui est posée pour rejoindre le groupe est la suivante<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Voulez-vous faire partie d'une réunion qui a pour but de conquérir la liberté à main armée<span class="ins">?</span></span><span class="ins">»</span></span>. Sur sa réponse positive, le postulant est tenu informé de l'organisation générale de la charbonnerie et prête serment de n'en rien révéler, «<span class="ins"><span class="it">sous peine de mort</span><span class="ins">»</span></span>. Un seul des membres est en relation avec l'instance supérieure, la vente centrale. Au sommet, une Haute Vente, ou vente suprême, réunit les députés des ventes centrales. La vente centrale est désignée par le nom de «<span class="ins"><span class="it">Washington</span><span class="ins">»</span></span>. Elle se réunit rue de l'Université, chez l'avocat Raymond Baradère, originaire des Hautes-Pyrénées. Ce dernier a participé aux dernières campagnes de l'Empire comme adjoint à un commissaire des guerres. Il a ensuite poursuivi ses études de droit et est alors avocat stagiaire. Il représente au sein de la vente centrale, la haute vente. C'est donc lui qui transmet d'en haut les informations destinées à la vente centrale et fait remonter les demandes qui en émanent. L'objectif des ventes est de se renforcer en recrutant de nouveaux membres, et de favoriser l'armement de ces derniers. Il y a alors la création d'une vente au sein du 45ème régiment à l'initiative du sergent-major Jean-François-Louis Bories, natif de Villefranche-de-Rouergue. À la fin de l'année 1821, le départ du 45ème régiment de Paris est décidé. La France de Louis XVIII prépare une intervention dans la péninsule ibérique et rapproche une partie de ses armées de la frontière. Avant le départ, Bories organise une rencontre de quelques affiliés avec des membres de la vente centrale. Selon le rituel classique, les réunions étant interdites et les banquets tolérés, ce repas sera donc réalisé «<span class="ins"><span class="it">Au roi Clovis</span><span class="ins">»</span></span>. Au fil des réunions, Baradère se montre méfiant. Par prudence, il se fait souvent remplacer, mais il prépare les discours de celui destiné à le remplacer. L'affaire de la conspiration de La Rochelle passionne les esprits. La presse suit les débats de près. Le procès s'ouvre à Paris le 21 août 1822. Une foule immense se pressait autour du palais dont toutes les salles furent rapidement remplies. Raymond Baradère est interrogé sur son rôle dans la charbonnerie. Il répond alors que la charbonnerie n'est pas en cause, d'autres carbonari d'abord inquiétés ayant été disculpés. Il n'en nie pas moins d'être carbonaro, et récuse avoir rencontré Pommier, lequel avait donné son adresse dans un précédent interrogatoire. À quoi Raymond Baradère répond que son nom figure dans l'Almanach des 25 000 adresses, annuaire des notables parisiens de l'époque. Avant que le verdict ne soit prononcé, Baradere et d'autres accusés prennent la parole. Ces différentes harangues vont clore les débats. Le président résume l'affaire et formule vingt-sept questions. Il invite ensuite le jury à méditer. Il lui faudra trois heures à peine pour prononcer leur verdict. Le baron Trouvé, qui préside le jury annonce les conclusions et le verdict. Deux groupes d'accusés sont distingués. Les quatre sergents sont déclarés coupables de complot contre l'Etat. Les autres du premier groupe sont déclarés coupables de non-divulgation de complot. Tous les autres accusés du second groupe sont déclarés non-coupables. Compte tenu de l'heure tardive, la salle d'audience est plongée dans l'obscurité, à peine éclairée par quelques bougies. La cour prononce l'acquittement pour Raymond Baradere et douze autres inculpés qui sortiront libres du tribunal. Des peines de prison sont prononcées pour sept présents. Les quatre sergents, Bories, Goubin, Pommier et Raoulx sont condamnés à mort. Le paradoxe de l'affaire de La Rochelle est qu'elle a été jugée devant une juridiction civile, parce qu'elle impliquait aussi des non-militaires. L'absence de condamnation des civils s'inscrit dans le prolongement, de ne pas faire le procès de la Charbonnerie. Raymond Baradère, représentant la vente suprême, a de ce fait très bien manœuvré. À aucun moment, il ne fut fait allusion aux grands noms supposés faire partie de la vente suprême. Les inculpés qui ont été acquittés, vont faire l'objet d'une surveillance active. C'est ainsi que dès les lendemains du procès, Jean-Marie, Raymond Baradère a reçu un passeport pour se rendre à Luz-Saint-Sauveur. Arrivé à Tarbes au début du mois d'octobre, il fait l'objet d'un premier rapport du préfet des Hautes-Pyrénées qui note qu'il a lu dans la presse le récit de l'exécution des quatre sergents. Le préfet s'inquiète aussi de la présence de Baradère dans sa région. «<span class="ins"><span class="it">L'espèce de célébrité que l'affaire de La Rochelle a attaché à Baradere va le rendre très intéressant aux yeux des libéraux du Midi</span><span class="ins">»</span></span> et le préfet se demande si on a bien fait de l'envoyer dans une région aussi proche de l'Espagne. Trois semaines plus tard, il rend à nouveau compte de ses activités, soulignant qu'il parle peu de l'affaire de La Rochelle , sinon pour exprimer «<span class="ins"><span class="it">le regret d'y avoir été compromis</span><span class="ins">»</span></span>. «<span class="ins"><span class="it">Mon malheur, dit-il, est d'avoir reçu Bories franc-maçon et de lui avoir envoyé à La Rochelle le diplôme qu'il n'avait pas eu le temps de lui remettre à Paris</span><span class="ins">»</span></span>. Finalement, il retourne à Paris en novembre, où il reste placé sous surveillance, puis il est de nouveau à Luz, en mars 1823. En juillet de la même année, il disparaît. On signale sa présence à Madrid où il est recherché après la tentative d'assassinat perpétrée contre le duc d'Angoulême, alors que le préfet des Hautes-Pyrénées annonce qu'il vit toujours à Lourdes. Enfin, en février 1824, il repart pour Paris. Ne supportant plus d'être autant surveillé, Raymond Baradère quitte la France. Il passe en Espagne, puis en Amérique Latine où il s'est lancé dans les affaires, avant de rentrer à Paris en mars 1824, pour repartir presque aussitôt. Néanmoins, il reste l'objet d'une «<span class="ins"><span class="it">attention particulière</span><span class="ins">»</span></span> de la part de la Préfecture de Police et paraît avoir abandonné toute activité politique. L'avènement de la monarchie de juillet et les contacts pris avec les pays hispaniques vont lui permettre ensuite, d'être nommé consul à Montevideo où il rencontre sa future femme, puis consul général au Guatemala, à Anvers, enfin à Barcelone. Nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1835, il est promu officier en 1848 et commandeur en 1854. Il meurt en 1871 au terme d'une belle carrière dans la diplomatie favorisée par un régime de juillet qui se montre très attentif aux anciens carbonari. L'histoire des quatre sergents de La Rochelle aurait pu être un non-événement. Force est de constater qu'il ne s'était quasiment rien passé. Une vingtaine de sous-officiers se sont régulièrement réunis pendant une petite année avec l'objectif de participer à un soulèvement général qui aurait dû renverser le trône de Louis XVIII. À aucun moment, les sous-officiers du 45ème régiment n'ont été en mesure de prendre les armes. Ils sont donc les auteurs présumés d'une conspiration mort-née. La sévérité du régime à l'encontre des quatre sergents est donc indéniable. Ils ont été victimes du durcissement de l'action politique alors menée en France. Dans sa volonté d'éradiquer la charbonnerie en France, le pouvoir s'est cependant bien gardé de s'en prendre aux grands notables de l'opposition, qu'il s'agisse de Lafayette ou de Benjamin Constant. Seuls ont été condamnés de simples sous-officiers, des anonymes, des gens modestes. Leur condamnation signe aussi une volonté de reprise en main de l'armée, un peu plus d'un an après la disparition de Napoléon. L'exécution des quatre sergents en place de Grève, ouvre la période la plus réactionnaire de la Restauration. Ils deviennent les symboles des martyres d'un régime réactionnaire. Quant à la Charbonnerie française, elle ne se remettra pas de ces échecs et perd toute initiative après 1823. <p class="po">Baradère, Jean-Marie, Raymond, né le 22 juillet 1793 à Luz-Saint-Sauveur (Hautes-Pyrénées), fils de Jean-Henri Baradère, propriétaire cultivateur et maire de sa commune sous l'Empire, et de Claire Lapeyrade, il fait ses études au lycée de Pau, puis entre en 1813 dans l'administration militaire comme adjoint au commissaire des guerres et fait la campagne de France puis de Belgique, et assiste à la bataille de Waterloo. Mis en demi-solde à la seconde Restauration, il reprend des études de droit à Paris et se fait inscrire au barreau comme avocat stagiaire. Initié au sein de la loge des Amis de la Vérité en avril 1821, président de la vente de Washington, il habite 31 rue de l'Université. Renvoyé devant la cour d'assises de la Seine, défendu par Merilhou, il est acquitté et remis en liberté le 6 septembre 1822, mais est rayé du barreau. Il est dirigé vers Luz, puis revient à Paris en novembre, loge 34 rue des Vieilles Tuileries, et ne se mêle plus de politique d'après la police. Il passe un temps en Espagne, puis en Amérique Latine où il fait du négoce, puis travaille pour divers avocats parisiens. Il est ensuite consul à Montevideo en 1831, où il épouse Antoinette-Joséphine de Béjar, puis consul général au Guatemala, ensuite à Anvers et enfin à Barcelone. </p> <span class="sm"><span class="un">Sources</span><span class="ins">:</span> Les quatre sergents de La Rochelle. Le dernier crime de la monarchie.- Jacques-Olivier Boudon, Professeur d'histoire contemporaine à La Sorbonne et président de l'Institut Napoléon- Editions Passés/Composés, mars 2021</span>
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