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En provenance de Pierrefitte, le pont de la Reine passé, on pénètre dans le Pays Toy éclaboussé de lumière. Dans le paysage majestueux cerné de montagnes<span class="ins">:</span> Le Bergons, le Pic de Maucapera et bien d'autres sommets, sont blottis les villages d'Esquièze et de Luz St Sauveur. Dès les premières constructions l'impression est d'entrer dans « un musée à ciel ouvert » unique en France. Le regard est rapidement attiré par une spécificité du Pays Toy. Sur les murs des maisons, au coin des rues, en façade des commerces ou entreprises une multitude d'enseignes en bois sculptées, colorées référencent le lieu où vous vous trouvez. Nom d'une rue, numéro d'une maison, nature du commerce, illustration d'une fonction d'un service ou d'une administration, boite à lettres etc. Pas une n'est semblable à une autre. Une densité d'enseignes en bois qui chaque année semble s'enrichir, en originalité et en réalisme. Comme dans un musée non pas de salle en salle mais de lieu en lieu<span class="ins">:</span> la pharmacie, l'Office du Tourisme, le primeur Dupouy, le bureau des Guides, l'entrée de Luz, Thermes de Luzéa etc. Comble de bonheur ce musée à ciel ouvert s'est agrandi au fil des ans et a gagné tous les villages du Pays Toy : Viella, Barèges, Gavarnie, Betpouey, Sassis etc. Ils ont à leur tour succombé au charme et à l'esthétique colorée des enseignes en bois sculptées. Ne cherchez pas dans les rues des villages, l'atelier du sculpteur est ailleurs, dans la montagne dans une oasis de verdure, un lieu reculé, monacal prêtant à la création et à la méditation. Début des années 50 Richard Mathis naquit en région parisienne. Les activités de ses parents entrainèrent la famille à Marseille. L'attirance de Richard pour le travail du bois tient à ses liens familiaux. Son arrière-grand-père et grand-père furent ébénistes. Puis dans l'atelier de son grand-oncle il s'adonna à ses premiers petits travaux d'ébénisterie. Les pieds dans les copeaux et la sciure il sculpta des pièces de bois pour de vieux meubles à réparer. Il avait alors 12 ans. La relation avec ce matériau noble remonte à son enfance. En âge de faire des études supérieures il intègre l'École des Beaux-Arts de Marseille dans la section Publicité. Ces années furent enrichissantes et géniales. Créativité débridée, liberté de conception et d'action totale, sa passion pour le dessin est comblée. Mais les objectifs de la publicité tels qu'ils lui sont inculqués ne sont pas les siens. Susciter l'envie, le besoin, pousser à la consommation sont contraires aux idéaux de l'étudiant. L'adéquation à cette conception de la publicité n'est pas la sienne. Les connaissances acquises dans le travail du bois l'incitent à tourner le dos à la publicité et à se lancer dans une activité où le bois est prépondérant : la charpente. Le voilà à pied d'œuvre dans ce nouveau métier au-dessus de Briançon. L'heure du service national sonne et il choisit un régiment de Chasseurs Alpins. Sa pratique de l'escalade et les marches dans les Calanques sont primordiales au choix de l'arme. Il y côtoie quelques Pyrénéens attachants. Difficile de ne pas être séduit par leur faconde, leur entrain et leur accent chantant. Lors de leur libération promesse est faite de se revoir, et pourquoi pas chez eux dans les Hautes Pyrénées, il ne connait pas. Et puis c'est la montagne ça ne peut que lui plaire. C'est ainsi que Richard Mathis rendit visite à ses ex compagnons d'armée. Séduit par leur caractère, la beauté des sites, le côté bons vivants, la faculté de chanter sans prétexte à toute occasion le séduit et il décide d'y rester. Il y est depuis 45 ans, un bail. Son lieu de rencontres est place St Clément où des copains ouvrent le café Mathilde. Charpentier à ses heures il imagine créer une enseigne en bois au nom de ce nouveau café. Donner une visibilité originale à ce lieu de rencontre. Il gratte son idée sur papier et montre le dessin aux copains qui sont aussitôt conquis. Première enseigne : cadeau. La fréquentation de ces lieux et d'autres le conduisent avec trois amis Toy à créer une SCOP ayant pour vocation la construction de charpentes. « <span class="it">La charpenterie du Pays Toy</span> » qui existe toujours. Entre temps l'enseigne du café Mathilde interpelle, attire la curiosité. Sous l'impulsion de Sylvie Daré, le Maire de Luz fait appel à la créativité originale de ce passionné du bois. Objectif : personnaliser chaque rue avec son nom sur une plaque en bois de couleur. Commande fondatrice, visible du plus grand nombre. Le bouche à oreille ou de l'œil à l'oreille les commandes affluent et simultanément l'activité de charpentier progresse. Par chance pour lui l'hiver la neige abondante interdit l'assaut des charpentes et les travaux de menuiserie se cantonnent à la pose de parquets et de lambris. Période de l'année permettant de satisfaire plus aisément les clients d'enseignes. Néanmoins après quelques années où la dualité charpentes/enseignes cohabite, Richard se résigne à faire un choix. Il ne peut exercer simultanément les deux activités. Adieu les amis, la tentation de l'artisanat est forte. Sa décision est prise il se lance à corps perdu dans la création d'enseignes et quitte la SCOP. Cette scission n'entache en rien les relations avec ses compagnons charpentiers. Ils restent amis. La promotion de son activité n'est pas à faire, les rues des villages deviennent son salon d'exposition géant. Les touristes manifestent leur ravissement en allant de rue en place curieux de découvrir cette originalité locale qui contribue à l'identité du Pays Toy. Comme un beau timbre sur une enveloppe ! Le succès de cette communication originale oblige Richard à trouver des locaux pour exercer pleinement son activité et à quitter la place St Clément. Au-dessus de St Sauveur, à l'Agnouède, il jette son dévolu sur une ancienne grange « <span class="it">La Hount d'Eth Gabus</span> » ou la Source du Hibou qu'il loue. Le Grand Duc y sonne encore presque toutes les nuits. La bâtisse sommairement aménagée au bord d'une prairie entourée de bois est pour lui une deuxième peau. Espace, quiétude, sangliers, chevreuils, renards, hiboux complètent sa solitude dans ce lieu magique. Quarante ans plus tard il y sculpte et dessine toujours. Aménagée, toute sa vie est rassemblée autour de cette bâtisse traditionnelle bordée en été de fleurs, d'un potager, d'une rocaille et noyée de silence. Lieu de vie, de réflexion, de création, d'échanges et de passion. Sur la route de l'Agnouède une enseigne à gauche en montant indique que vous êtes arrivé. Il vous reste à découvrir ce coin paradisiaque. Dans son atelier éclairé par une grande baie vitrée donnant sur la nature, bordée d'une rangée de gouges, de burins et de massettes on découvre le lieu des créations du maître. Il y travaille majoritairement le mélèze, le tilleul et en fonction de l'inspiration et du sujet, de l'ardoise. Roche indissociable des paysages et reliefs pyrénéens. Dans son atelier dont le sol est couvert de copeaux, les lames de bois sont debout attendant d'être choisies pour compléter et enrichir un panneau, une enseigne. Les propos d'une émission sur France Culture lui tiennent compagnie. Travailler en s'instruisant, le rêve. En se promenant dans les dix-sept villages du Pays Toy on se prendrait à souhaiter qu'à l'échelle du canton une Charte graphique soit établie pour les enseignes. Donner une unité de communication du pays à travers l'usage du bois et de l'ardoise. Matériaux aisément identifiables à ceux de la région. A chaque créateur potentiel d'y mettre sa patte, son style ses formes et qu'on y bannisse les supports de communication en tout genre types plastique, tôles, verre etc. On a le droit de rêver à l'harmonisation du cadre de vie et des lieux sans tomber dans la standardisation. Le principe d'une charte de communication extérieure est déjà appliqué dans certaines stations des Alpes, notamment à Val d'Isère. Le premier contact avec le sculpteur est plaisant. À chacun de venir avec ses idées. À l'issue de l'expression de celles-ci il dessine sur son bloc ce à quoi il pense et le sens qu'il donnerait à votre projet. Cette première étape est intéressante ne serait-ce que par la rapidité avec laquelle il esquisse votre souhait. Avant d'être sculpteur il est dessinateur ça ne s'improvise pas. La qualité de l'exécution s'inscrit par la sobriété des sujets retenus et des couleurs de l'œuvre. La diversité des domaines traités semble sans limites en dehors de toute réalisation liée aux religions. Au-delà des enseignes, sa curiosité, son désir d'étendre sa création, son savoir-faire est sans limites. Les souhaits d'un client l'ont conduit à sculpter des éléments de construction dont récemment des lambrequins pour une maison. Ses talents sont reconnus bien au-delà du Pays Toy. Les enseignes sculptées « <span class="it">fleurissent</span> » dans la vallée vers Lourdes et toute la France. Certaines sont parties loin expédiées au Japon et aux USA. Récompense du talent et d'un art sans pareille. Il n'aime pas être qualifié d'artiste, il se dépeint comme artisan d'art libertaire. À propos du dessin son inquiétude est grande concernant les nouvelles générations, l'apprentissage manuel, crayon en main, disparait au profit de la tablette. Fini dans les Écoles d'Art les écorchés et les nus. Les clients des futurs sculpteurs n'auront plus la chance de tenir en main un projet et devis dessiné et écrit à la main… Et puis désireux d'alterner les plaisirs il continue à tenir un crayon, dans ses moments perdus, il s'adonne à sa passion du dessin. A l'occasion demandez à Richard de vous montrer ses animaux, ses trophées : isards, aigles, lions etc. dessinés au crayon mine grasse sur papier à dessin. Réalisés à partir de photos. Splendeurs qu'on imagine bien accrochées aux cimaises d'une exposition. Ceci explique son admiration des grands noms de la peinture flamande. Spécialistes du portrait et de la nature morte.
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