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Le journal de la société de l'Économie Montagnarde, dans le numéro 2 de décembre 2023, a évoqué la mise en valeur ou le réaménagement du site dit château de Sainte-Marie; il apparait opportun de survoler son histoire; en effet, la colline qui domine Esquièze et Esterre a vu dans le passé coexister une chapelle avec prieuré et un château fort, bien qu'ils aient vécu des particularités et des destinées différentes. <span class="stb">L'oratoire ou chapelle: une origine lointaine</span> S'agissant de son histoire, en l'absence d'écrits ou de témoignages, le chroniqueur hésite. Un oratoire devait exister avant le XIe siècle. Selon Vincent-Rivière-Chalan, dans une chronique publiée en 1993 dans la revue «<span class="ins"><span class="it">Lavedan et Pays-Toy</span><span class="ins">»</span></span>, des moines «<span class="ins"><span class="it">construisirent, vers 1075, à la trémière d'Esterre et d'Esquièze, une chapelle dédiée à Saint-Martin</span><span class="ins">»</span></span>, mais son histoire pour les XIIe et XIIIe siècles demeure obscure; toutefois, sa dédicace fut alors modifiée puisqu'après cette période, certains actes déclarent que «<span class="ins"><span class="it">la chapelle était devenue un prieuré dédié à Sainte-Marie</span><span class="ins">»</span></span>. <span class="stb">Le domaine de cette chapelle et prieuré</span> Depuis l'origine, la chapelle connut de façon presque continue la présence de moines bénédictins: ils relevaient pour la plupart de Saint-Savin et assurèrent le culte sur la colline, «<span class="ins"><span class="it">pour cela ils percevaient la dîme, versée en orge et millet par la plupart des villages</span><span class="ins">»</span></span> et jusqu'à la Révolution. À ces ressources, s'ajoutaient parfois de petits legs testamentaires pour l'entretien du culte qui sont mentionnés dans des minutiers paroissiaux. Le prieuré comportait une chapelle et tout à côté une grange avec un terrain autour dont la majeure partie était sise sur le territoire d‘Esterre. Du point de vue religieux, la chapelle paraît avoir été un lieu de dévotion pour la Vallée. Certains écrits vont jusqu'à préciser «<span class="ins"><span class="it">que le prieur disait deux messes par semaine au moins jusqu'au XVIIe siècle</span><span class="ins">»</span></span> et ces offices pouvaient être annoncés par sonnerie puisque selon l'abbé Ferdinand Galan le prieuré était doté d'une cloche appelée «<span class="ins"><span class="it">l'Argentine</span><span class="ins">»</span></span>. Dans ce cadre, des cérémonies familiales y furent célébrées: ainsi aux Archives Départementales 65, (ADHP: dépôt 295 – G 1-1682-1680) peut être consulté un document listant au XVIIe siècle les offices religieux qui se sont déroulés dans les églises ou les chapelles de la Vallée de Luz: or il fait état de plusieurs offices (cinq ou six) des baptêmes et des mariages qui furent célébrés «<span class="ins"><span class="it">dans la chapelle de Sainte-Marie du château entre novembre 1661 et mai 1663</span><span class="ins">»</span></span>. <span class="stb">Le château, une brève histoire</span> C'est au cours du XIIe siècle que sur la colline des deux villages Esquièze et Esterre s'érigea un fort avec deux tours crénelées et reliées par une courtine. Selon les historiens (voir les références données en notes), le château aurait été construit par les Comtes de Bigorre, sans doute Centod 1er et ses successeurs Centod II puis Centod III; l'emplacement du fort dût être alors cédé par les moines au Comte qui transféra la chapelle hors les murs. Des documents existent pour cette période: ainsi en 1300 le Comte consacra une somme libellée en tournois pour l'entretien du château et de quatre hommes, selon la précision donnée par Fréderic Vidaillet (revue «<span class="ins"><span class="it">Lavedan et Pays-Toy</span><span class="ins">»</span></span>, 1986). par la suite, les évènement notables affectant ce château sont bien connus: il s'agit des suites du Traité de Brétigny de 1360 en vertu duquel le fort passa, avec la Bigorre, sous l'autorité du roi d'Angleterre Edouard III et cela durant près de 44 ans. En 1404. le Comte de Clermont reprit pour le roi de France le château à l'Anglais: Jean Bourdette raconte qu'il fut aidé par les Barègeois commandés par Auger de Coufite de Luz et qu'il passa par le col du Tourmalet (les «<span class="ins"><span class="it">Annales du Lavedan</span><span class="ins">»</span></span> T.2, éd. 1898, p.150) <span class="stb">La période révolutionnaire</span> Quelle que soit, l'histoire du château, le prieuré et la chapelle poursuivirent leur activité religieuse toujours assurée par les moines de Saint-Savin. En 1789, Charles Gérard était le prieur en fonction mais il fut le dernier. La vente aux enchères publiques s'avéra fatale: le domaine castral et celui du prieuré furent vendus dans un même lot en 1795 et attribués à Laurent Couget de Luz avocat au Parlement de Pau. Par la suite, cet adjudicataire afferma les terres mais ne releva pas la chapelle qui alla vers sa ruine. Depuis la suppression de l'oratoire par suite de la vente publique, seuls subsistent quelques traces à peine visibles dans une ancienne lithographie, publiée par Vincent Rivière-Chalan en 1993. À l'occasion de cet abandon, des pierres sculptées ou équarries ainsi que des objets du culte telle la vierge, dédicace du prieuré, durent sans doute être éparpillés ou perdus: aucun vestige n'a à ce jour été retrouvé, la cloche «<span class="ins"><span class="it">Argentine</span><span class="ins">»</span></span> fut réquisitionnée comme toutes ses sœurs des autres églises. Plus tard, une grange fut bâtie pour l'exploitation des terres affermées qui fut tenue par la famille Marchant d'Esquièze. Quant à la maison prieurale, on ignore quelle fut sa destinée: toutefois, en l'absence de documents, il est loisible de penser qu'elle dut être conservée, car sur le flanc d'Esterre, une grange-maison subsiste qui pourrait avoir été la résidence du moine. <span class="stb">L'époque contemporaine</span> Au cours du XIXe siècle et du suivant, les propriétaires des lieux se succédèrent avec la famille Vergé-Sarrat de Luz et ses descendants; le château lui-même resta longtemps fermé, puis plus récemment, il fit l'objet d'un bail avec la Ville de Luz qui avec la Commission Syndicale procéda à une restauration et permit ainsi la réouverture du fort pour le public. Au début du XIXe siècle, une référence de cet oratoire marial fut matérialisée par une initiative locale, qui installa une statue de la Vierge de Lourdes, dans une niche protectrice fixée sur l'aval du parvis du château surplombant la Vallée. Depuis ce pieux souvenir, dans une certaine indifférence, a disparu, sauf dans d'anciennes cartes postales de cette époque. La dernière aventure est toute récente: en effet un descendant de la famille Vergé-Sarrat, Pierre Fontabo a vendu, pour un franc symbolique, le domaine à la Commune d'Esterre qui a pris en charge les responsabilités inhérentes à un tel monument en respectant les autorisations des pouvoirs publics, a décidé de l'animer et d'en faire un lieu accueillant et convivial. Ainsi, ce site offrir un nouvel accueil et peut-être des animations dont pourront bénéficier les visiteurs amoureux d'histoire, telles les journées Médiévales ou les diverses légendes qui ont fleuri à son sujet, comme celle du chevalier Baïard. La présente chronique, après celles de plusieurs auteurs, a tenté un rappel en vue de préserver la mémoire d'un lieu de culte qui a donné son nom marial au château et qui fut en fonction durant de longs siècles: son souvenir risque d'être progressivement oublié dans l'avenir, sinon effacé par l'imposante masse des tours. La mémoire de ce passé pourrait survivre grâce à une évocation par exemple sur présentoir ou gravée sur marbre; cela pourrait aussi enrichir l'historique du site. <span class="sm"><span class="un">NOTES</span><span class="ins">:</span> «<span class="ins"><span class="it">Chapelle et prieuré de Sainte-Marie de Barèges</span><span class="ins">»</span></span>, par Vincent-Rivière-Chalan; Revue «<span class="ins"><span class="it">Lavedan et Pays-Toy, 1993.</span><span class="ins">»</span></span> «<span class="ins"><span class="it">Le château de Sainte-Marie d'Esquièze</span><span class="ins">»</span></span>, Christiane Aragnou, Revue «<span class="ins"><span class="it">Lavedan et Pays-Toy «<span class="ins"><span class="it">1977 pp ;111/113 ;</span><span class="ins">»</span></span> - Notice «<span class="ins"><span class="it">sur le château de Sainte-Marie d'Esquièze</span><span class="ins">»</span></span>, abbé Ferdinand Galan, 1987, éd. Pyrénéennes</span><span class="ins">»</span></span> ; - «<span class="ins"><span class="it">Château de Sainte-Marie de Barèges en 1792</span><span class="ins">»</span></span>, Frédéric Vidaillet, Revue «<span class="ins"><span class="it">Lavedan et Pays -Toy 1986</span><span class="ins">»</span></span></span> <span class="sm"><span class="un">Légende complète</span><span class="ins">:</span> 2 - Schéma pour 1920 réalisé et publié par Vincent Rivière-Chalan sur l'emplacement de l'ancien oratoire et les ruines du château de Sainte-Marie de Barège.</span>
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