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Passionné par la vallée, Eugène Sinturel vient séjourner, tous les deux ans, à Luz lors de ses congés, il passe de nombreuses années à effectuer des recherches. Puis, il fait paraître un guide de voyages intitulé Au cœur des Pyrénées. À la différence des guides de voyage classiques, l'ouvrage est inestimable au niveau ethnographique et pastoral. Agrémenté de croquis qui tiennent lieu de cartes, le document paru autour de 1910 trace et fixe sur le papier les derniers témoignages pastoraux de la vallée avant que la première guerre mondiale ne vienne mettre un terme définitif à ses pacages de haute altitude, à l'entretien des chemins, cabanes et autres abris. C'est un témoignage humain et contemporain qu'Eugène Sinturel nous laisse, il nous relie aux bergers disparus, à notre histoire pastorale. Eugène Sinturel livre son dessein<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Notre but a été seulement d'établir à grande échelle, d'une manière très lisible et visible, quelques itinéraires de cheminements commodes (…)</span><span class="ins">»</span></span> écrit-t-il dans son introduction. Le quartier de l'Agnouède rejoint ainsi de manière définitive les récits d'explorations à la faveur de quatre écrits et de deux cartes. Dans un premier temps, il publie un recueil de cartes retraçant des itinéraires de randonnées. Dix ans plus tard, un ouvrage «<span class="ins"><span class="it">avec notice et itinéraires plus étendus</span><span class="ins">»</span></span> vient compléter cette première ébauche mêlant approche historique et scientifique. Il s'agit de l'ouvrage Au cœur des Pyrénées. «<span class="ins"><span class="it">Mes souvenirs sont ceux d'un alpiniste «<span class="ins"><span class="it">moyen</span><span class="ins">»</span></span> qui passe habituellement les mois d'août et de septembre aux Pyrénées et qui - sur les traces des «<span class="ins"><span class="it">glorieux</span><span class="ins">»</span></span> prédécesseurs - essayant d'herboriser ou de prospecter avec Ramond, d'escalader avec Lequeutre, d'expliquer ses sensations comme Chausenque, d'analyser ses sentiments comme Russell, a patiemment accumulé des notes, des croquis et des chiffres.</span><span class="ins">»</span></span> Deux lignes de force apparaissent. D'une part, l'application et l'humilité dont il fait preuve dans son travail, d'autre part, l'humanité avec laquelle il aborde les autochtones. Sinturel est un homme de terrain comme l'étaient Ramond ou Chausenque. Il parcourt la vallée à de maintes reprises pendant ses périodes de congé. Il le précise dans son introduction<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Ces promenades et ces courses, nous les avons faites et refaites.</span><span class="ins">»</span></span>. Sa connaissance du pays est très complète. Mais, sa démarche physique et sportive se double d'une rigueur scientifique. En effet, au cours de ses randonnées Sinturel prend des notes, fait des dessins. Il se qualifie lui-même de «<span class="ins"><span class="it">persévérant, [qui] arpentait les chemins, les sentiers et les pistes (…)</span><span class="ins">»</span></span>. Il utilise l'adverbe «<span class="ins"><span class="it">patiemment</span><span class="ins">»</span></span> pour signifier son application studieuse. De fait, Sinturel réunit pendant de nombreuses années une grande documentation. Quand il n'a pas les moyens d'acheter les livres qu'il souhaite, il entreprend de les recopier dans des cahiers<span class="ins">:</span> une tâche inouïe. Lors de ses excursions, il remplit scrupuleusement les missions qu'il s'est fixées<span class="ins">:</span> dessiner, compter ses pas. Parfois, au fil de sa narration, il nous livre ses instants d'étude<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Nous dessinons, à l'arrêt Q, …</span><span class="ins">»</span></span> ; «<span class="ins"><span class="it">Petit croquis du site entre éboulis de pierre et pâturages.</span><span class="ins">»</span></span> ; «<span class="ins"><span class="it">Je contemple et je dessine le panorama qui figure sur ma carte 10)</span><span class="ins">»</span></span>. Enfin, Sinturel donne la mesure de ce travail minutieux. «<span class="ins"><span class="it">Comment ai-je pu orienter la boussole et compter 3000 pas, de A à Q, sans trop réduire la vitesse de mon compagnon qui m'attendait aux tournants, je me le demande. Cet exercice d'arpentage, même à longueur d'entre-jambes, fait perdre beaucoup de temps.</span><span class="ins">»</span></span> . Ou bien encore<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Avec une boussole pour vérifier la direction approximative tous les vingt-cinq pas (en tenant fermée la main gauche et en n'ouvrant chaque doigt qu'après avoir compté cinq pas (…). (15)</span><span class="ins">»</span></span> Par ailleurs, aux vertus scientifiques, s'ajoutent des qualités de vulgarisateur et de pédagogue. Sinturel se propose de rédiger des itinéraires certes, mais en les inscrivant dans une gradation<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">1° Dans une Progression de promenades judicieusement choisies ; 2° Dans une Progression de grandes courses d'entraînement.</span><span class="ins">»</span></span> Ainsi, il livre un récit d'ascensions complet et pousse le promeneur à l'autonomie<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Avec une boussole, pour vérifier la direction approximative, le touriste, muni de nos cartes, sera guidé sans risque</span><span class="ins">»</span></span>. Chez Sinturel, on dénote aussi un homme à l'écoute de la nature. Il randonne ainsi «<span class="ins"><span class="it">quelquefois avec des amis dévoués, de Luz ou d'ailleurs</span><span class="ins">»</span></span> ou bien «<span class="ins"><span class="it">Plus souvent solitaire, curieux de voir les paysages à loisir, sous une autre lumière ou sous un autre état d'âme, au cours d'ascensions renouvelées (…).</span><span class="ins">»</span></span> Sinturel est un homme heureux de parcourir les hauteurs. On devine une sensibilité discrète qui s'exprime parfois au détour d'un vers. «<span class="ins"><span class="it">Ainsi mes pensées vont, ô Luz, ô moun païs.</span><span class="ins">»</span></span> Finalement, Sinturel révèle son attachement aux Toys, les habitants de la vallée de Barège. «<span class="ins"><span class="it">Nous parlerons surtout de ce qu'il y a de bon et de vrai chez les braves gens de la Montagne.</span><span class="ins">»</span></span> À ce sujet, Sinturel rejoint Ramond dans sa sympathie pour les montagnards. Il partage avec eux un amour immodéré pour la montagne. Il salue le chant enthousiaste de son guide Jean-Marie Thomas, dit Pierreto (1849- 1919) de Villenave<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Son bras, d'un ample geste, saluant les pics aimés, Pierretto débute en sourdine et donne à plein voix<span class="ins">:</span> Montagnes Pyrénées.</span><span class="ins">»</span></span> Comme en conclusion, Eugène Sinturel rend hommage à tous ceux qu'il a côtoyés<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Je garde un vif sentiment de gratitude envers ceux qui m'ont cordialement accueilli là-haut.</span><span class="ins">»</span></span> Il rend compte des gestes d'amitié, des échanges de part et d'autre<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Vers les granges de Cazet je m'arrête un quart d'heure pour offrir des cigarettes et boire du lait frais.</span><span class="ins">»</span></span>. Ou bien, encore<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Nous voyons une grange contre le rocher mais nous poussons jusqu'à la deuxième grange au-dessus, Chimoun (Simon), à notre appel, va nous recevoir et nous offrir du lait pour souper, une place dans le foin pour coucher.</span><span class="ins">»</span></span>. L'hospitalité des habitants des hauteurs lui fait préférer leur présence à un bivouac en solitaire<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">J'ai préféré dormir avec mes compagnons de l'Agnouède.</span><span class="ins">»</span></span> . Enfin, Sinturel, au cours de son récit, évoque les Cazaux-Lapeyre dit Pène<span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Je montai d'abord à l'Agnouède où Pierre Cazaux, familier de la montagne d'Aubiste, s'offrit aimablement comme guide et nous prîmes date.</span><span class="ins">»</span></span>. Ce lien chaleureux entre nos deux familles ne se dément pas puisque sa fille, Mme Renard et sa petite-fille Claire nous ont longtemps fait l'amitié de nous accueillir dans leur maison de Luz. Au Cœur des Pyrénées est absolument à lire et relire sur les pas de Monsieur Sinturel.
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